Le quartier Diabir, situé dans la commune de Ziguinchor, est confronté à un besoin crucial de lotissements. Accueillant l’Université Assane Seck et disposant encore de parcelles de terre, Diabir, isolé par la zone de la plateforme aéroportuaire, souffre notamment d’un manque d’assainissement, d’éclairage public et d’un déficit marquant d’infrastructures sociales de première nécessité. Cependant, l’urgence principale demeure le lotissement qui a été interrompu à la suite des élections territoriales de janvier 2022.
ZIGUINCHOR – Des rangées de manguiers et d’anacardiers, généreusement étalés, offrent ombre et quiétude à Diabir, conférant au lieu une apparente sérénité qui peut rappeler les villages profonds de la Casamance. Mais derrière cette impression de bien‑être se dissimule une réalité plus urgente: l’absence de voies de communication dignes, des habitations jetées sans ordre, et un quartier périphérique de Ziguinchor qui a un besoin pressant d’être loti. « Notre localité réclame vraiment à être lotie. C’est notre cri du cœur et il faut s’y atteler sans délai », affirme Ghansou Badiane, délégué du quartier.
Le vieil homme et son équipe ont déroulé une liste de besoins pour leur cadre de vie, les plus urgents se mêlant à des priorités plus lointaines: lotissement, financement, assainissement, voirie et infrastructures sociales de base, etc. « Tout dépend du lotissement, qui ouvrirait la voie à un meilleur assainissement et à la mise en œuvre de projets », renchérit Charles Bernard Sagna, représentant de la jeunesse au conseil du quartier. En effet, Diabir avait connu un début de morcellement qui avait suscité beaucoup d’indignations chez les habitants.
Lotir pour éviter les inondations
À la tête de la municipalité de Ziguinchor en 2022, l’ancien maire Ousmane Sonko (aujourd’hui Premier ministre du Sénégal) a suspendu le processus pour des raisons d’audit. Trois ans plus tard, cette interruption persiste et demeure un obstacle au développement de ce quartier qui, toutefois, continue d’attirer les convoitises en raison de sa situation géographique.
Lorsque la mesure interdisant toute parcellisation du quartier a été mise en place, les habitants de Diabir avaient accueilli la décision avec enthousiasme. Aujourd’hui, presque tous déclarent qu’ils en ont assez et demandent sa relance afin de libérer les parcelles et d’encourager les investisseurs. « Trois ans se sont écoulés depuis la fin de la distribution des parcelles bien loties, et le blocage persiste. Les choses n’avancent pas… Beaucoup de projets sont suspendus », explique Charles Bernard Sagna. Pire encore, pendant que la population attend, certains venus d’ailleurs, en possession de documents en règle, entament des travaux de construction. « Cette situation peut dégénérer un jour », confirme-t‑il. D’après le représentant de la jeunesse du conseil de quartier, le premier lotissement avait été réalisé jusqu’à la dernière étape et la distribution des parcelles effectuée. Par la suite, des querelles, des réclamations et des omissions ont émergé, qui ont été prises en compte par des comités dédiés. Aujourd’hui, cet état de fait ralentit le développement du quartier qui ne peut ni être assaini ni accueillir une extension de l’éclairage public et du réseau d’adduction d’eau.
À Diabir, les routes sont mal tracées et les habitations sans clôture, comme dans les villages les plus reculés de la Casamance. Les voiries ne permettent pas une circulation fluide et les risques d’inondations pendant la saison des pluies, particulièrement abondante dans cette partie du pays, demeurent élevés.
Charles Bernard Sagna exprime sa déception face à ce cadre. Il ajoute qu’une partie des habitants a même construit sur le tracé naturel des eaux pluviales. « Ceux qui disposent de moyens ont construit des bâtiments solides qui dévient l’eau de son chemin, tandis que les voisins les moins favorisés subissent les conséquences des inondations », rappelle ce jeune élu.
La mobilité demeure un véritable parcours du combattant. Pour rejoindre le centre-ville, les Diabirois doivent faire face à d’importantes difficultés: une seule ligne de transport en commun, avec peu de bus en regard du trajet et de la densité de population à desservir.
Cohabitation avec l’aéroport
Le mauvais état des routes s’en ressent. « Nous avons des difficultés pour aller à l’école. Quand les cours commencent, on attend la ligne 1 et on risque d’être en retard. Nous voulons davantage de bus et des routes adaptées », plaide Ndiémé Néné Diédhiou, présidente de la section féminine de Diabir. En outre, pour se rendre dans le quartier depuis le centre-ville, les chauffeurs de taxi n’hésitent pas à augmenter les tarifs. Les « Jakarta » restent donc les moyens de déplacement, au détriment des usagers qui s’exposent à des risques.
Le quartier a été enclavé par l’aéroport régional. Diabir compte deux sorties: l’une par l’université et l’autre par la plateforme de l’aéroport, qui constitue la principale échappée. Les habitants passent par l’enceinte de cette infrastructure. Mais, avec les travaux de réhabilitation de l’aéroport, la perspective de fermeture de ce passage rend les habitants inquiets quant au sommeil du quartier. « Le commandant de la gendarmerie de l’aéroport m’a averti que l’accès allait être fermé; cela représenterait un sérieux blocage », insiste le délégué Ghansou Badiane.
Selon Ghansou Badiane, l’extension du réseau électrique dépend étroitement de l’aéroport. « La SENELEC affirme qu’elle ne peut pas faire passer l’électricité par la piste, car les mouvements d’avions introduisent un risque permanent », reconnaît Charles Bernard Sagna. De plus, la cohabitation entre les habitants et les agents de sécurité positionnés près de la sortie de Diabir et sur la piste aéroportuaire n’est pas optimale. « Ces agents, installés près de la sortie et sur la piste, n’aiment pas la lumière et demandent aux usagers de l’éteindre sous leur nez. Cela engendre souvent des heurts entre motos et cyclomoteurs, car on ne peut pas rouler dans l’obscurité », déclare le représentant de la jeunesse du quartier au sein du conseil.
Impact de l’Université Assane Seck
Placée en périphérie de la ville, Diabir est le théâtre d’une intense convoitise à Ziguinchor. Tout le monde cherche à obtenir une parcelle ou un logement dans ce quartier qui abrite l’Université Assane Seck de Ziguinchor. À côté des habitations traditionnelles, des ensembles modernes apparaissent en nombre croissant. Malgré un parc immobilier composé de logements modestes, les loyers peuvent être plus avantageux que dans d’autres secteurs de la commune, et l’offre dépasse la demande. Les étudiants arpentent le quartier, en particulier les nouveaux bacheliers, en quête d’une chambre, d’un studio ou d’un appartement à louer. Par ailleurs, la présence de l’université stimule une partie de la jeunesse qui nourrit l’espoir de poursuivre des études supérieures et d’accéder à des postes de cadres. « Personnellement, observer le mode de vie des étudiants m’a donné envie d’aller plus loin dans mes études », témoigne Charles Bernard. Ironie du sort: Diabir est dépourvu d’infrastructures scolaires publiques suffisantes. Le Cem (collège d’enseignement moyen) n’est pour l’instant qu’un abri provisoire et ne se situe pas sur le site qui lui est destiné. Il est aménagé à côté de l’école primaire afin d’exploiter le mur de clôture.
La construction du Cem de Diabir fait partie des projets soutenus par l’État du Sénégal. Toutefois, le site prévu est encore envahi par des anacardiers et des manguiers. Quant à l’école élémentaire, elle ne dispose pas de bloc administratif et le directeur a installé son bureau au fond d’une des salles de classe.
Par ailleurs, on observe à Diabir l’émergence d’un phénomène nouveau: agressions, vols de bétail et de motos, notamment des « Jakarta ». Seul l’éclairage public pourrait dissuader les délinquants, selon l’imam du quartier. « L’obscurité nous éprouve des vols que nous ne connaissions pas auparavant. Nous avons besoin de routes et d’éclairage public », déclare Aboubacar Sané. Le manque de ressources humaines, d’équipements médicaux et logistiques pour le poste de santé, et notamment l’absence d’une ambulance, font partie des maux qui affligent Diabir, qui demeure néanmoins porteuse d’un potentiel non exploité compte tenu de sa position géographique.