Le Ramadan est fréquemment l’occasion privilégiée par les Sénégalais pour s’acquitter de la Zakat, l’aumône légalement imposée. Mais qu’est-ce exactement ?
La zakat représente, rappelons-le, le troisième pilier de la foi islamique après la profession de foi (sahada) et la prière (salat). Le jeûne du mois sacré et le pèlerinage à la Mecque viennent ensuite. Dans le Coran, la zakat est évoquée parallèlement à la prière à plus de vingt-trois reprises, et elle occupe une place encore plus marquée dans les enseignements prophétiques. Cela témoigne de l’importance fondamentale qu’elle doit avoir pour le fidèle.
Or, force est de constater que de nombreux fidèles la négligent pour diverses raisons, acceptables en aucune façon. La zakat n’est pas seulement à calculer et à destiner à des bénéficiaires précis : elle représente une manière de voir le monde, en complément des autres bases de l’islam. Elle incarne la générosité, le partage et la nécessité de préserver des liens sociaux solides.
Elle porte les soucis des plus vulnérables, car les riches et les puissants trouveront des solutions grâce à leurs moyens. Elle symbolise aussi une attitude de regard et de relation désintéressée vis-à-vis d’autrui. Elle implique aussi une circulation directe et indirecte de la richesse — « prendre vos richesses et les donner à vos pauvres » [(Boukhari 1496)] — afin que la richesse ne demeure pas entre les mains des seuls nantis parmi vous, conformément au Coran 59:7.
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Elle est prise en charge concrètement par la collectivité pour pourvoir les besoins essentiels, que l’autorité centrale soit présente ou non dans le dispositif en faveur des plus faibles. Ainsi, on observe une nette opposition au capitalisme hégémonique contemporain, qui n’est pas seulement une doctrine économique mais s’est transformé en système politique, en code juridique et en normes sociales, qui diabolisent les masses, les abrutissent face à la valeur matérielle devenue culte et qui sacralise la richesse, en niant l’humanité et les ressources limitées, tout en méprisant la pauvreté comme une indignité sociale à tolérer.
Depuis plus de 14 siècles, la Zakat a été édifiée sur cet objectif suprême: lutter contre la précarité des plus démunis, de ceux qui se trouvent en détresse sociale. C’est un impôt appliqué uniquement du fait de l’appartenance à une foi, et non pas par les brigades d’inspection étatique. Si le Sénégalais moyen saisissait cela, on pourrait nourrir l’espoir de lendemains meilleurs pour les segments les plus vulnérables.
L’État pourrait aussi faire de la Zakât un véritable levier social, en organisant de manière rigoureuse sa collecte et sa redistribution afin d’en optimiser l’impact. Bien encadrée, elle deviendrait un instrument puissant de répartition et de justice sociale. Espérons que cette vision devienne réalité, car le temps demeure le meilleur juge de la vérité.