Youssou Ndour, figure emblématique du mbalax et une légende à bien des égards. Sa carrière, riche et plurielle, est aussi marquée par le football – ce sport roi. C’est une conséquence naturelle de deux réalités centrales de la société sénégalaise.
La relation entre Youssou Ndour et le football se lit comme une histoire d’amour qui dure. Le point d’orgue semble s’être matérialisé en 1998, lors de la Coupe du monde organisée en France. Le comité organisateur du Mondial 1998, sous la houlette de Michel Platini, sollicita l’artiste pour concevoir l’hymne officiel du tournoi. Il fit appel ensuite à la chanteuse belge Axelle Red pour un duo autour de « La Cour des Grands (À ton tour de jouer) ». Le titre anglais du morceau porte « Do You Mind If I Play ».
Le 10 juin 1998, à l’ouverture du tournoi, l’hymne entre dans l’histoire sur la scène du Stade de France. Devant près de 80 000 spectateurs et des centaines de millions de téléspectateurs, les deux artistes donnent vie à cet hymne dans une mise en scène spectaculaire. En plein milieu du terrain, Youssou Ndour et Axelle Red interprètent en direct l’hymne officiel de la compétition.
Le message véhiculé privilégie le rassemblement plutôt que la simple quête de victoire. Contrairement à bon nombre d’hymnes sportifs axés sur la compétition, cette chanson met l’accent sur l’unité, le respect et le partage. À l’époque, peu d’artistes africains bénéficiaient d’une telle exposition au Mondial. Quatre ans plus tard, le Sénégal vainc la France, alors championne du monde en titre, lors du match d’ouverture de 2002, avant d’atteindre les quarts de finale. Pour beaucoup, les exploits de 1998 et l’épopée de 2002 constituent deux jalons du rayonnement du Sénégal.
Un rêve de footballeur
Youssou Ndour n’est pas seulement un chanteur passionné de football. Dans un entretien accordé au journal Record, il révèle qu’il rêvait, dès l’enfance, de devenir footballeur professionnel. Ce qui l’habite dépasse la simple pratique : c’est l’esprit du sport et le fair-play.
Sa passion se manifeste dans ses gestes. Il a écourté une tournée à Toulouse pour se rendre à Rabat, à l’occasion des CAF Awards. Il a aussi vécu de près les finales de la CAN des Lions. En 2002, il avait envie de se rendre à Bamako et a loué un avion pour l’occasion. En 2019, il a quitté Dakar pour Le Caire. Dans un entretien accordé à Radio Foot Internationale après le sacre de 2022, il raconte avoir passé la nuit à arpenter Dakar, où chacun était submergé par la joie.
Les chansons pour les Lions
Youssou Ndour a dédié plusieurs morceaux à l’équipe nationale du Sénégal : « Ni ngi ànd ak yéen », un clip haut en couleur montrant les selfies d’une centaine de supporters, publié l’année précédant la CAN 2019 ; « Gaïnde », hymne officiel de l’équipe pour la Coupe du monde 2018, réalisé avec Black M ; « On l’a fait » (en duo avec son fils Nelson), dévoilé lors de la soirée « Tous derrière les Lions » sur la TFM, avant le Mondial 2022 au Qatar ; « Senegal Rekk », un hymne décliné en trois versions (originale, remixée et Arena) à l’approche du Mondial 2026, portant le message « Tous derrière les Lions, hier, aujourd’hui et demain ».
De « La Cour des Grands » à « Senegal Rekk », la trame demeure identique. Youssou Ndour met sa notoriété au service d’un rêve collectif, qui ne se résume pas à une victoire. La musique accompagne le football sénégalais depuis des années, et Youssou Ndour en est l’un des visages les plus constants.