Le football du Sénégal pleure l’un de ses artisans les plus discrets et les plus méthodiques. Victor Ciss est décédé ce mercredi 30 septembre 2026, dans la nuit allant du mardi au mercredi, des suites d’une maladie de longue durée. Pendant près de vingt années, il aura tenu une place centrale dans l’administration du football sénégalais, loin des projecteurs.
Nommé au poste de secrétaire général de la Fédération sénégalaise de football (FSF) à la suite de l’élection d’Augustin Senghor à la présidence de l’institution, en 2009, Victor Ciss s’est progressivement imposé comme l’un des pivots de la maison fédérale. Lettres, dossiers administratifs, liaisons institutionnelles, déplacements des équipes, planning et organisation des compétitions : il était au cœur de cette mécanique souvent invisible qui permet à une fédération de fonctionner au quotidien.
Une vie dans l’ombre de la machine fédérale
Sérieux, méthodique et fidèle aux procédures, il était réputé pour sa discrétion autant que pour son efficacité. Ceux qui l’ont approché décrivent un homme affable, courtois, posé et travailleur, peu enclin à briller publiquement. En 2024, l’ancien journaliste et doyen Majib Sène le présentait comme une « ressource humaine de qualité », soulignant son efficacité, son sens des responsabilités et son attachement aux règles de bonne gouvernance.
Avant de rejoindre durablement la FSF, Victor Ciss avait construit une solide expérience dans l’administration sportive sénégalaise. Il avait notamment été directeur de cabinet de Joseph Ndong, ministre des Sports au début des années 2000. Cette fonction avait contribué à forger sa connaissance des rouages de l’État et du mouvement sportif.
En 2012, lorsque El Hadj Malick Gakou accède au département des Sports, l’idée de faire revenir Victor Ciss au ministère avait été envisagée. Mais son rôle devenu central au sein de la Fédération avait finalement plaidé en faveur de son maintien à la FSF. Il y poursuivra son travail avec la même discrétion, devenant une mémoire administrative précieuse de l’institution.
La rigueur comme héritage
Son long passage à la Fédération a accompagné plusieurs des grandes pages récentes du football sénégalais : les qualifications aux Coupes du monde 2018, 2022 et 2026, ainsi que le sacre des Lions à la CAN 2021, disputée au Cameroun en 2022. Derrière ces succès sportifs, il y avait aussi un travail administratif quotidien, assuré par des hommes rarement exposés.
La rigueur et la méthode de Victor Ciss se retrouvaient jusque dans les dossiers techniques de la Fédération. En mars 2019, c’est notamment lui qui avait communiqué sur l’homologation provisoire du stade Lat-Dior de Thiès par la CAF, après les démarches et inspections menées par la FSF.
En 2026, une page s’était déjà tournée avec son départ du secrétariat général, dans le cadre de la nouvelle configuration de la FSF. Mais son empreinte administrative demeure.
L’année aura été particulièrement douloureuse pour lui. En mai dernier, son épouse, Jeanne Diouf, disparaissait à Dakar. Quatre mois plus tard, Victor Ciss s’en est allé à son tour.
Il laisse le souvenir d’un commis de l’État attaché au travail bien fait, d’un administrateur qui privilégiait les dossiers aux déclarations et la précision à l’exposition médiatique. Dans une discipline où les visages les plus visibles sont souvent ceux des joueurs et des dirigeants, Victor Ciss aura choisi une autre place : celle de l’homme qui fait fonctionner la machine sans chercher à apparaître.
Le football sénégalais perd ainsi une mémoire, un administrateur et un serviteur fidèle. Un homme dont la discrétion n’a jamais empêché l’importance du rôle.