Directeur du Centre de recherches zootechniques (Crz) de Dahra, le docteur Séga Ndao a quitté la FAO, porté par sa conviction dans le pouvoir de la science, pour s’impliquer au cœur du Sénégal pastoral. Toutefois, comme les autres structures abritées par le Centre, le Crz — né sous l’ère coloniale — fait face aujourd’hui à un déficit de personnel et à des moyens techniques insuffisants qui ralentissent ses travaux de recherche. Au cours de cet entretien, il détaille les missions de l’institution, sa contribution au développement de l’élevage et les défis à relever afin de préserver le patrimoine génétique animal du Sénégal.
Quelles sont aujourd’hui les missions du Crz ?
Le Crz est dédié à l’élevage et à la production animale. Implanté initialement en 1930 pendant la période coloniale, il a été intégré à l’Institut sénégalais de recherches agricoles (Isra) en 1974. À cette époque, l’administration avait anticipé les évolutions potentielles de l’élevage et de l’agriculture en Afrique de l’Ouest. C’est pourquoi le Centre intervenait à la fois sur les volets de la production et de la santé animale, couvrant l’ensemble de la région ouest-africaine.
Sa mission centrale consiste à générer des connaissances scientifiques destinées au secteur de l’élevage, afin d’enrichir les systèmes de production. Il s’agit de créer des savoirs susceptibles de booster la performance des systèmes de production tout en tenant compte des enjeux environnementaux.
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Nous devons garantir que les systèmes de production envisagés ne compromettent pas l’environnement. Il faut aussi que les résultats de la recherche et les mesures visant à améliorer la production restent financièrement viables pour les populations concernées. En d’autres termes, les innovations doivent être compatibles avec les ressources économiques des éleveurs et des autres parties prenantes.
Au-delà de l’amélioration génétique, quelles autres connaissances produisez-vous ?
Il convient de rappeler que le Crz dépend de l’Isra, qui regroupe plusieurs centres et unités de production. L’unité vaccinante hébergée par le Crz de Dahra dépend de la grande unité de production de vaccins installée à Dakar. Sa localisation à Dahra s’inscrit dans une politique de décentralisation destinée à faciliter l’accès aux soins vétérinaires et à accroître la disponibilité des vaccins, en particulier bactériens.
Nos activités tournent principalement autour de la production et de la vente de vaccins bactériens, en raison des caractéristiques de la zone sylvopastorale. Cette zone représente en effet la plus grande population animale et la plus grande superficie disponible pour l’élevage extensif du pays.
Quel est l’impact de la recherche sur le développement de l’élevage au Sénégal, et notamment sur l’amélioration génétique du cheptel local ?
L’influence immédiate se mesure par les savoirs générés et leur conversion en applications pratiques sur le terrain, sous forme de technologies, d’innovations et de savoir-faire. À titre d’exemple, pour produire de la viande, il faut des rations adaptées, connaître les dosages et les proportions, et évaluer la valeur nutritionnelle pour atteindre un objectif précis de production. L’Isra a élaboré de nombreuses mélanges alimentaires et a formé de nombreux éleveurs à leur emploi.
Il convient aussi de rappeler que le Crz de Dahra abritait autrefois un centre de fabrication d’aliments pour le bétail, aujourd’hui inactif depuis longtemps. Dans le domaine sanitaire animal, nous avons mené des actions de formation et de sensibilisation auprès des éleveurs locaux. C’est un enjeu crucial, car la santé animale peut influencer directement la santé humaine, et inversement.
Dans ce cadre, l’Isra, à laquelle appartient le Crz et qui abrite une unité de production vaccinale, a développé des vaccins qui montrent des résultats positifs sur le terrain. Nous recueillons régulièrement des retours d’expérience sur ces innovations, ce qui nous aide à évaluer leur efficacité et à décider s’il faut les améliorer ou maintenir leur production.
Disposez-vous encore d’un nombre suffisant de sujets pour préserver la race locale Gobra ?
À présent, le troupeau est d’environ une centaine de têtes, contre 600 à 700 au début. En raison d’un financement insuffisant, les effectifs ont chuté. Le noyau de conservation réunit aujourd’hui environ 100 bovins Gobra de pureté raciale, dont les filiations remontent jusqu’aux années 1960.
À l’origine, ces animaux étaient élevés sur des parcours extensifs. Cependant, la gestion d’un programme de sélection requiert des moyens, notamment des ressources humaines. Il faut assurer leur suivi et leur prise en charge. Or, le Crz ne dispose pas aujourd’hui des capacités et des ressources nécessaires pour assurer durablement ce noyau de conservation.
La zone de Dahra compte de beaux sujets bovins. Cela est-il lié à la présence du Crz dans la localité ?
Dans le cadre de l’amélioration génétique, l’Isra, via le Crz, a diffusé de nombreux géniteurs améliorés. Il s’agit aussi bien de races locales, comme le Gobra, que de races importées d’Asie du Sud, notamment la Sindhi, la Gir et la Nelore.
Ces races ont fait l’objet d’essais d’adaptation et de tests au Crz de Dahra à partir des années 1960. À l’arrêt de ces programmes, de nombreux sujets ont été diffusés auprès des éleveurs, qui les ont intégrés à leurs troupeaux pour les améliorer. Les effets de cette diffusion se font encore sentir dans toute la zone, mais aussi dans le nord et le centre du Sénégal.
Cette amélioration du cheptel est donc le résultat de plusieurs programmes génétiques aujourd’hui arrêtés. Cela traduit-il des difficultés au sein du Crz ?
Oui, des difficultés persistantes existent, même si certaines activités se poursuivent. Elles touchent aussi bien les ressources humaines que les équipements et le matériel nécessaire à l’atteinte des objectifs. Comme signalé, les programmes de sélection se sont arrêtés faute de ressources dédiées à leur poursuite. Cela concerne aussi bien les croisements avec des races importées que la sélection des animaux les plus performants du point de vue de la production.
Il faut relancer ces programmes, car il s’agit d’un enjeu de souveraineté. On ne peut pas parler de souveraineté alimentaire sans souveraineté scientifique. Nous devons démontrer, par la recherche, que nous pouvons mettre au point des innovations améliorant nos systèmes de production et, par conséquent, les revenus des Sénégalais.
Le Crz de Dahra est prêt à accompagner ce processus. Mais il nécessite un renfort en ressources humaines et matérielles, ainsi qu’en infrastructures. Pour mener certaines activités, nous avons besoin d’équipements et d’installations adaptés aux objectifs poursuivis.
Il faut également sécuriser le Centre, qui n’est pas clôturé, alors que nous évoluons dans une zone d’élevage extensif prédominante. Pour mener des travaux de sélection et obtenir des résultats fiables, il faut disposer d’un minimum de sécurité. Il est nécessaire de clôturer le Centre afin de maîtriser les entrées et sorties d’animaux, de mieux contrôler leur reproduction et de prévenir les risques sanitaires.
Des animaux peuvent en effet contracter des maladies dans d’autres localités et les transmettre aux sujets faisant l’objet de programmes d’amélioration génétique. Maîtriser les mouvements du cheptel est donc essentiel pour préserver la qualité sanitaire des animaux et la fiabilité des résultats de recherche.
Si nous voulons donner au Crz de Dahra la place qui lui revient, compte tenu de l’étendue de son champ d’action géographique et scientifique, il faudra l’accompagner afin qu’il puisse relever les défis liés aux équipements, aux infrastructures et aux ressources humaines.