Instrument principal du tissu socioculturel des Mancagnes, l’organisme Pkumel s’attache à valoriser la langue, la culture, les coutumes et le développement économique propres à cette communauté. Restée inerte durant les années 1990, elle est aujourd’hui une force fédératrice qui prône l’enracinement tout en s’ouvrant sur le monde.
L’atmosphère est détendue en ce matin dans les rues qui bordent les locaux de l’association. À l’intérieur, des allées et venues du personnel de la section microcrédit croisent parfois les sociétaires. Le protagoniste du jour est Dominique Campal, un homme proche de la soixantaine.
Affable, ouvert d’esprit et attentif, il est l’un des moteurs qui expliquent sa longévité à la tête de Pkumel, qu’il occupe comme secrétaire général depuis 1999. Récemment, il avait été indisponible, étant en Guinée-Bissau, dans la région de Bula, berceau culturel des Mancagnes et socle de l’association. « J’étais en Guinée-Bissau. J’y ai accompagné des notables Lébous. Ils ont été reçus par le roi des Mancagnes ; ce fut une expérience enrichissante », confie-t-il, en organisant son bureau pour nous accueillir.
Pkumel, une synergie d’action
Née en décembre 1993 à Ziguinchor, l’association Pkumel regroupe les Mancagnes du Sénégal et de la diaspora. Elle obtient une reconnaissance officielle en 1998. Le nom Pkumel, tel qu’il se prononce en mancagne, renvoie à un poinçon, outil en bois vertical placé au centre de l’ossature d’une charpente de toiture. Cet élément est essentiel: sans lui, les chevrons ne restent pas en place. C’est à partir de ce symbole que nous avons envisagé d’unifier les différentes associations, telles que « As de cœur », autour d’un rassemblement unique et fort, le Pkumel, explique Dominique Campal.
Ainsi, des femmes, des jeunes ressortissants du pays et même des membres de la sous-région ont rejoint l’association faîtière. Cette dynamique est née d’un constat du comité des anciens sur l’état de léthargie qui prévalait au sein de la communauté. Un bureau provisoire a été mis en place à la demande des anciens. « C’est au sein de ce bureau que j’ai été proposé », reprend Dominique Campal. Aujourd’hui, le siège de Pkumel se situe dans le quartier de Kadior, à quelques encablures de la route tracée vers la CEDEAO.
Pkumel un portefeuille avoisinant le milliard
La fondation de l’association Pkumel visait à répondre à plusieurs inquiétudes, notamment la dispersion des membres de la communauté mancagne. « Nous avions senti un vide. Nous avons constaté que les Mancagnes étaient dispersés à travers le Sénégal, chacun œuvrant selon sa propre méthode », explique le secrétaire général. Une dynamique de synergie d’action s’est alors mise en place, avec comme objectifs majeurs de regrouper les Mancagnes du Sénégal et de la diaspora, de resserrer les liens de parenté, mais surtout de penser la revalorisation, la revitalisation et la vulgarisation de la culture mancagne face à un monde en mutation.
Conscient que « la culture, comme le disait le poète et Président Léopold Sédar Senghor, est au début et à la fin de tout processus de développement », et que le développement passe aussi par une mutuelle de crédit, Pkumel a intégré ce volet dans son fonctionnement, confie Dominique Campal. Avec le soutien de Dina Finance, une ONG active à l’époque à Ziguinchor pour accompagner les déplacés du conflit en Casamance, et d’Accra (une autre structure de microfinance), Pkumel s’est structurée avec efficacité. Grâce à l’appui et à l’accompagnement d’Accra dans le cadre de l’installation de la section financière, l’association a émergé. Aujourd’hui, selon Dominique Campal, le portefeuille de la section microcrédit du Pkumel se situe autour d’un milliard de francs CFA.
Résister aux autres cultures
Pour poursuivre sa mission de sensibilisation, d’information et de développement, l’association a mis en place un médium de communication dans le département de Goudomp, la radio Pkumel. Pour contrer l’influence des autres sociocultures, des journées culturelles, des forums et des congrès sont organisés régulièrement. « Nous avions organisé le premier Festival international de la culture mancagne en Guinée-Bissau, sous l’égide du roi de Bula, Jean Morais Mancabou. C’était au mois de mai 2024. Pendant trois jours, la communauté a mené des réflexions sur différents aspects de la culture », se souvient Dominique Campal, secrétaire général de l’association Pkumel.
Ces activités impliquent des coûts. Toutefois, l’association parvient à assumer les charges. Entité structurée et fédérant toutes les forces vives de la communauté mancagne, elle s’appuie sur les fonds issus de la vente de cartes, des dons et des soirées culturelles pour dérouler son programme. À titre d’illustration, après avoir collaboré avec le révérend père du monastère de Keur Moussa, l’abbé Ange Niouky, pour la promotion et l’alphabétisation de la langue en 2001, le Pkumel poursuit autant que possible à valoriser la richesse culturelle de cette ethnie afin de résister à l’emprise des autres sociocultures.