À l’occasion de la «Journée des martyrs», qui commémore les victimes des violences politiques survenues entre 2021 et 2024, le Premier ministre Ousmane Sonko a prononcé un discours en deux volets : un appel pressant à l’unité au sein du parti et du pouvoir, et une exigence ferme de réforme du système judiciaire. Le retour sur ces thèmes n’a rien d’inédit ?
Devant les rumeurs de tensions qui circulaient autour du pouvoir, le chef du gouvernement a pris à bras-le-corps les désaccords internes avec le chef de l’État, les qualifiant davantage de signes de vitalité que de menaces : «il y a réellement un différend, mais il ne doit pas nous diviser», a-t-il affirmé. Il a attribué l’origine de ces incompréhensions à un manque de concertation. Le Premier ministre a appelé à un renforcement du dialogue interne : «Nous devons nous rassembler, discuter du pays, du parti, et entendre les ressentis de chacun.» Il a rappelé que ceux qui poursuivent une même destination doivent impérativement se concerter. Sonko a exhorté ses militants à faire preuve de retenue, les mettant en garde contre les débordements verbaux et les exagérations passionnelles. Il a insisté sur l’idée qu’un différend constitue une invitation à mieux communiquer, et non une rupture.
Pour cimenter la cohésion au sommet de l’État, Sonko a évoqué la constance et la détermination du Président Bassirou Diomaye Faye, dont l’évocation du nom a parfois été suivie de huées pendant les périodes d’épreuves, envoyant un message clair à ses partisans afin de préserver l’unité. «On oublie souvent que ceux qui dirigent aujourd’hui ont été, eux aussi, des victimes. On peut être déçu, mais il faut savoir raison garder. Ni exagérer dans l’éloge ni déformer la réalité quand on est en désaccord.» Il ajoute : «Quand nous étions dans l’épreuve, sa position a été constante et déterminée. Ce n’est pas aujourd’hui que nous devons l’oublier. Si j’avais pris une autre voie, vous auriez été les premiers à me rappeler à l’ordre. Nous avons fait beaucoup, et nous continuerons, mais sans donner l’impression que rien n’a été accompli.»
Abordant la douleur ressentie par les familles des victimes, Ousmane Sonko a réaffirmé la «ligne éthique» de son parti : le pouvoir Pastef détient certains moyens de se venger, mais il choisit la voie républicaine : «Nous avons les moyens de nous venger […] mais nous ne prendrons jamais cette voie.» Il a insisté sur le fait que Pastef exige que justice soit faite, mais «dans les règles». Il a averti contre l’exploitation des frustrations par les adversaires, qui pourrait fragiliser la cohésion du mouvement. Sonko a rassuré les victimes en affirmant que «personne ne peut empêcher» que la justice aboutisse. Il a rappelé que l’État, par des décisions prises en Conseil des ministres, s’engage à assurer une prise en charge équitable et transparente des martyrs.
La Justice : chantier prioritaire et piège héritier
Ousmane Sonko a désigné l’état actuel de la Justice comme la principale source de lenteur et de frustration, soulignant l’urgence d’une réforme : «nous avons hérité d’un pays piégé dans tous les domaines, et surtout dans la Justice», a-t-il déclaré. Il a expliqué que tant que le système judiciaire ne sera pas assaini, les autorités, même bien intentionnées, ne pourront pas agir rapidement. Le Premier ministre a appelé à des changements au sein de la Magistrature : «Certains magistrats doivent être remplacés. Nous avons besoin de magistrats sérieux, compétents, patriotes.» Il a toutefois précisé que ces mutations et nominations relèvent du Conseil supérieur de la Magistrature, et non de la seule décision du ministre de la Justice. Il a rappelé que la recherche de justice pour les victimes nécessite des enquêtes méthodiques pour prouver les abus, les ordres et les couvertures, et a mis en garde contre les attentes irraisonnables d’un recours judiciaire immédiat. Sonko a conclu en appelant à la patience et au soutien. Il a positionné la réforme judiciaire comme l’étape déterminante pour la stabilité du pays et la restauration de la confiance des citoyens, garantissant ainsi que le sacrifice des martyrs n’aura pas été vain.
Quid de la Présidentielle de 2029 ? «Je serai candidat à toutes les élections dans ce pays si je le veux. Personne ne pourra l’empêcher», a-t-il déclaré, annonçant la reprise prochaine des tournées politiques.