Dimanche, Donald Trump a exprimé son souhait de conclure un accord avec l’Iran, réagissant après la mise en garde du guide suprême Ali Khamenei sur le risque d’une « guerre régionale » si les États‑Unis mettaient à exécuter leur menace d’intervention militaire.
Depuis le début du mouvement de protestation réprimé dans le secret en janvier, le président américain agite les avertissements tout en disant vouloir négocier avec Téhéran afin d’éviter une issue violente.
« J’espère que nous parviendrons à un accord », a déclaré Trump à la presse. « Et si nous n’y arrivons pas, nous verrons ce que le dirigeant suprême est capable de dire ou non », a-t-il ajouté.
Prenant la parole pour la première fois en deux semaines, Ali Khamenei avait lancé plus tôt une mise en garde nouvelle.
« Les Américains doivent comprendre que s’ils déclenchent une guerre, cette fois ce sera une guerre régionale », a‑t‑il prévenu, alors que les États‑Unis avaient bombardé l’Iran lors d’un conflit de douze jours en juin déclenché par Israël.
Et il a de nouveau attaqué les protestataires. Ils « ont pris pour cible la police, des bâtiments gouvernementaux, des casernes des Gardiens de la Révolution, des banques et des mosquées, et ont brûlé le Coran (…) c’était un véritable coup d’État », a dénoncé l’ayatollah, affirmant que cette tentative avait « échoué ».
– Libération d’Erfan Soltani, âgé de 26 ans –
La République islamique a réagi en réprimant le mouvement avec une force meurtrière et en procédant à des arrestations massives.
Parmi les personnes interpellées, Erfan Soltani, âgé de 26 ans, avait été appréhendé le 10 janvier, au plus fort des manifestations, qui avaient commencé sur le coût de la vie mais s’étaient muées en un défi ouvert envers les autorités.
Porté par les défenseurs des droits humains comme l’un des visages du mouvement, il a été libéré samedi sous conditions par précaution, a déclaré dimanche son avocat Amir Mousakhani.
Les États‑Unis et plusieurs ONG avaient mis en avant un risque d’exécution pour ce jeune homme, accusé de propagande contre le système islamique et d’atteinte à la sécurité nationale, selon la justice.
L’Iran avait toutefois démenti qu’il encourageait la peine de mort pour les faits qui lui étaient reprochés.
Selon l’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), basée aux États‑Unis, plus de 42 000 personnes ont été arrêtées pendant le mouvement. Elle a en outre confirmé 6 713 décès, dont une majorité de manifestants.
Mais le nombre total de morts pourrait être bien plus élevé, avec plus de 17 000 décès en cours d’examen, précise l’organisation.
Les autorités iraniennes reconnaissent la mort de milliers de personnes mais soutiennent que la grande majorité appartenaient soit aux forces de sécurité, soit étaient des passants tués par des « terroristes ». Une opération orchestrée, selon Téhéran, par les États‑Unis et Israël.
La présidence a publié dimanche les noms de 2 986 personnes tuées pendant les troubles sur une liste qui en compte 3 117. Les 131 autres n’ont pas encore été identifiés, selon le communiqué.
– « Honte à l’Europe ! » –
À l’instar de Washington, les autorités iraniennes naviguent ces derniers jours entre menaces de représailles en cas d’attaque et volonté d’engager le dialogue avec les États‑Unis.
Dans une interview diffusée dimanche sur CNN, le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a souligné que certains pays de la région servent d’intermédiaires pour rétablir une confiance qu’il affirme avoir perdue à Washington.
Il a ainsi évoqué la possibilité d’une discussion si l’équipe de négociation américaine suit ce que le président Trump a déclaré : un accord équitable et juste pour garantir qu’aucune arme nucléaire ne soit détenue par Téhéran.
La République islamique est soupçonnée par les Occidentaux de vouloir se doter de l’arme atomique, ce qu’elle dément.
La situation s’était encore tendue ces derniers jours lorsque les États‑Unis ont déployé dans le Golfe une dizaine de navires, dont le porte‑avions Abraham Lincoln, et que les forces armées iraniennes affirment être en état d’alerte maximale.
La pression sur l’Iran vient aussi de l’Union européenne qui a inscrit les Gardiens de la Révolution sur la liste des « organisations terroristes », l’armée idéologique de la République islamique accusée d’avoir orchestré la répression des manifestations.
En représailles, le Parlement iranien a déclaré dimanche comme « groupes terroristes » les armées européennes.
« Mort à l’Amérique ! », « Mort à Israël ! », « Honte à l’Europe ! », ont scandé les députés du Parlement iranien, à l’occasion du 47e anniversaire du retour d’exil en Iran de l’imam Khomeini, père fondateur de la République islamique.
AFP