Tous prennent les commandes, sauf les Kulunas

16 septembre 2025

Aux citoyens de Ndoumbélane, le mot kuluna peut vous choquer; nous vous adressons d’emblée nos excuses anticipées. Vous comprendrez peut‑être, au bout du compte, que c’était pour une cause utile. À vous autres, autorités particulièrement, qui avez institutionnalisé l’usage de ce terme, nous allons engager une discussion qui ne vous plaira pas. On ne vit pas en démocratie pour se faire plaisir, tant que l’on se respecte… Puisqu’il faut un prétexte à tout, saviez-vous que le Premier ministre, « le meilleur de tous les temps », a fait approuver un gouvernement à la hauteur de son ambition—pardon, de son projet ? Eh bien oui, Usmaan No Pression et Baptiste Captain Republica ont été remerciés, pour leurs bons et loyaux services. Tata Yass, pas si diplomatique que cela, a récupéré le temple de Thémis et de Bamba, pas si jeune que ça puisqu’avocat depuis au moins 22 ans, est allé à l’intérieur. Vous savez, cet intérieur qu’il faut maîtriser pour la santé de la République. Place maintenant à la danse. Et n’oubliez pas, le prétexte ici demeure qu’un prétexte.

Pour ce que le kuluna vaut…

Un kuluna est un membre d’une bande de jeunes délinquants, principalement à Kinshasa, en République démocratique du Congo, qui s’adonnent à des agressions, des vols et d’autres méfaits violents (viol, assassinats, meurtres, etc.) selon Google, ressource que presque tout le monde possède. Ce terme s’est installé dans les espaces publics virtuels (réseaux sociaux) et dans les médias avant d’être véritablement institutionnalisé. Vous avez bien lu : des responsables et élus l’utilisent pour qualifier des habitants de Ndoumbélane. Cela ne semble pas déranger grand monde. On aurait pu tolérer la démonstration quasi permanente d’inculture, mais il y a un bémol. S’ils savent assez cuisiner l’idée que la République porte des valeurs à défendre lorsque le président est traité de « gougnafier », ils peuvent aussi comprendre que le citoyen, même s’il est moins protégé, n’a pas moins de dignité que son chef. Les valeurs de la République, c’est selon. Si vous pensez qu’il faut beaucoup d’efforts pour mériter ce qualificatif, vous vous trompez. Il suffit d’oser avoir l’esprit critique, refuser d’avaler des idées et des « vérités » sans les mâcher, remettre en question des positions et postures… Vous l’aurez compris, il suffit d’utiliser son cerveau pour gagner un ticket premium dans les rangs des kulunas. Si vous pensiez qu’il fallait tuer, violer, piller ou agresser les forces de sécurité et de défense, vous êtes bien dans la bonne foi, vous !

Peut-être en attend-t-on trop, d’eux…

Un cadre de la police nationale, autorisé par sa hiérarchie, a publiquement déconseillé l’usage du terme à des citoyens ndoumbélaniens qui s’en emparaient sans en mesurer les répercussions. « Vous ne savez pas ce que cela signifie. Après avoir vu les kulunas de très près, je puis vous assurer que vous ne voudriez pas leur ressembler », nous a-t-il confié. On peut légitimement se demander ce qui se joue dans la tête de ces ministres, députés, directeurs généraux et autres serviteurs de la République lorsqu’ils prononcent ce terme qui ne requiert même pas un effort vocal pour sortir comme une sentence expéditive. Essayez-donc ! Il faut un désordre ordonné, et pas le moindre, pour parvenir à un tel exploit. Il est de notoriété publique que les partis politiques ont pour mission d’éduquer et d’éveiller les populations, la jeunesse particulièrement.

À Ndoumbélane, on traite des membres de la société civile de fumiers et on demande même à des militants d’insulter ceux qui insultent leur chef, si, bien sûr, on ne traite pas à tout va les citoyens de kulunas. Nous ne sommes pas au bout des joyeusetés auxquelles nos autorités nous ont habitués; les énumérer serait déplacé, impropre. À les voir s’émouvoir de toute la « haine » qu’elles disent recevoir, on en oublierait presque que cette haine, ils la sèment et la cultivent. Au risque de trop vous attrister par les nouvelles couleurs de la République, nous allons nous en arrêter là. Tout en sachant qu’il y aura à manger et à boire dans les grands boulevards de l’actualité de la République sous peu.

Ave Ndoumbélane !

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