L’agroécologie ne se limite plus à nourrir les familles de Tobor, dans le département de Bignona. Elle dessine les contours d’une agriculture rentable, durable et porteuse d’entrepreneuriat en Casamance.
ZIGUINCHOR- Autrefois associée à une agriculture vouée presque exclusivement à l’autoconsommation, l’agroécologie affiche aujourd’hui des ambitions nouvelles en Casamance. À Tobor, dans le département de Bignona, la dynamique suscitée par les pratiques agroécologiques illustre cette transformation vers un système capable de produire, de créer de la valeur et de préserver durablement les terres.
Présente, jeudi 13 août, lors de la tournée de suivi de la campagne agricole initiée par le ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Cheikhou Oumar Bâ, dans le sud du pays, Absa Mbodj, coordinatrice du Secrétariat de la Dynamique pour une transition agroécologique au Sénégal, a salué cette approche. « À Tobor, l’agroécologie montre qu’elle peut aller bien au-delà de la subsistance. Elle permet de nourrir les populations tout en ouvrant la voie à une véritable activité économique », s’est-elle félicitée. Pour elle, les transformations sont déjà visibles sur le terrain. Les producteurs s’appuient sur le compostage, les amendements et l’autoproduction d’intrants pour restaurer la fertilité des sols. « Dans cette zone, la question de la fertilisation se voit déjà apporter des réponses grâce aux solutions produites localement et aux techniques qui améliorent durablement la santé des sols », a-t-elle souligné.
L’enjeu désormais est de franchir une étape supplémentaire. Mme Mbodj appelle à la structuration d’une véritable filière locale d’amendements et d’engrais organiques afin de rendre ces intrants plus accessibles aux producteurs. « Il faut désormais passer à l’échelle en organisant une production locale capable d’approvisionner davantage les agriculteurs », a-t-elle recommandé. Cette montée en puissance pourrait aussi faire de la Dytaes un espace de dialogue entre les acteurs locaux et le ministère de l’Agriculture. « Ces plateformes peuvent servir de relais auprès du ministère pour faire émerger des initiatives qui stimulent l’entrepreneuriat et renforcent le développement des territoires », a estimé la coordinatrice de la Dytaes. À ses yeux, Tobor offre une expérience dont les enseignements pourraient dépasser les frontières de la Casamance. « Le modèle agroécologique de Tobor mérite d’inspirer la stratégie nationale, notamment dans la marche vers la souveraineté alimentaire », a-t-elle indiqué.