En Casamance, l’organisation et les techniques de cueillette donnent au «ditakh» de Thiobon une saveur assez particulière. Ce fruit forestier porte l’économie de ce village du département de Bignona. Chez les revendeurs et les transformatrices, c’est la période faste. Cependant, ces derniers dénoncent la hausse de la taxe, qui est passée de 15 à 50 FCfa le kilogramme.
BIGNONA – Thiobon est devenu célèbre grâce à son « Bukut » (initiation en pays diola), célébré au mois d’août 2025. Mais bien avant cet événement culturel et cultuel, ce village était déjà connu des friands du « ditakh ».
Ce fruit (Detarium senegalense), forestier ligneux, constitue une véritable économie locale pour les habitants de ce village de la commune de Mangagoulack, dans le département de Bignona. Unanimement apprécié pour sa saveur, ce fruit, à la pulpe verte, acidulée et sucrée, est principalement consommé frais ou transformé en jus.
Le « ditakh » est exceptionnellement riche en vitamine C, « jusqu’à dix fois plus qu’une orange », apprend-on. Même s’il est présent dans certaines contrées de la Casamance, ce fruit représente l’identité de Thiobon en raison de son goût unique. Le secret de cette saveur réside dans les techniques de production.
« Nous ne cueillons pas les ditakhs non mûrs », confie Vieux Sitapha Coly. Selon le président du Gie « Aroka », le village a uniquement engagé de jeunes volontaires pour la surveillance de la forêt. Les Thiobonais ne badinent pas avec cette règle.
« Si l’on attrape un trafiquant, on lui retire sa collecte que l’on reverse aux syndicats. En cas de récidive, on lui demande tout bonnement de ne plus remettre les pieds dans la forêt et de rester à la maison », explique Sidaty Mané, président de l’organisation du Gie « Aroka ».
« Nous cherchons d’ailleurs des partenaires pour nous accompagner afin de rémunérer les volontaires chargés de la surveillance de la forêt. Les trafiquants nous fatiguent », renseigne-t-il.
L’organisation autour du « ditakh » va de la floraison du fruit à la commercialisation, en passant par la cueillette. Pendant cette période, personne ne s’aventure dans la forêt à la recherche de ce fruit, car il existe des jours exclusivement réservés à l’ouverture et à la fermeture de la forêt. La collecte et la commercialisation ne se font que les week-ends.
Une organisation originale et ancestrale payante
Ainsi, les samedis à partir de midi, jeunes, femmes et même les plus petits rallient la forêt pour cueillir et ramasser le « ditakh ». « Les jeunes montent aux arbres et cueillent les fruits. Les femmes ramassent et rassemblent. Ensuite, on achemine les collectes vers les “syndicats”. Sur place, des personnes du village achètent la collecte pour la revendre aux étrangers », explique Ndèye Fatou Coly.
Dans cette organisation, chaque quartier dispose de son « syndicat » ou Gie, qui s’occupe, à son tour, de la livraison des commandes aux commerçants venant de l’extérieur.
Dans ces points de vente, on procède au tri des fruits. Tout est bien rangé. Ici, ce sont les Gie qui entrent en jeu. Pour les ditakhs à la coque non cassée, le panier de 90 kg est vendu à 16.000 FCfa, tandis que ceux à la coque non intacte sont vendus à 7.000 FCfa.
Les Gie achètent aux cueilleurs quatre « ditakhs » non cassés à 25 FCfa, et pour les cassés, cinq « ditakhs » sont cédés à 10 FCfa.
« On les revend par caisse, par panier ou par seau. Pour les ditakhs non cassés, le seau noir utilisé par les maçons est vendu à 2.000 FCfa, et les cassés à 1.500 FCfa », précise Vieux Sitapha Coly.
Pour les Thiobonais, le « ditakh » doit mûrir sur l’arbre avant d’être cueilli. Au-delà de la recherche d’un meilleur goût, cette technique de cueillette évite le gaspillage et préserve l’environnement.
« Le fait de couper les branches diminue la production et constitue une réelle menace pour notre environnement. De nos aïeuls à aujourd’hui, nous avons toujours refusé de cueillir les ditakhs non mûrs ici à Thiobon », développe le président du Gie « Aroka ».
Ce savoir-faire fait toute la différence entre le « ditakh » de Thiobon et celui des autres localités de la Casamance. « Le ditakh doit être mûr. Ailleurs, les gens cueillent le ditakh non mûr pour aller le gazer », déplore Sidaty Mané.
Les commerçants viennent de l’intérieur du pays, de la Gambie et même d’autres localités, à la recherche du « ditakh » de Thiobon.
Cette organisation traditionnelle a permis au village de tirer profit du « ditakh ». Les retombées générées par la commercialisation du fruit ont permis d’investir dans des infrastructures, de financer des activités et d’autres événements du village. Les revenus couvrent également la scolarité des enfants.
« C’est aussi grâce aux économies issues de ce fruit que nous avons pu clôturer notre jardin de neuf hectares et réaliser bien d’autres investissements », indique Vieux Sitapha Coly.
Par ailleurs, selon le président du Gie « Aroka », des crédits bancaires sont accordés aux membres du Gie.
Des retombées réelles sur le village
Aujourd’hui, les Thiobonais souhaitent disposer d’au moins une unité de transformation du ditakh afin de ne pas exporter toute la matière première. Cela leur permettrait de créer de la valeur ajoutée et d’augmenter les rendements.
Cependant, il est difficile d’estimer le tonnage annuel de cette activité informelle, mais très lucrative pour Thiobon. Les récoltes hebdomadaires varient entre 65 et 100 paniers de 90 kg.
« Les samedis seulement, on atteint 4 à 5 tonnes. Les dimanches, on récolte moins que cela », informe Vieux Sitapha.
Scolarité des enfants et autonomisation des femmes
À Thiobon, la scolarité des enfants est financée par les revenus générés par la commercialisation du ditakh. Cette activité permet également de prendre en charge leur santé et les besoins spécifiques des familles.
En outre, le « ditakh » contribue au processus d’autonomisation des femmes de cette localité du département de Bignona.
« Nous ramassons le fruit dans la forêt. Nous l’achetons pour le revendre. Nos revenus nous permettent d’assurer la scolarité de nos enfants et, au besoin, leur santé », relate une membre du Gie « Kambeng Kadiamor », rappelant que les femmes souhaitent bénéficier de formations afin de mieux transformer le ditakh sur place.