Le romancier Thélyson Orélien dément formellement les allégations voulant que son roman C’était ça ou mourir ait été généré par une intelligence artificielle.
Dans un texte publié sous le titre « Ce roman que j’ai écrit », l’auteur retrace les origines du livre, évoque son parcours personnel et assume certaines fautes de jeunesse, tout en dénonçant le harcèlement dont il affirme être la cible. L’ouvrage, qui a dépassé les 75 000 exemplaires vendus depuis la fin août, demeure en lice pour le prix Renaudot.
Thélyson Orélien a choisi de prendre la parole. Accusé d’avoir massivement recours à l’intelligence artificielle pour écrire C’était ça ou mourir, le romancier défend l’authenticité de son travail et revendique pleinement la paternité de son livre.
« C’est une injure et une hérésie », affirme-t-il dans sa déclaration transmise à l’Agence France-Presse (AFP) par son éditeur français, Grasset. Intitulé « Ce roman que j’ai écrit », le texte répond aux critiques qui sont apparues à partir du 21 septembre, date à partir de laquelle, selon l’auteur, les accusations se sont multipliées.
« Un écrivain parle par ses écrits et ses écrits parlent pour lui. Mais le silence a son prix : à force de me taire, je laissais les autres raconter mon histoire à ma place », explique-t-il pour justifier sa prise de parole.
Une genèse du roman en 2017
Pour étayer sa défense, Thélyson Orélien revient sur les origines de C’était ça ou mourir. Il affirme avoir commencé à écrire le livre à l’automne 2017, à Laval, au Québec, avant d’en achever une première version en 2019. Ce premier manuscrit comptait plus de 300 pages.
L’écriture s’est ensuite poursuivie à travers plusieurs phases de révision. L’auteur dit avoir supprimé des scènes, retravaillé des passages, déplacé des éléments du récit et modifié certains personnages avant la publication de l’ouvrage en 2026.
Il insiste notamment sur l’ancienneté de son personnage principal, Jonas Dorléon, ainsi que sur la place occupée par Haïti, le Québec, la migration et l’exil dans le récit. Des thèmes qu’il rattache à son propre parcours et aux histoires recueillies au fil des années.
« Haïti, la mère biologique, habite ce roman depuis le premier jour, tout comme le Québec adoptif, la migration, l’exil : des histoires que j’ai moi-même vécues et d’autres que j’ai entendues au fil des années », écrit-il.
L’écrivain reconnaît avoir utilisé certains outils pour effectuer des recherches, notamment sur des expressions étrangères. Il réfute toutefois toute intervention de l’intelligence artificielle dans la rédaction du texte.
« Aucune phrase de ce livre n’a été créée par une machine, pas plus que le sens ou l’ordonnance d’un récit qui vient de mes tripes », assure-t-il.
Un succès commercial sur fond de controverse
La polémique survient alors que C’était ça ou mourir connaît un important succès commercial. Selon les informations communiquées, le roman a dépassé les 75 000 exemplaires vendus depuis la fin août. L’ouvrage est également encore en lice pour le prix Renaudot, l’une des distinctions littéraires les plus suivies de la rentrée française.
Ce succès contribue à placer le livre au centre de l’attention, tandis que les questions sur les conditions de son écriture alimentent le débat. Thélyson Orélien rejette les accusations d’utilisation massive de l’IA et demande que son travail soit apprécié à partir du texte lui-même.
« Ce que je demande tient désormais en une phrase : qu’on juge le roman C’était ça ou mourir pour ce qu’il est », déclare-t-il.
L’auteur ne réclame toutefois pas que les interrogations sur son passé soient écartées. Il estime plutôt qu’elles ne doivent pas être confondues avec la question de l’origine de son roman, dont il situe le début de l’écriture en 2017.
Des maladresses de jeunesse assumées
Dans son communiqué, Thélyson Orélien revient également sur des écrits antérieurs et sur des erreurs qu’il reconnaît avoir commises dans sa jeunesse. Il rappelle avoir quitté Haïti en 2010, après le séisme dévastateur, en passant par la République dominicaine, un parcours qui présente des similitudes avec celui de son personnage, Jonas Dorléon.
À l’époque, explique-t-il, il lisait beaucoup et cherchait à explorer les univers de nombreux écrivains. Il cite notamment René Depestre, Édouard Glissant, Aimé Césaire, Patrick Chamoiseau, Jacques Stephen Alexis, René Char, Charles Péguy, Ernest Hemingway, Gabriel García Márquez et Fiodor Dostoïevski.
Il évoque aussi l’influence que certaines lectures ont pu exercer sur lui, notamment Le Matin des magiciens, de Louis Pauwels et Jacques Bergier. Mais il distingue clairement l’admiration littéraire de l’appropriation de textes.
« J’ai commis des erreurs inacceptables, malgré la jeunesse et l’inexpérience. Je le regrette profondément et présente mes excuses sans réserve », reconnaît-il.
Cette reconnaissance constitue un volet important de sa déclaration. L’auteur ne cherche pas à nier son passé, mais conteste que celui-ci puisse suffire à établir que son roman aurait été produit par une intelligence artificielle.
« Une erreur de jeunesse ne peut tenir lieu de preuve contre un roman débuté en 2017 et qui sera finalement publié en 2026 », soutient-il.
La critique, oui, le harcèlement, non
Au-delà de la controverse littéraire, Thélyson Orélien dénonce les conséquences personnelles des accusations portées contre lui. Il estime que la remise en cause de son travail a fini par toucher à son identité et à son humanité.
« En attribuant à une machine un texte qui est mien, qui est celui de tous les miens, on n’est pas seulement venu contester ma qualité d’écrivain mais mon humanité », écrit-il.
Il affirme également subir des menaces, du harcèlement raciste et ce qu’il décrit comme un lynchage médiatique depuis plusieurs semaines.
L’écrivain reconnaît néanmoins le droit des journalistes à enquêter et celui des lecteurs à examiner ses anciennes publications. Il admet aussi que son roman puisse être critiqué, voire rejeté par certains lecteurs.
« La critique est toujours légitime, mais les menaces, le lynchage médiatique et le harcèlement raciste que je subis depuis des semaines sont insoutenables », déplore-t-il.
Un appel à lire le roman pour ce qu’il raconte
En conclusion, Thélyson Orélien revient à l’essentiel : l’histoire qu’il a cherché à raconter à travers Jonas Dorléon et les blessures liées à la migration et à l’exil.
Il présente C’était ça ou mourir comme le fruit d’un travail personnel, nourri par son expérience et celle d’autres migrants. Son ambition, assure-t-il, n’était ni de gagner des prix ni de devenir célèbre, mais de faire entendre une histoire susceptible de toucher les lecteurs au-delà de leurs origines.
« Je n’ai pas écrit ce livre pour gagner des prix ou devenir célèbre. Je n’ai rien à prouver aux gens qui m’accusent », affirme-t-il.
Alors que le roman poursuit son parcours commercial et reste en lice pour le prix Renaudot, la déclaration de l’auteur expose sa ligne de défense : reconnaître ses erreurs passées, réfuter les accusations relatives à l’intelligence artificielle et demander que son œuvre soit jugée sur son contenu.
À ce stade, le communiqué restitue la position de Thélyson Orélien. Les accusations relatives à l’utilisation de l’IA, comme les arguments avancés pour les contester, doivent être distinguées des faits établis par une vérification indépendante.