Chaque matin, des centaines de Dakarois investissent les plages pour s’entraîner, malgré la fraîcheur ambiante et le souffle du vent venu de la mer. Si la quête du bien-être motive ces pratiquants, elle peut aussi les exposer à des risques.
Jusqu’à Ngor, Mamadou Diagne, 35 ans, s’élance presque tous les jours dès six heures. Avec la fraîcheur, il se sent plus léger et l’air paraît plus pur. En revanche, il observe que son corps met davantage de temps à se réveiller. S’il démarre trop vite, des tiraillements apparaissent derrière les cuisses, ce qui dicte sa manière de courir. Sur le littoral de Yoff, il est 8 h 27 et le thermomètre indique 26 degrés alors qu’un homme en jogging, mince et élancé, longe la berge en aspirant l’air marin. En ce lundi 29 décembre 2025, ni les rafales ni le brouillard matinal ne freinent sa détermination.
« Parfois, j’éprouve un peu de douleur à la poitrine, mais il faut continuer à faire du sport. C’est pour se maintenir en forme. Dans le contexte actuel, je sais que je prends des risques, mais l’activité physique m’aide à préserver ma santé », confie-t-il en multipliant les étirements. À l’aube de cette journée, l’air humide chargé d’iode pénètre dans des vêtements légers. Le vent, venu du large, balaie le sable et s’engouffre dans les corps en mouvement, raidir les muscles. Awa Faye, 29 ans, s’adonne au fitness en groupe.
« On préfère s’exercer tôt le matin pour échapper au soleil, mais le vent pose problème. Après l’effort, dès qu’on s’arrête, on ressent un froid intense. Une fois, j’ai dû rentrer chez moi avec un mal de dos persistant pendant plusieurs jours », raconte la monitrice, casquette solidement nouée pour se protéger la tête. Ibrahima Fall, 42 ans, coureur assidu, se rappelle d’une blessure survenue sans avertissement. « Ce matin-là, il faisait très frais. J’ai coupé l’échauffement car j’étais pressé. Dix minutes après le départ, une douleur brutale à la cuisse m’a frappé. J’ai compris trop tard que le froid rend le corps plus fragile », détaille ce pratiquant de natation.
Cheikh Yade, 50 ans, adepte de la marche rapide, avance d’un pas décidé sur les dunes de sable de la plage de Bceao. Le quinquagénaire, blouson bleu sur le dos, bouteille d’eau en main et écouteurs dans les oreilles, ralentit parfois. « Je fais du sport pour ma santé. Mais avec le froid, mon cœur s’affole lorsque j’accélère. Parfois, il faut que je m’arrête. Autrefois, je n’y prêtais pas attention. Aujourd’hui, j’écoute davantage mon corps », explique-t-il.
Rhume, douleurs articulaires…
Sur les dunes, des jeunes sportifs s’entraînent avec intensité.
Abdou, 20 ans, vêtu d’un maillot de l’équipe nationale du Sénégal, admet les risques encourus. « On a envie d’être endurants et de montrer qu’on peut tenir le coup. Mais lorsque la sueur s’évapore sous l’effet du vent, on grelotte. J’ai déjà attrapé un gros rhume comme ça », confie l’élève de terminale durant les vacances scolaires de fin d’année. Fatou Kanté, 38 ans, mère de famille, pratique le jogging de manière occasionnelle. Elle pensait que la fraîcheur faciliterait la course.
« En réalité, j’ai souvent mal aux genoux après coup. Le sable est froid et humide. Je pense que cela travaille les articulations », confie-t-elle. À ses côtés, Moussa Kane, 49 ans et ancien sportif amateur, se remémore une frayeur. « Un matin, j’ai eu un vertige après des exercices soutenus. Il faisait froid et je n’avais rien mangé. Depuis, je fais plus attention, particulièrement avec l’âge », confie-t-il. Pour beaucoup, la fraîcheur est à la fois une motivation et un piège. « Le climat pousse à en faire plus », résume Ousmane Diène, pêcheur de 32 ans. Si le sport demeure essentiel pour entretenir le corps, la fraîcheur entretient aussi des risques omniprésents sur les plages de Dakar.
Pour beaucoup, la fraîcheur demeure à la fois source d’élan et danger latent. On ne transpire pas énormément, on pense alors que tout va bien. Or, les douleurs apparaissent le lendemain, et les pratiquants, malgré tout, continuent à s’entraîner en dépit des avertissements. Sur les plages de Dakar, le froid ne cesse d’intervenir comme compagnon d’entraînement, parfois mal accueilli, parfois fécond, mais toujours présent.