Spectacle et politique face à la crise économique

19 novembre 2025

Le Sénégal traverse une phase fragilisée par une série de tensions qui s’accentuent. Le coût de la vie s’envole, les jeunes se sentent abandonnés, les entreprises se débattent et l’État peine à tenir ses engagements fondamentaux. Dans ce cadre préoccupant, que remarque-t-on ? Un Premier ministre qui évoque des « congés » lors d’un Conseil des ministres avant de prendre l’avion pour participer à un meeting politique, s’arquant en procureur contre les magistrats et l’opposition. Le contraste est frappant et même alarmant.

L’économie, grande absente du discours

Ce qui frappe dans le discours récent de M. Ousmane Sonko, c’est l’absence criante d’urgence économique. Il avait pourtant une occasion rare de s’adresser au pays, de rassurer les ménages, de mobiliser les capacités productives et de tracer une trajectoire crédible vers la relance. Il a choisi de régler des comptes. Aucun plan de redressement, aucune mesure concrète, aucun signal fort à l’intention des acteurs économiques. Ce ne sont que des invectives, des dénonciations et une rhétorique de confrontation qui semblent ignorer la gravité du moment. Gouverner, ce n’est pas militer et un Premier ministre n’est pas un chef de parti en campagne.

Le devoir de l’État : gouverner, pas s’agiter

Gouverner, c’est arbitrer, prioriser, bâtir. C’est aussi savoir se taire quand il faut apaiser, et parler quand il faut expliquer. Or, depuis sa nomination, M. Ousmane Sonko semble incapable de sortir du costume de l’opposant. Il s’exprime comme s’il n’avait aucun pouvoir, alors qu’il est censé l’exercer. Ses attaques répétées contre la magistrature, ses insinuations contre l’opposition, ses démonstrations de force populaire, tout cela affaiblit l’État et érode la confiance.

A ce niveau de responsabilité dans l’État, on doit réfléchir à deux fois avant de s’exprimer publiquement. Chaque mot, chaque geste, chaque prise de parole officielle a un impact direct sur la stabilité du pays et sur la perception que les partenaires internationaux ont du Sénégal. À chaque fois qu’il s’exprime avec véhémence ou légèreté, la note du Sénégal se dégrade auprès des agences de notation, plongeant encore davantage notre économie dans un marasme accablant. Ce n’est pas une opinion, c’est un fait. Les marchés écoutent, les investisseurs scrutent, et ils sanctionnent.

Une gouvernance incohérente

À cette instabilité s’ajoute une incohérence préoccupante. Comment peut-on introduire de nouvelles taxes, augmenter la pression fiscale, et appeler les citoyens à ne pas payer leurs impôts tant que la justice n’est pas rendue ? Cette posture contradictoire mine l’autorité de l’État et brouille les repères. Gouverner, c’est assumer des choix nets, lisibles et cohérents avec les principes républicains.

Pendant ce temps, la maison brûle

Les urgences s’accumulent, les hôpitaux se trouvent en crise, les enseignants sont en grève, les entreprises sombrent et les ménages peinent sous le coût de la vie. Le pays n’a pas besoin de gladiateurs, mais de bâtisseurs. Plutôt que de prendre l’économie comme boussole, le gouvernement en fait un champ de ruines. M. Ousmane Sonko devrait n’avoir qu’une seule obsession : l’économie — comment relancer la production nationale ? Comment soutenir les PME ? Comment stabiliser les prix ? Comment restaurer la confiance des investisseurs ? Voilà les questions essentielles. Le reste n’est que diversion.

Un environnement régional menaçant

Et pendant que le Sénégal s’enfonce dans des débats stériles, la sous-région s’enflamme. Le Mali traverse une période difficile, et la perspective d’un basculement du régime au bénéfice de groupes jihadistes pourrait avoir des conséquences désastreuses pour notre pays sur le plan économique, social et sécuritaire. Le Premier ministre d’un pays voisin doit éprouver le sens de l’urgence : la cohésion nationale, la stabilité des institutions et la solidarité régionale. L’heure n’est plus à des arènes politiques, mais à la vigilance et à l’action.

Un mépris des risques sanitaires

Organiser un rassemblement massif dans un contexte sanitaire préoccupant mérite réflexion. La fièvre due à la vallée du Rift est en recrudescence inquiétante, avec plusieurs centaines de cas répertoriés à travers le pays. Est-il responsable, dans de telles conditions, de rassembler des foules venues des différentes régions du Sénégal ? La santé publique ne peut être sacrifiée sur l’autel de la mobilisation politique. Un chef de gouvernement soucieux des défis que son pays doit relever doit faire preuve de prudence, de retenue et de sens des responsabilités.

Il est temps de gouverner

M. Ousmane Sonko cherche à mettre la foule au service de ses ambitions alors qu’il devrait servir le Sénégal, qui a besoin d’un gouvernement qui travaille, écoute, agit et non d’un exécutif en campagne permanente. Le peuple ne réclame pas des slogans, mais des solutions. Il est grand temps de remettre les priorités au bon endroit : l’économie d’abord, l’économie ensuite et toujours l’économie.

Cheikhou Oumar Sy et Théodore Chérif Monteil sont des anciens parlementaires.