La récente rencontre d’échanges initiée par le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo avec le secteur privé national marque une étape déterminante et annonce une ère nouvelle dans les rapports entre les secteurs public et privé.
À titre de Président de la Confédération Nationale des Employeurs du Sénégal (CNES), je salue cette démarche articulée autour de six axes majeurs définis par le chef du gouvernement : le cadre de dialogue entre l’État et le secteur privé, la gestion de la dette intérieure, l’environnement des affaires, l’attractivité des territoires, la mise en œuvre de l’Agenda Vision Sénégal 2050, et l’implication du secteur privé dans les projets moteurs.
La CNES affirme son entière disponibilité pour accompagner la concrétisation de cette vision stratégique. Toutefois, afin que ce dialogue soit pleinement efficace, il est indispensable d’instaurer une franchise totale sur les obstacles qui freinent le tissu économique. L’adhésion du patronat ne saurait être une simple démarche formelle : elle dépend de la levée sans délai des goulets d’étranglement qui entravent le développement de nos entreprises.
Garantir la paix, la stabilité et l’apaisement entre l’Exécutif et le Législatif
L’économie ne peut prospérer que dans un cadre de paix, de stabilité et de prévisibilité. C’est pourquoi la CNES insiste sur la nécessité d’un apaisement durable dans les rapports entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. Tout blocage institutionnel autour des réformes cruciales affaiblirait l’ensemble du secteur privé. Les acteurs économiques ont besoin d’une cohésion politique forte pour assurer la mise en œuvre sereine des mesures liées au traitement de la dette. La mise en œuvre rapide de la Loi de finances rectificative (LFR) et la consolidation de l’accord technique sur le programme avec le Fonds monétaire international (FMI) constituent des priorités nationales qui ne doivent souffrir d’aucune inertie politique.
Apurer la dette intérieure : la clé de voûte de la relance
La relance de l’économie sénégalaise est intimement liée à un apurement total et rapide de la dette intérieure. Les créances impayées accumulées par l’État pèsent lourdement sur la trésorerie des entreprises locales et compromettent l’investissement. Si nous saluons les engagements du gouvernement, la CNES rappelle que le règlement prompt de cette dette est une condition vitale pour injecter des liquidités et restaurer la confiance des marchés.
Lever d’urgence les blocages au Port Autonome de Dakar
Il est illusoire d’évoquer l’attractivité des territoires ou l’amélioration du climat des affaires sans résoudre en urgence les problèmes qui affectent le Port Autonome de Dakar. La CNES dénonce fermement les dérives actuelles, marquées par des facturations arbitraires et des pratiques de concurrence déloyale qui pénalisent lourdement les opérateurs respectueux des règles. Poumon financier et logistique de notre pays, le port ne peut plus demeurer une zone d’incertitude et d’injustice commerciale.
Nous constatons par ailleurs que l’accès aux documents de travail stratégiques demeure particulièrement complexe pour les acteurs privés. Une transparence rigoureuse dans la communication de l’État et de ses démembrements est un prérequis non négociable pour restaurer durablement la confiance mutuelle.
Clarifier le patriotisme économique et sécuriser l’entreprise nationale
Le gouvernement prône, à juste titre, l’adoption d’une loi sur le patriotisme économique. La CNES y adhère pleinement, mais elle pose une condition fondamentale : ce texte doit établir clairement le statut juridique de l’entreprise nationale afin de mieux la valoriser et la fortifier, en vue de promouvoir un développement économique davantage endogène.
Cette clarification doit s’accompagner d’une application intégrale du contenu local dans l’ensemble des secteurs stratégiques. C’est la condition sine qua non d’une participation massive et effective du secteur privé aux projets majeurs de l’Agenda 2050. Sans des champions nationaux consolidés, la souveraineté économique restera un idéal inatteignable.
La commande publique échappe au secteur privé national
Il faut corriger le déséquilibre en faveur des acteurs externes en inversant la tendance au profit des entreprises nationales qui ne captent encore que 30 % de la valeur de la commande publique. À cet égard, ARCOP doit jouer pleinement son rôle de régulateur et agir avec plus d’efficacité pour rééquilibrer les opportunités.
Former et financer : les piliers fondamentaux de notre compétitivité
Pour que le secteur privé devienne le moteur véritable de la croissance, deux priorités transversales doivent structurer nos échanges : la formation professionnelle, indispensable pour aligner les compétences sur les besoins réels du marché ; et le financement de l’économie, crucial pour permettre à nos entreprises d’investir, d’innover et de supporter la concurrence internationale.
Le patronat national se tient prêt à répondre à l’appel de l’État. Nous sommes disposés à co-construire le Sénégal de demain, fondé sur un partenariat équitable, transparent et résolument tourné vers la libération du potentiel productif du pays.
La CNES demeure engagée dans cette dynamique de dialogue et d’action collective pour le développement économique national.