Le laboratoire d’idées WATHI a tenu hier une table ronde sur le thème : « La diplomatie sénégalaise sous le Président Diomaye Faye : rupture ou continuité ? ». L’événement a été l’occasion pour plusieurs universitaires de lancer un appel au Premier ministre Ousmane Sonko afin qu’il s’abstienne d’ingérer dans la conduite des affaires étrangères, compétence exclusivement réservée au chef de l’État.
Pour eux, une telle clarification s’impose afin d’éviter des contradictions publiques, de renforcer la cohérence de l’action extérieure du Sénégal et de préserver sa crédibilité sur la scène internationale. WATHI rappelle qu’au fil de son histoire, le Sénégal s’est illustré par une diplomatie active, équilibrée et respectée, qui a traversé les gouvernements successifs malgré les mutations géopolitiques.
Le nouveau pouvoir, porté par un discours de « rupture », de « souveraineté » et de « refondation nationale », suscite néanmoins des questionnements quant aux axes futurs de la politique étrangère sénégalaise.
Au cœur des échanges, le professeur de droit public à l’UCAD, Ousmane Khouma, a estimé qu’une première « rupture » interne s’est déjà produite, marquée par une immixtion dans le domaine qui revient au président. « Depuis l’alternance, deux têtes semblent parfois incarner la diplomatie sénégalaise », a-t-il souligné.
Il pointe ensuite une seconde problématique : la redéfinition des partenariats
« Le monde s’organise autour de deux pôles, démocratique et souverainiste. Notre politique étrangère cherche à s’ajuster en conciliant l’ADN atlantiste du Sénégal, historiquement ancré dans un partenariat occidental, tout en s’ouvrant davantage au Sud global. L’élément clé est de disposer d’une feuille de route claire et stratégique », a insisté le Professeur Khouma.
Pour sa part, le Professeur Mamadou Yaya Diallo, enseignant-chercheur en droit international, estime que le Sénégal sous Diomaye Faye s’inscrit dans une dynamique de consolidation de ses acquis diplomatiques tout en opérant un repositionnement stratégique. Il souligne également chez le chef de l’État une volonté affirmée de promouvoir le panafricanisme, inscrit dans l’Agenda 2050.
Le Premier ministre doit se ranger derrière le chef de l’État
Toutefois, le Professeur Diallo juge que cette orientation panafricaniste relève davantage de la rhétorique que de mesures concrètes. Il préconise de préserver la ligne diplomatique qui fait du Sénégal une voix audible en Afrique de l’Ouest. « Il faut renforcer nos partenariats et notre crédibilité. Le Sénégal doit saisir le contexte régional — insécurité, instabilité politique, retrait de certains pays de la CEDEAO — afin de défendre le respect des normes régionales et des principes de gouvernance démocratique », a-t-il plaidé.
L’universitaire rappelle que l’élaboration de la politique étrangère relève exclusivement du président de la République. Le Premier ministre, explique-t-il, est avant tout un agent d’exécution : « Il peut prendre la parole sur la scène internationale, mais toujours dans le cadre des orientations fixées par le chef de l’État. Toute initiative contradictoire risquerait de semer la confusion et d’affaiblir le pays. »
Insistant sur la centralité institutionnelle du président, il avertit : « Le Premier ministre a tout intérêt à se ranger derrière le chef de l’État tant qu’il occupe cette fonction. Des déclarations divergentes peuvent conduire à un fiasco diplomatique. »