Selon la pédopsychiatre Awa Dièye, les troubles neurodéveloppementaux se manifestent dès les premiers instants de la vie de l’enfant. « Ils peuvent apparaître au cours de la grossesse, lors de l’accouchement ou dans les toutes premières années », précise-t-elle.
Ils touchent le développement neurologique, c’est-à-dire les acquisitions majeures qui jalonnent l’évolution de l’enfant. « Un enfant apprend à s’asseoir, à marcher, à parler, à gagner en autonomie. Dans les troubles neurodéveloppementaux, on observe des retards dans ces processus », indique-t-elle. Parmi les signes les plus fréquents figurent un retard du langage, des difficultés à devenir autonome et des troubles de la propreté. « Certains enfants peuvent mettre jusqu’à six ou sept ans pour acquérir la propreté », souligne-t-elle. Les troubles du sommeil, les troubles de l’alimentation et, surtout, les difficultés dans les échanges sociaux constituent aussi des indices importants. « Un enfant peut parler, mais ne pas dialoguer. Il peut communiquer uniquement pour exprimer un besoin essentiel, sans échange réciproque », précise-t-elle.
Ces éléments exercent un impact direct sur l’intégration scolaire. « À partir de trois ans, l’enfant doit intégrer le milieu de l’école maternelle. Lorsqu’on observe un retard de langage ou de comportement, cela se répercute immédiatement sur la scolarité », remarque-t-elle. L’un des troubles les plus connus demeure l’autisme, mais la spécialiste insiste sur sa diversité. « Il n’existe pas un autisme unique, il s’agit d’un spectre. Chaque enfant vit son autisme d’une façon différente », affirme-t-elle. Autisme léger, modéré ou sévère, avec ou sans retard mental, avec ou sans trouble du langage : les profils sont multiples.
« Il n’existe pas une approche universelle. La prise en charge dépend du profil individuel de l’enfant », rappelle-t-elle. Cette pluralité explique pourquoi certains enfants suivent une scolarité ordinaire, tandis que d’autres nécessitent un accompagnement spécifique. La question de l’inclusion scolaire se pose donc avec acuité, notamment sur la possibilité d’intégrer ces enfants dans le système général ou dans des structures spécialisées. La position du spécialiste reste nuancée sur ce point. « Certains enfants autistes peuvent aller à l’école comme les autres. D’autres ne peuvent pas réussir dans le système ordinaire et ont besoin d’un cadre adapté », explique-t-elle. Il existe aussi des trajectoires évolutives.
« Certains qui débutent dans des structures spécialisées, avec le suivi nécessaire, peuvent par la suite rejoindre l’école ordinaire », précise-t-elle. L’essentiel, selon elle, est d’éviter les décisions hâtives. « Tout le monde ne peut pas être dans les classes ordinaires, mais tout le monde ne doit pas non plus rester confinés à une école spécialisée », dit-elle. Pour la spécialiste, l’erreur la plus fréquente consiste à inscrire ces enfants en classe sans réaliser un diagnostic préalable. « C’est le médecin pédopsychiatre qui est habilité à poser le diagnostic d’autisme », précise-t-elle. Cette évaluation repose sur une approche pluridisciplinaire.
Le médecin examine l’histoire de la grossesse et de l’accouchement, recherche des antécédents familiaux et des comorbidités. « L’autisme est souvent associé à d’autres troubles, comme l’épilepsie », explique-t-elle. « L’orthophoniste évalue le langage, le psychomotricien analyse les compétences motrices et relationnelles, le psychologue ou le neuropsychologue établit le profil cognitif, tandis que les éducateurs spécialisés mesurent l’accessibilité pédagogique », a fait savoir Dr Dièye. « C’est à partir de tous ces bilans que nous établissons le profil global de l’enfant et proposons un projet thérapeutique et éducatif adapté », souligne-t-elle.