Dans la province du Hunan, le mémorial-musée de Shaoshan, village natal de Mao Zedong, attire quotidiennement des foules considérables. Le rituel oscille sans cesse entre prière et mise en scène du passé révolutionnaire. Shaoshan demeure un endroit où l’histoire et les symboles politiques s’entremêlent au quotidien.
Sous une pluie soutenue et un vent qui enveloppent Shaoshan d’un voile quasi solennel, ce mardi matin du 14 avril 2026 ne freine en rien les ambitions des milliers de pèlerins venus de toute la Chine et d’ailleurs pour s’incliner devant le musée dédié à Mao Zedong, édifié dans sa ville natale. Parapluies ouverts, jeunes et moins jeunes, écoliers et familles affluent vers ce lieu mémoire. Parmi eux, une vingtaine de représentants africains participent à un séminaire sur la civilisation écologique et la réduction de la pauvreté verte, organisé en partenariat entre l’Institut Chine-Afrique de recherche, l’école publique d’administration et la faculté de droit de l’Université Xiangtan. Cette rencontre s’est tenue du 12 au 25 avril 2026 sur le campus de Xiangtan University, dans la province du Hunan.
Dans ce village, à la fois résolument moderne et fidèlement attaché à son héritage historique, tout porte l’emblème Mao Zedong. À Shaoshan, l’attention du visiteur est surtout captée par la beauté du cadre naturel qui entoure le mémorial. Un paysage qui semble s’étendre à l’infini. Les temples anciens, toujours préservés, font partie intégrante du décor de ce bourg. Le site est entouré de collines qui ondulent doucement. Partout, des statues et des portraits de l’ancien président chinois jalonnent le paysage. À l’arrivée de la délégation africaine, deux soldats en treillis s’avancent. D’un pas mesuré et d’un regard impassible, ils se rapprochent et prennent en charge avec précision la gerbe destinée à l’hommage. Le cliquetis discret des pas sur le sol mouillé de Shaoshan rythme cette marche lente vers la statue. Le groupe d’officiels africains suit en silence. Personne ne parle à voix haute. Le dépôt des fleurs devant la grande statue de Mao Zedong devient alors un geste symbolique fort, empreint de respect et de recueillement. Tous s’inclinent trois fois devant la statue, en hommage à Mao. C’est devenu le rituel quotidien de ce lieu de mémoire. Les groupes se succèdent devant la statue. Tour à tour, ils s’inclinent, déposent des bouquets de fleurs. Les plus âgés immortaliser ce moment par des selfies devant la façade de la statue, révélant une attitude plus contemplative que dévotionnelle.
La visite continue à l’intérieur du musée. Le guide du jour, avec précision et pédagogie, conduit le groupe à travers les différentes salles. À l’extérieur, l’humidité et la foule s’imposent; à l’intérieur, l’atmosphère devient presque intime. Les murs du musée racontent une histoire faite de luttes, de stratégies et de transformations profondes. Les clichés en noir et blanc retracent la vie et l’engagement politique de Mao Zedong. De son enfance tendre à son ascension fulgurante, en passant par ses premières années de lutte, tout est exposé dans ce musée qui conserve plusieurs décennies d’efforts et de mobilisation. Les premières vitrines présentent une Chine rurale, la vie au village. Là, les premiers écrits de Mao. Ici, le révolutionnaire Mao, en compagnie de son père et de ses deux frères, Mao Zemin et Mao Zetan. « C’est la seule photo de Mao lorsqu’il était enfant », précise le guide. Au fil du temps, l’enfant a grandi. Des objets personnels du révolutionnaire sont soigneusement préservés. On y retrouve des livres, des vêtements, des outils qu’il utilisait au quotidien. Des traces qui replongent le visiteur dans la vie de Mao Zedong. Les visiteurs africains loin d’être indifférents, restent impressionnés par ces découvertes. Le guide commente chaque image et chaque tableau avec précision. Les visiteurs immortaliseront l’instant à travers des clichés. Les officiels africains, très attentifs, échangent quelques regards ou chuchotent. Certains prennent des notes pendant que d’autres restent longuement devant les tableaux. Même le premier véhicule acquis par Mao Zedong en 1945 est exposé dans ce musée. Ses bureaux, où il passait de longues heures à travailler, sont bien protégés.
Base d’un destin
À une vingtaine de mètres du musée se dresse la maison natale. Pour y accéder, il faut présenter une autorisation en bonne et due forme. La sécurité est impressionnante tout au long des allées à emprunter. Des barrières installées des deux côtés obligent les visiteurs à faire la file et à entrer, chacun, dans la demeure. Une demeure aux murs de terre battue et au toit de chaume. Une habitation qui reflète les origines modestes du fondateur de la République populaire de Chine. Les meubles y sont simples et pratiques. Les espaces sont réduits, témoignages d’un mode de vie frugal. C’est dans ce cadre que s’est formé celui qui a laissé une empreinte durable dans l’histoire de la Chine. Nichée au milieu des champs, la maison en terre battue dort sous les bambous. Le guide décrit la chambre de Mao; une lampe tempête, le lit en bois de l’écolier Mao et d’autres objets conservés intacts. Une autre porte ouvre sur la chambre des parents. Une grande vanne, construite à l’intérieur, servait, selon le guide, à conserver l’eau. Les murs, les pièces et les objets racontent une enfance modeste, loin des sphères du pouvoir. Les visiteurs déambulent en silence, respectant la quiétude des lieux. Les champs se trouvent à quelques mètres et rappellent une réalité rurale qui a façonné sa vision du monde. Dans ce cadre, tout relie Mao Zedong à ses origines modestes. La délégation quitte les lieux lorsque la pluie du jour s’estompe. Même si les parapluies se ferment, l’atmosphère demeure empreinte de gravité. La maison des Mao demeure un espace de mémoire vivant.
Le Hunan, berceau d’une révolution
Né dans le Hunan, Mao Zedong y a grandi et y a forgé les bases de son engagement. « Les habitants de la région le rappellent souvent : sans le Hunan, la révolution chinoise n’aurait sans doute pas connu le même destin », rappelle le Dr Kaze Armel, enseignant à l’Université Xiangtan. C’est dans cette province que le futur fondateur de la République populaire de Chine a mené ses premiers combats. Et c’est aussi dans cette province où il s’est retiré après avoir accompli son œuvre. « Mao Zedong est né dans le Hunan, il y a grandi ici et a mené tout son combat dans cette province », ajoute le Dr Kaze.