Éminent savant et figure majeure de l’Islam au Sénégal, Serigne Sam Mbaye demeure une référence spirituelle et intellectuelle dont l’enseignement continue d’éclairer des générations. Frère aîné de El Hadj Djily Mbaye, il repose aujourd’hui dans le mausolée du palais de Louga.
Serigne Sam Mbaye, grand frère de El Hadj Djily Mbaye, figure parmi les plus augustes savants islamiques du Sénégal. Ses prêches demeurent d’actualité et rappellent ce que doit être la relation entre le croyant et le Tout-Puissant, depuis la naissance jusqu’au terme de la vie. Ses sermons et conférences, prononcés en Wolof, abordent maintes thématiques pertinentes pour l’édification spirituelle. Dossier dans l’espace du Palais Djiy Mbaye, se situe également le mausolée de ce sage et érudit d’envergure qu’est Serigne Sam Mbaye. Sur le perron du palais, à droite, cet endroit constitue aussi un lieu de recueillement pour les pèlerins et visiteurs. Serigne Sam Mbaye partage ce mausolée avec son frère El Hadj Djily Mbaye, qui y repose aussi depuis sa disparition en 1991. La mère d’El Hadj Djily Mbaye, Sokhna Khary Samba Touré, est également inhumée dans le mausolée du palais, tout comme trois épouses du grand homme: Sokhna Ndeye Diop, Sokhna Aminata Sourang et Sokhna Ndeye Sokhna Camara.
Serigne Sam Mbaye est l’un des aînés de El Hadj Djily Mbaye, les deux ayant le même père. Leur mère porte le nom de Sokhna Fatou Thiam. Né en 1922, Serigne Sam Mbaye avait quatre ans de plus que son frère El Hadj Djily Mbaye, et il est décédé en 1998. C’est au sein de la demeure familiale qu’il fit ses premiers pas dans l’apprentissage du Coran, sous l’égide de Serigne Mbaye Touré, comme l’indique Baye Mbaye, neveu d’El Hadj Djily Mbaye. Leur père, Mame Cheikh Mbaye, a fondé en 1939 le Daara de Koki et, selon Baye Mbaye, a confié la gestion de ce centre à son ami Ahmadou Sakhir Mbaye. Pour témoigner de l’importance qu’il accordait à cette école coranique à vocation nationale, Mame Cheikh Mbaye envoya ses enfants, El Hadj Djily Mbaye et Serigne Sam Mbaye, à Koki. Selon Baye Mbaye et Mamadou Gaye Sam, enseignant-chercheur et proche de la famille, Serigne Sam fut le premier à maîtriser le Coran dans la première promotion de Koki.
Après son passage à Koki, Serigne Sam poursuivit sa formation en Algérie puis en Tunisie. Après ces études religieuses, il entreprit également un cursus en français à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), où il décrocha une maîtrise en arabe et des connaissances en littérature française. Plus tard, il obtiendra un doctorat en arabe, selon l’enseignant Mamadou Gaye. « Baye Djily avait édifié cet établissement pour en faire une école franco-arabe. Par la suite, les jeunes de Louga exprimèrent le désir d’un lycée. C’est ainsi que El Hadj Djily Mbaye leur proposa de transformer l’établissement en lycée. Serigne Sam fut alors affecté à Dakar comme directeur de l’école franco-arabe, aujourd’hui regroupée sous le nom de Groupe Serigne Fallou Mbacké. Par la suite, il fut affecté à Louga à la demande d’El Hadj Djily Mbaye afin d’être le premier proviseur du lycée Malick Sall de Louga, avec comme parrain un ami fidèle de Mame Cheikh Mbaye », rapporte le neveu d’El Hadj Djily Mbaye.
Au nom du père
Le père d’El Hadj Djily Mbaye et de Serigne Sam Mbaye, Mame Cheikh Mbaye, était un érudit qui préférait l’anonymat et refusait toute distinction entre confréries. À la création de l’école coranique de Koki, il demanda aux responsables d’instruire des enfants issus de toutes les confréries (mourides, tidianes, khadres, ibadous, etc.). « Il fait partie des ‘Fardaniya’, c’est-à-dire des savants musulmans très modestes qui n’aiment pas attirer l’attention sur eux », insiste Baye Mbaye, petit-fils, lors de notre entretien. Natif de 1864 et décédé en 1946, Mame Cheikh Mbaye entretenait des liens privilégiés avec Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké et était ami des chefs de toutes les confréries du pays. Il ne mettait jamais en avant son appartenance confrérique, privilégiant l’islam dans son ensemble; on ne peut donc dire à quelle confrérie il appartenait exactement. Mame Cheikh Mbaye fut aussi juge musulman (Cadi) à Yang-Yang.
El Hadj Djily Mbaye et Serigne Sam Mbaye figurent parmi les enfants les plus célèbres de Mame Cheikh Mbaye, mais d’autres fils comptaient également. Serigne Mor Mbaye fut son premier khalife après le décès du patriarche; Serigne Ibra Mbaye, père de notre interlocuteur (Baye Mbaye), fut également khalife; leur frère cadet se nommait Serigne Abdou Salam Mbaye. Aujourd’hui, le khalifat de Mame Cheikh Mbaye est assuré par les petits-fils et Serigne Saer Mbaye assure le rôle de khalife actuel de la famille, succédant au premier petit-fils Khalife, Serigne Youssoupha Mbaye.