Sos Consommateur dénonce une manipulation des chiffres concernant la fraude sur l’électricité
Selon Me Massokhna Kane, président de l’organisation de défense des consommateurs Sos Consommateur, cette dernière accuse la Société Nationale d’Électricité, la Senelec, de manipuler depuis plus d’une décennie les statistiques liées à la fraude sur l’électricité. Il affirme que la société ne fournirait pas des données sincères et transparentes concernant cette problématique, ce qui soulève de sérieuses questions quant à la crédibilité des chiffres qu’elle publie régulièrement.
Les représentants de Sos Consommateur affirment avoir détecté de multiples incohérences dans les statistiques avancées par la Senelec sur la fraude. Ces divergences concernent principalement la façon dont la société aurait modifié ses chiffres pour donner une image moins alarmante de la situation. Ainsi, de 2014 à 2024, la Senelec aurait modifié ses estimations des pertes dues à la fraude, passant d’une perte annuelle comprise entre 20, 25 et 27 milliards de francs CFA, à une projection avoisinant désormais les 100 milliards pour l’année 2024, laissant entendre une aggravation très suspecte de la situation.
Les déclarations et accusations de la Senelec
Dans un communiqué, Sos Consommateur mentionne qu’en juin 2014, lorsque la société avait lancé une vaste campagne nationale contre le vol d’électricité, elle avait pris comme exemple le quartier de Grand Médine, dénonçant ce secteur comme étant une «niche de vol d’électricité». La société avait alors avancé que le préjudice subi représentait environ 9% de son chiffre d’affaires, soit près de 25 milliards de francs CFA. Cependant, cette accusation restait non étayée par des preuves concrètes.
Malgré plusieurs demandes, Sos Consommateur affirme avoir été incapable d’obtenir la moindre preuve tangible de la part de la Senelec pour soutenir ces accusations.
Les résultats d’une enquête indépendante
Ce n’est qu’après avoir mené leurs propres investigations, en s’appuyant notamment sur des documents internes de la Senelec, que les membres de Sos Consommateur ont découvert une réalité bien différente. Entre 2010 et 2013, ils ont recensé 8 233 cas de fraude sur une période de trois ans, pour un montant total de 2,194 milliards de francs CFA. Parmi ces cas, cinq industriels étaient responsables d’environ un milliard de francs CFA. Ces données, qui sortent des analyses internes, contredisent fortement la version officielle et les chiffres annoncés par la société d’État.
Une mise en garde envers les autorités et les consommateurs
Face à ces révélations, l’organisation de défense des consommateurs appelle avec insistance les autorités et la population à la vigilance. Sos Consommateur met en garde contre la campagne de communication de la Senelec, qui serait basée sur des accusations infondées, et déplore que certaines associations de consommateurs, peu documentées et mal informées sur la question, aient soutenu ces discours sans vérification. La manipulation des chiffres par la société d’électricité pourrait ainsi induire en erreur le public et détourner l’attention des véritables enjeux du secteur.
Les vraies causes des difficultés de la Senelec
Selon Me Massokhna Kane, la dirigeante de Sos Consommateur, la volonté de la Senelec de justifier ses mauvais résultats s’inscrit dans une stratégie pour couvrir ses échecs. La société tenterait de se défausser en brandissant la question de la fraude, alors que la réalité serait autre. Malgré l’existence de plusieurs plans, tels que « Soukhali », « Takkal » et « Yessal », qui visaient depuis 2020 à réduire le coût de l’électricité entre 60 et 80 francs le KWh, la société rencontre d’importants freins. Ces échecs seraient principalement dus aux charges opérationnelles excessives et à une mauvaise gestion structurelle, alors que la désintégration et la restructuration en profondeur de la Senelec auraient dû intervenir dès 2010 afin d’éliminer ces dysfonctionnements chroniques.