Sénégal : trajectoire vers une démocratie illibérale selon Hamidou Anne

18 novembre 2025

À l’occasion de sa participation à l’émission Jury du Dimanche sur iTV ce dimanche, Hamidou Anne, politologue et responsable de la cellule d’analyse et de prospective de l’Alliance pour la République (APR), a livré une analyse sans équivoque de la situation politique, économique et sociale du Sénégal.

Titulaire du diplôme de l’École nationale d’administration (ENA), ayant reçu une formation en communication politique à Paris et en gestion publique à Washington, cet ancien conseiller de plusieurs ministères (Affaires étrangères, Culture) et du Plan Sénégal Émergent (PSE) a intégré l’APR en février 2025. En juillet, le président Macky Sall l’a nommé à la tête de la cellule d’analyse du parti, et il assume pleinement ce tournant politique.

« J’ai pris position contre le projet du Pastef, que je juge contraire à ma vision de la République, de la laïcité et de la nation », a-t-il déclaré, rejetant toute incohérence intellectuelle. « Nager à contre-courant ne me gêne pas tant que je demeure fidèle à mes convictions. »

L’analyste a manifesté de fortes inquiétudes quant à l’état de la démocratie sénégalaise, qu’il estime menacée par une dérive populiste. « Ma crainte pour le Sénégal, c’est l’instauration d’une démocratie illibérale où les espaces de liberté se rétrécissent progressivement », a-t-il affirmé, citant en exemple la Hongrie de Viktor Orbán.

Le politiste s’est alarmé de la banalisation de l’emprisonnement : « On emprisonne les gens trop facilement au Sénégal. Un simple mot peut conduire quelqu’un en prison. La liberté est progressivement en train de disparaître. »

Sur la question brûlante de la dette publique, Hamidou Anne a fermement contesté les accusations du Premier ministre Ousmane Sonko. « Ce n’est pas une révélation, c’est une accusation. Révéler, c’est montrer ce qui était caché. Rien n’est caché », a-t-il martelé.

L’APR a produit un contre-rapport « exhaustif et chiffré » déposé auprès de la directrice générale du FMI et a sollicité en vain un débat d’experts avec le gouvernement. Anne dénonce l’absence de principe contradictoire dans l’audit : « Aucun ancien ministre des Finances du régime Macky Sall n’a été saisi pour apporter ses réponses. »

Il a surtout alerté sur les conséquences désastreuses de cette polémique : suspension de la coopération du FMI, fuite des investisseurs, et dégradation de la note souveraine du Sénégal par S&P à CCC, avec mise sous surveillance (credit watch). « Une simple déclaration a créé des conséquences incommensurables », a-t-il regretté.

Conjoncture sociale et économique préoccupante

Le coordinateur de la cellule prospective de l’APR a dressé un tableau alarmant de la situation sociale : taux de chômage à 20%, 54% d’analphabétisme, et une jeunesse dont 70% a moins de 35 ans face à un marché n’offrant que 10% d’emplois aux diplômés.

« Le véritable problème dans la mondialisation, ce sont les inégalités. Ces fragilités peuvent déboucher sur des colères collectives », a-t-il prévenu, déplorant que « l’économie soit complètement à l’arrêt » et que les bourses de sécurité familiale bénéficiant à 350 000 familles soient suspendues depuis l’arrivée du nouveau régime.

Anne a plaidé pour un investissement massif dans l’éducation, « socle humain indispensable au développement ». Il a salué les réalisations du président Sall, notamment la construction d’universités et des Instituts supérieurs d’enseignement professionnel (ISEP), tout en appelant à renforcer l’enseignement technique et le maintien des jeunes filles à l’école.

Le politiste s’est montré cinglant sur le discours souverainiste du régime actuel. « Je ne sais pas ce que c’est que le souverainisme. C’est un débat d’arrière-garde, un complexe d’infériorité », a-t-il lancé. « On ne peut parler de souverainisme en injuriant la France, la Grande-Bretagne ou l’Allemagne, tout en niant la souverauté populaire chez soi. »

Il a également déploré le « tâtonnement » de la diplomatie sénégalaise : « On attaque la France le lundi, les États-Unis le mardi… Le Sénégal n’a pas habitué le monde à ce charivari. »

Malgré les divergences partisanes, Hamidou Anne a appelé à un consensus national sur trois domaines : la sécurité nationale (citant l’attentat de Diboli au Mali, à un kilomètre de la frontière sénégalaise), l’éducation républicaine et la diplomatie.

« Au-delà de nos différences, il y a la République à sacraliser », a-t-il conclu, soulignant que l’opposition fait preuve de « responsabilité républicaine » en ne s’attaquant jamais aux institutions de l’État.