Pour ses grands débuts sur le banc des Lions ce vendredi à Maputo, dans le cadre des qualifications à la CAN 2027, Patrick Vieira a observé un match à deux visages pour l’équipe du Sénégal. Le score final s’est arrêté à 1-1 face au Mozambique. Ce nul, loin d’être anodin, cache des enseignements importants à l’approche du déplacement en Éthiopie.
À la 32e minute, Nicolas Jackson a trouvé le chemin des filets sur une passe venant d’un coéquipier portant le même nom, offrant l’ouverture du score et faisant naître chez les supporters sénégalais l’espoir que le plus dur était derrière eux, tant les Lions montraient une supériorité évidente sur les Mozambicains. D’abord, parce que le Sénégal paraît largement supérieur sur le papier; ensuite, parce que la prestation livrée jusque-là répondait aux attentes.
Une entame séduisante, portée par les couloirs et Lamine Camara
Les quarante premières minutes ont dévoilé une image encourageante de la version moderne du Sénégal. Sur les ailes, Assane Diao et Abdallah Sima ont enchaîné les initiatives, apportant percussion et prise de risque dans le dernier geste, exactement le profil que Vieira souhaite insuffler à son collectif. Au milieu, Lamine Camara a été omniprésent, récupérant, relayant et se projetant, confirmant son statut de pièce maîtresse du futur milieu sénégalais.
Sur le plan collectif, l’équipe a aussi affiché une identité clairement axée sur le pressing : dès la perte de balle, les Lions tentaient immédiatement d’étouffer la relance adverse, une approche qui contrastait avec certaines lacunes observées ces derniers mois. Cette entame laissait entrevoir une formation capable d’imposer un rythme et une intensité renouvelés.
La seconde période, ou le retour des vieux démons
Mais cette dynamique s’est brutalement arrêtée après la pause. Et c’est là que le bât blesse : les difficultés qui avaient déjà plombé le Sénégal lors du Mondial ont refait surface, presque à l’identique.
Les lignes se sont étirées, créant des espaces que les Mozambicains ont exploités et rendant la récupération du ballon plus labourieuse. Offensivement, l’équipe a perdu sa capacité à faire la différence, se contentant d’une possession sans percussion véritable dans les trente derniers mètres. Conséquence directe : plusieurs occasions ont de nouveau été concédées, signe d’une solidité défensive encore perfectible une fois le pressing haut relâché.
Ce scénario en deux temps rappelle furieusement les mêmes travers que Pape Thiaw n’avait jamais réussi à corriger durablement lors de la campagne mondiale. D’où cette impression de déjà-vu, comme si le changement de sélectionneur n’avait pas encore permis d’effacer des difficultés plus structurelles que conjoncturelles.
Le chantier prioritaire de Vieira
Ce match nul contre le Mozambique, s’il n’ébranle pas la nomination du technicien franco-sénégalais, met clairement en évidence les exigences de son mandat. Les qualités individuelles sont présentes (Diao, Sima, Jackson et Camara l’ont démontré) mais l’enjeu devient désormais collectif et physique : comment maintenir l’intensité du pressing sur l’ensemble des quatre-vingt-dix minutes ? Comment préserver la compacité des lignes en fin de match ? Comment transformer la maîtrise du ballon en occasions nettes ?
Avec l’Éthiopie dès le 29 septembre puis les Comores le 4 octobre à Marseille, Patrick Vieira n’aura pas beaucoup de temps pour apporter des réponses. Mais ce sont précisément ces ajustements tactiques et physiques qui détermineront si cette première sortie n’était qu’un simple accroc de démarrage, ou le signe que les difficultés des Lions vont au-delà d’un problème d’entraîneur.