La relation entre le Sénégal et le Maroc remonte à des périodes antérieures à leur indépendance, marquée par des échanges commerciaux et diplomatiques qui se tissaient durant l’ère coloniale. Cette continuité a facilité une transition naturelle vers une coopération postindépendance, officialisée par la convention d’établissement de 1964. Le lien entre les deux nations s’est renforcé grâce à l’interaction personnelle et politique entre deux figures majeures d’Afrique: le Président Léopold Sédar Senghor et le Roi Hassan II. Dès les premiers pas de l’indépendance, ces dirigeants ont tissé des liens durables fondés sur le respect mutuel et la vision d’un continent africain uni et prospère.
Parmi les États africains dont la coopération suscite l’admiration, le Sénégal et le Maroc forment un duo emblématique. Bien que localisés respectivement en Afrique de l’Ouest et au nord-ouest, leur distance géographique n’a jamais freiné l’essor d’une amitié et d’une fraternité exemplaires, reconnues sur le plan régional et international.
Plusieurs symboles témoignent de la vitalité de la relation sénégalo-marocaine. À Dakar, la grande mosquée de la capitale se lisait comme une présence marocaine à travers une architecture singulière adoptée par les Sénégalais depuis longtemps. D’autres lieux de culte ou de palais dans le pays ont fait appel à des architectes marocains pour leur décoration.
La présence marocaine au Sénégal se manifeste aussi à travers la célèbre rue Mohamed VI de Dakar, où les marchands marocains s’étaient installés bien avant les indépendances. Reconnaissant la qualité de l’artisanat marocain, les Sénégalais se disputent tapis, moquettes, babouches ou djellabas disponibles sur place.
Dans le domaine de l’éducation, les étudiants sénégalais et marocains circulent entre Dakar et Rabat grâce à des échanges entre les universités. Depuis plusieurs décennies, des étudiants marocains fréquentent la Faculté de médecine de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, réputée pour l’excellence de ses enseignements et sa rigueur. Aujourd’hui, ils seraient environ 1 300 à poursuivre leurs études supérieures dans les universités de Dakar, Ziguinchor, Saint-Louis, Thiès et Bambey.
« La vie au Sénégal, et plus particulièrement à Dakar, est très similaire à celle d’où je viens, et les habitants sont accueillants et ouverts d’esprit », témoigne Mohsine Ait Oukhabbar, étudiant marocain en DES (Diplôme d’études spécialisées) de radiologie, 4e année, à l’université de Dakar.
À l’inverse, des milliers de Sénégalais vivent au Maroc, notamment dans les grandes villes telles que Rabat et Casablanca. Selon l’ambassadrice du Sénégal au Maroc, Seynabou Dial, de nombreux Sénégalais considèrent le Maroc comme leur « second pays ».
Cette proximité entre les deux pays trouve ses fondements dans la religion, notamment avec la Tijaniyya, un islam soufi pratiqué des deux côtés. Chaque année, des milliers de Sénégalais se recueillent sur la tombe de Cheikh Ahmed Tidiane Chérif à Fès.
En outre, le souverain chérifien envoie régulièrement des émissaires à des cérémonies religieuses à Tivaouane, Touba, Kaolack, etc. « Le modèle religieux commun entre les deux pays, fondé sur un islam modéré et l’école juridique malékite, constitue l’un des piliers de cette relation », rappelle Bakary Sambe, directeur du Timbuktu Institute.
« Une fraternité sincère, solidaire… »
Mieux encore, cette « vieille histoire d’amour » repose aussi sur un socle juridique posé par le président Senghor et le Roi Hassan II à travers la convention d’établissement signée le 27 mars 1964. Ce texte a fait de la relation un modèle concret de coopération Sud-Sud. Lors des célébrations des 60 ans de cette convention, en février dernier, l’ambassadeur du Maroc au Sénégal, Hassan Naciri, a salué cette initiative comme un « symbole vivant d’une fraternité sincère, solidaire et indéfectible, mais surtout d’un destin commun ». Cette convention a permis aux ressortissants des deux pays de profiter pleinement de cette coopération, notamment grâce à « une liberté de circulation des biens et des capitaux » dans les deux sens.
« Les ressortissants sénégalais au Maroc ou marocains au Sénégal ne peuvent subir aucune discrimination, limitation ou entrave en matière de marchés publics dans l’un ou l’autre des pays », explique l’avocat maroco-sénégalais Khaled Abou El Houda. Concrètement, cette convention a facilité « l’ouverture de commerces, d’entreprises industrielles, commerciales, agricoles, artisanales, etc., ». Aujourd’hui, ce texte fondateur a donné un coup d’accélérateur aux relations entre Dakar et Rabat, en boostant les échanges et en renforçant la convergence de vues entre les deux États. Sur le plan économique, les échanges commerciaux entre les deux pays ont connu une progression spectaculaire, passant de 6 millions de dollars en 1999 à 320 millions de dollars en 2023. Plus de 60 accords juridiques et commerciaux ont été signés, couvrant des domaines aussi variés que le transport, le ferroviaire et l’énergie.
Sur le plan politique, Dakar et Rabat sont en phase sur plusieurs questions internationales. C’est pourquoi le Sénégal a toujours considéré le Sahara comme une province du sud du Maroc. « Les provinces du Sud connaissent des transformations colossales mondialement reconnues. Le pôle de Dakhla, avec son port, est un modèle pour le continent », souligne Bakary Sambe.
Ce n’est pas un hasard si Dakhla a été choisie, en avril 2021, par le Sénégal pour y ouvrir un consulat, marquant son soutien à l’intégrité territoriale du Royaume. « Cette région constitue un trait d’union entre le Maroc et les pays africains », explique le directeur du Timbuktu Institute. Cette amitié, nouée bien avant les indépendances, ne cesse d’être consolidée par les dirigeants des deux pays, pour le plus grand bonheur des ressortissants sénégalais et marocains.
Aujourd’hui, la relation entre le Sénégal et le Maroc se caractérise par une solidarité sincère et un destin commun. Cette « vieille histoire d’amour », nourrie par des générations de coopération, est un modèle pour d’autres pays africains.
Les gouvernements successifs des deux nations ont su renforcer cette amitié en la rendant encore plus solide sur les plans politique, économique, culturel et religieux. La présence marocaine au Sénégal et, inversement, le soutien constant de Dakar aux positions marocaines dans le monde témoignent d’une amitié qui ne cesse de se consolider. Les citoyens des deux pays, qu’ils vivent au Maroc ou au Sénégal, sont les témoins et les bénéficiaires de cette relation exceptionnelle, et c’est ainsi que l’amitié entre le Sénégal et le Maroc se poursuit et s’épanouit. L’histoire de cette coopération exemplaire est un modèle d’amitié africaine qui, au-delà des divergences géographiques et culturelles, démontre que les liens humains et spirituels peuvent être plus forts que tout.
Située en plein cœur de Dakar, la Grande Mosquée incarne l’union harmonieuse de l’art andalou, de l’architecture arabe et du savoir-faire local. Érigée par le Maroc en 1964, et inaugurée par Feu Hassan II et le défunt Léopold Sédar Senghor, elle se distingue par sa majesté, son minaret élancé et son riche patrimoine spirituel et culturel marocain.
Cet imposant édifice est devenu emblématique de la ville de Dakar et fascine autant par son esthétisme que par son importance dans la vie sociale et religieuse du pays. Un tapis chamarré s’étend comme un îlot de douceur, invitant au recueillement. Au plafond, des lustres artistiques en cristal côtoient des lampes orientales dans les tons beige et blanc, suspendues avec élégance. Des arabesques finement dorées ornent les murs, leur apportant chaleur et éclat.
Ce lieu sublime incarne un véritable chef-d’œuvre d’art andalou marocain, minutieusement réalisé par des artisans spécialement venus du Maroc. Le décor, somptueux et raffiné, offre un équilibre parfait entre tradition et modernité, entre classicisme et créativité. On y découvre une atmosphère tantôt épurée, tantôt riche en couleurs, toujours sublimée par un design lumineux qui s’illumine joyeusement à la tombée de la nuit. Chaque détail contribue à faire de cet édifice un espace sacré, vivant et accueillant, véritable écrin aux mille-et-une mosaïques.
La Grande Mosquée de Dakar est bien plus qu’un lieu de culte : c’est une merveille architecturale, emblématique de l’identité spirituelle et culturelle du Sénégal. Située en plein centre-ville, sur les Allées Pape Guèye Fall, elle domine fièrement le paysage urbain de la capitale. Son minaret principal, haut de 67 mètres, s’élève majestueusement vers le ciel, tel un appel silencieux à la paix et à la foi. Si l’architecture porte la signature d’experts marocains avec des managers français, le paratonnerre de l’édifice a été soudé par un technicien sénégalais, Momar Ndiaye, symbole fort de la participation locale à cette œuvre collective historique. Classée parmi les plus grands édifices religieux de Dakar, la mosquée abrite également l’Institut islamique de Dakar, fondé en 1974. Placé sous la tutelle du ministère de l’Éducation nationale, cet établissement public constitue un pôle d’enseignement et de recherche consacré à l’Islam. Il accueille en son sein une précieuse bibliothèque, celle du prince saoudien Nayef Ben Abdelaziz Al Saoud, inaugurée le 9 octobre 2004, qui renferme des ouvrages de grande valeur, véritables trésors du savoir religieux et culturel. La mosquée ne se contente pas d’être un lieu de culte. Elle joue également un rôle clé dans la vie sociale et spirituelle du pays. En effet, c’est ici que sont accomplies les prières solennelles du président de la République du Sénégal, soulignant l’importance de cet édifice dans le paysage politique et religieux du pays.
En 2024, la Grande Mosquée a célébré son 60e anniversaire. Cette célébration a été marquée par des événements spéciaux, dont une conférence internationale sur les valeurs de la paix et du vivre-ensemble, en présence de personnalités du Sénégal, du Maroc et d’autres pays africains. Cette occasion a également permis de mettre en lumière les relations profondes et historiques entre le Sénégal et le Maroc, un partenariat symbolisé par cette mosquée.
En parallèle de cet anniversaire, une convention de réhabilitation a été signée en 2023 pour assurer la préservation et la modernisation de la mosquée. Ce projet de réhabilitation, mené en collaboration avec la Fondation Mohammed VI des Oulémas africains, vise à renforcer la gestion de l’édifice tout en continuant de partager l’expertise marocaine dans le domaine de la formation religieuse. Il témoigne de l’engagement continu du Maroc en faveur du patrimoine religieux du Sénégal. Ainsi, la Grande Mosquée de Dakar, au-delà de sa splendeur architecturale, reste un véritable symbole de la coopération spirituelle et culturelle entre le Maroc et le Sénégal, et un lieu incontournable pour la communauté musulmane.