Le Sénégal opère un changement significatif dans sa politique sociale en se concentrant sur la réduction de la vulnérabilité des travailleurs agricoles. Abass Fall, le ministre en charge du Travail, de l’Emploi et des Relations avec les Institutions, a présidé à Saly la cérémonie de lancement d’un Dialogue national dédié à la protection sociale des professionnels du secteur agricole. Cette initiative vise à étendre la couverture sociale à une population souvent négligée mais essentielle pour assurer la sécurité alimentaire du pays.
Lors de cette cérémonie inaugurale, Abass Fall a mis en avant l’importance capitale de cette démarche, soulignant le rôle fondamental joué par cette main-d’œuvre. « Les travailleuses et travailleurs agricoles sont le cœur battant de notre Nation. Ils sont les artisans de notre sécurité alimentaire, les bâtisseurs de nos économies locales, ainsi que les gardiens silencieux de nos traditions rurales. Pourtant, il faut reconnaître qu’ils figurent parmi les groupes les plus vulnérables, exposés aux aléas climatiques, économiques et sanitaires, et souvent oubliés dans nos dispositifs de protection sociale », a affirmé le ministre.
Il a insisté sur le fait que la mise en place d’un système de protection sociale pour ces travailleurs n’est pas une option, mais une nécessité impérieuse. « Dans un pays comme le nôtre, riche de sa jeunesse, de ses potentialités et dotée d’une culture de solidarité, il est inacceptable que certains de nos concitoyens restent en marge des mécanismes de protection face aux aléas de la vie. La justice sociale ne peut pas être partielle. Elle doit être globale, inclusive, et accessible à tous », a-t-il déclaré.
Dans un contexte international marqué par des crises sanitaires, économiques et écologiques, les populations rurales et les travailleurs agricoles se retrouvent en première ligne. « Face à cette réalité, l’investissement dans des systèmes de protection sociale solides et inclusifs ne relève pas seulement d’un choix, mais devient une obligation morale, une nécessité sociale et un levier stratégique pour le développement », a précisé le ministre du Travail.
Ce projet s’inscrit en conformité avec les recommandations de l’Organisation internationale du travail (OIT), notamment la Recommandation n°202 de cette organisation, ainsi qu’avec les Objectifs de développement durable (ODD). Plus précisément, il concerne les cibles 1.3 et 3.8, qui encouragent la protection sociale universelle et la couverture santé pour tous.
Par ailleurs, Abass Fall a rappelé que le Sénégal a déjà amorcé une réforme majeure en créant un système de protection sociale universelle. Il a cité en exemple le Régime simplifié de contribution (Rspc), lancé en 2013, qui a pour but d’intégrer les travailleurs de l’économie informelle dans les dispositifs de sécurité sociale. La mise en place, en 2021, de la Mutuelle sociale nationale des artisans du Sénégal (Msnas), offrant une couverture santé effective depuis février 2024, témoigne également de cette volonté de réformes.
L’objectif actuel est de franchir une nouvelle étape : « étendre le Rspc au secteur agricole ». « Bien que vital pour notre économie et l’emploi, ce secteur est souvent marqué par l’informalité, la pénibilité du travail et l’absence de sécurisation. Nous ne pouvons plus tolérer qu’un éleveur soit contraint de vendre son bétail pour accéder aux soins, qu’une femme transformatrice travaille sans droits ou qu’un agriculteur âgé termine sa vie dans la précarité après des années de dur labeur », a insisté le ministre Fall. Il a précisé que la protection sociale ne doit pas se limiter aux zones urbaines, mais doit aussi couvrir « les champs, les villages, les marchés ruraux, et les zones de pêche », là où le besoin est le plus urgent.
Ce Dialogue national, qui s’étale sur trois jours, a pour vocation de poser les bases d’une couverture sociale adaptée aux réalités du monde agricole. Il nécessite une forte volonté politique, un financement pérenne, le soutien des partenaires et l’exploitation des avantages offerts par la digitalisation. Selon l’intervenant, investir dans la protection sociale ne constitue pas une entrave à la croissance, mais une pierre angulaire du développement durable.
« Investir dans la protection sociale ne signifie pas opposer la solidarité à la croissance. Au contraire, c’est renforcer les fondations d’un développement durable, réduire les inégalités, lutter en profondeur contre la pauvreté, et donner à chaque citoyen la capacité de vivre sereinement, non pas dans la peur de l’avenir, mais avec confiance », a-t-il déclaré.
Il a également affirmé l’ambition pour le Sénégal d’atteindre un niveau où « les enfants se soignent sans que leur famille ait à s’endetter, les femmes rurales peuvent accoucher en toute sécurité, les jeunes disposent d’une couverture santé et d’un avenir professionnel, et les anciens bénéficient d’une retraite décente. Que les producteurs agricoles puissent se relever après une mauvaise saison. » Il a conclu en soulignant que ce ne sont pas des rêves irréalisables, mais des buts légitimes à atteindre ensemble, affirmant l’engagement total de son département dans la réalisation de ces objectifs ambitieux.