Dix-huit ans après la transition vers le professionnalisme des championnats de Ligue 1 et de Ligue 2, le football local du Sénégal demeure confronté à des difficultés structurelles qui persistent: précarité des clubs, instabilité des effectifs, difficulté à s’imposer sur le continent et manque d’infrastructures. Cette réalité peu reluisante contraste avec la vigueur des différentes sélections nationales sénégalaises, qui demeurent intraitables sur les scènes africaines. Interrogé sur ce sujet, le vétéran entraîneur Malick Daf désigne comme causes majeures le manque de moyens et l’absence d’une stratégie marketing efficace.
Au cours des cinq dernières années, le football sénégalais a connu une embellie remarquable, marquée par le double sacre des Lions A lors des Coupes d’Afrique des nations (Can) 2021 au Cameroun et 2025 au Maroc, ainsi que par les performances éclatantes des catégories U15, U17 et U20. Les Lions locaux avaient également laissé une forte impression en 2023, grâce à leur victoire au Chan en Algérie. Toutefois, ces succès des équipes nationales ne se traduisent pas par une montée en puissance du football local, qui peine à prendre son envol. Le championnat professionnel, instauré en 2009, demeure peu attractif comparé à des ligues d’Égypte, du Maroc, de Tunisie ou de Côte d’Ivoire, entre autres. À cela s’ajoutent la précarité des clubs et des joueurs, l’instabilité des effectifs, les difficultés à s’imposer sur le plan continental et le manque d’infrastructures. Malgré tout, d’importants efforts sont en cours pour faire bouger les lignes et dynamiser le football local. Pour le technicien Malick Daf, l’origine du problème réside essentiellement dans la viabilité du modèle économique des clubs et des ligues. « Le véritable problème, c’est le manque de moyens. La plupart des clubs sénégalais vivent dans la précarité. Sans l’appui de l’État et une stratégie marketing robuste accompagnée de sponsors prêts à investir dans le football local, le championnat n’atteindra pas de sitôt le standing actuel de nos sélections », affirme-t-il. Selon l’ancien international, si aujourd’hui les différentes sélections du pays brillent sur la scène internationale, c’est en grande partie grâce à la qualité des centres de formation comme Génération Foot, Diambars, Dakar Sacré Cœur ou Darou Salam, mais surtout grâce aux deux Centres techniques Jules François Bocandé de Toubab Dialaw et Youssoupha Ndiaye de Guéréo. « Ces deux centres de la Fédération sénégalaise de football permettent aux sélections de travailler efficacement, avec des regroupements matin et soir, des programmes bien définis et des matchs amicaux le week-end pour clore les phases de préparation. Il a donc fallu injecter des fonds importants pour mettre en place ces infrastructures qui continuent de nous apporter beaucoup de satisfaction. C’est ce qui manque à nos clubs », déplore Malick Daf.
À la suite du sacre des Lions locaux en 2023 à Alger, de nombreux observateurs envisageaient un tournant positif pour le football domestique, pensant que cette performance des hommes de Pape Thiaw allait se répercuter sur le championnat. Or, la réalité a été tout autre: les clubs sénégalais n’ont pas bénéficié des retombées escomptées et leurs échecs répétés en compétitions africaines de clubs en témoignent. Selon Malick Daf, qui avait conduit le Jaraaf en phase de groupes de la Coupe Caf lors de la saison 2024–2025, les clubs du pays ne parviennent pas à rivaliser avec les grands d’Afrique. « L’Afrique, c’est une autre dimension. Il faut des budgets importants pour s’offrir un bon staff technique et des joueurs de haut niveau. Mais nous sommes encore loin de cette exigence. Pour l’instant, nous n’avons pas les moyens d’espérer rivaliser avec des cadors comme Al Ahly (Égypte), Zamalek (Égypte), TP Mazembe (R.D. Congo), Wydad Casablanca (Maroc) ou Mamelodi Sundowns (Afrique du Sud). Il faut des moyens considérables pour bâtir quelque chose de solide sur le long terme », affirme le technicien du Teungueth FC. Dès lors, les clubs sénégalais se voient contraints de se réinventer et d’adopter un modèle économique plus viable afin de viser des performances dignes sur la scène internationale.
La nouvelle équipe dirigeante de la Ligue sénégalaise de football professionnel (Lsfp), sous la houlette du président Babacar Ndiaye, devra également redoubler d’efforts pour mobiliser des ressources additionnelles afin de soutenir les clubs et garantir l’attractivité et le développement des compétitions.