Le politologue et ancien ministre Yoro Dia, invité de l’émission « Soir d’Infos » sur TFM ce mardi 2 décembre 2025, a lancé une alerte sur les risques sécuritaires qui pèsent sur la région tout en présentant le Sénégal comme le principal pôle de stabilité politique et militaire en Afrique de l’Ouest. Il a plaidé pour un recentrage de la diplomatie sénégalaise autour d’une doctrine claire, en harmonie avec les institutions, afin de protéger un pays désormais entouré de foyers de tensions.
Selon Dia, le Sénégal se retrouve aujourd’hui au cœur d’un « cercle de feu », encerclé par des régimes militaires ou par des zones d’instabilité situées au nord, à l’est et au sud, tout en restant l’une des dernières démocraties robustes de la région. Il soutient que cette conjonction d’institutions solides, d’une armée républicaine et d’une longue culture démocratique fait du Sénégal un acteur incontournable pour anticiper et gérer les crises ouest-africaines.
Revenant sur la crise post-électorale en Guinée-Bissau, où les résultats du vote n’ont pas été rendus publics, l’invité de Souleymane Niang la décrit comme l’équivalent d’un quasi-coup d’État militaire visant à interrompre le déroulement normal de la démocratie. À ses yeux, la stabilité de Bissau, tout comme celle de la Gambie, ne se résout pas seulement dans le cadre d’un dossier de politique extérieure; elle s’ancre directement dans la sécurité nationale du Sénégal, compte tenu des liens qui existent historiquement avec le MFDC en Casamance.
Il rappelle que la diplomatie sénégalaise a déjà exercé une influence déterminante dans l’affaiblissement du MFDC, rendue possible par l’évolution démocratique progressive en Guinée-Bissau et en Gambie. Il soutient l’idée que Dakar prenne pleinement son leadership sur la question bissau-guinéenne, en partenariat notamment avec le Cap-Vert, tout en tenant compte des sensibilités régionales par une démarche nuancée et coordonnée.
Yoro Dia dénonce l’intervention publique du Premier ministre sur la crise bissau-guinéenne, estimant qu’elle va à l’encontre de la tradition sénégalaise qui confie la politique étrangère et la sécurité nationale au président. Il avertit contre une « cacophonie » qui fragiliserait l’appareil diplomatique et militaire du pays, et réclame une répartition claire des fonctions : le chef de l’État mène la diplomacy; le chef du gouvernement assure la gestion de l’action intérieure et quotidienne.
Sur la menace djihadiste est-e, Yoro Dia souligne que le Mali a mal exploité la présence militaire française, tandis que le Sénégal a tiré profit de son alliance avec Paris pour moderniser ses forces et sécuriser le flanc oriental de son territoire. Il évoque une approche proche de celle du Royaume-Uni : préserver l’intégrité du pays par ses propres moyens, s’allier lorsque cela s’impose, sans jamais déléguer la sécurité nationale à une puissance étrangère.
Concernant la Gambie, il voit peu de risque de déstabilisation, décrivant le pays comme une démocratie ancienne qui a retrouvé ses mécanismes institutionnels après l’ère Yahya Jammeh. Quant à la Mauritanie, malgré des frictions éventuelles, les intérêts communs — notamment en matière de gaz et de pétrole extracôtier — rendent improbable une confrontation majeure, renforçant ainsi la latitude stratégique du Sénégal.
Selon Yoro Dia, au milieu d’une zone de plus en plus marquée par des coups d’État, des mouvements armés et des transitions politiques fragiles, l’atout majeur du Sénégal réside dans la solidité de ses institutions et dans la pérennité de sa culture démocratique. Il exhorte les autorités à sauvegarder cette spécificité, en évitant des tensions entre les institutions et en consolidant une position de puissance équilibrante en Afrique de l’Ouest.