Lors de sa participation à l’émission JDD du 23 novembre 2025, Thierno Lo, ancien ministre et président de l’Alliance pour la Paix et le Développement, prend fermement position contre le déroulement du scrutin de 2024, le qualifiant de « dual » et chargé d’ambiguïtés de taille.
Il rappelle d’abord le caractère inédit de cette élection. Selon lui, « la seule offre politique de 2024 était que vous aviez une personne qui figurait sur le bulletin, mais vous votiez pour deux personnes : un président et son mentor ». Il souligne que le nouvel homme à la tête de l’État n’a pu accéder au pouvoir que par la désignation directe de son prédécesseur, présenté comme une figure tutélaire au cœur même de la campagne et du scrutin.
Cette situation est, à ses yeux, source de confusion et d’instabilité pour le pays : « Vous avez voté pour deux personnes. Une fois élu, le président est confronté à la réalité du pouvoir : il devient responsable devant la Constitution, mais le mentor ne détient aucun droit de décision ni de signature. Cette alliance politique au sommet de l’État est difficilement soutenable. » Il rappelle que cela aboutit à une division du pays en deux camps, à une dérive personnaliste du pouvoir et à la perte de l’esprit républicain indispensable à la stabilité et à l’efficacité de l’action gouvernementale.
Pour l’invité d’iTV, l’élection présidentielle doit avant tout porter sur « un individu et un projet », et non sur une dynamique soutenue par une figure tutélaire isolée des responsabilités institutionnelles. Il appelle ainsi à une « offre politique claire, centrée sur des personnes et des projets », capable de guider réellement le choix des électeurs et d’assurer une gouvernance transparente et responsable. « Dans d’autres pays, un ticket président-mentor ne passerait pas. Il faut que le projet, les idées et les compétences du candidat soient la seule mesure du scrutin », insiste-t-il.
Son analyse met en valeur la maturité du peuple sénégalais face aux pièges de la personnalisation du pouvoir et rappelle la nécessité d’évaluer de manière rigoureuse les politiques publiques afin de sortir des alternances stériles et des liquidations partisanes. Thierno Lo invite enfin à une vigilance accrue : « Chaque responsable doit servir l’État, qui n’est pas un patrimoine privé mais bien commun […] L’État doit être au-dessus des intérêts de parti ».