Selon Le Monde, le contexte actuel montre que la société tourne le dos au respect du droit

26 juin 2025

(SenePlus) – Dans un éditorial au ton très virulent publié le mardi 17 juin 2025, Le Monde propose une analyse sans concession de l’offensive militaire lancée par Israël à l’encontre de l’Iran, dénonçant la dégradation du cadre du droit international et mettant en lumière la manipulation exercée par Benjamin Netanyahu sur Donald Trump. Le journal tire la sonnette d’alarme sur un monde dans lequel « la seule règle qui prime est celle de la force, et ceux qui y ont recours sans limite ».

Selon la publication, nous sommes aujourd’hui témoins de la naissance d’un ordre mondial qui « se moque des principes et du droit ». L’éditorialiste souligne que « le monde qui émerge lentement des ruines du vieux cadre international, construit par les États-Unis au sortir de la Seconde Guerre mondiale, abandonne peu à peu les règles qui ont été établies depuis 1945 ». Cette dégradation progressive des normes universelles constitue, selon lui, une évolution préoccupante.

Le journal désigne nommément Benjamin Netanyahu, qu’il accuse d’avoir décidé, avec la certitude de la puissance de son armée, de renforcer l’option contre l’Iran à partir du 13 juin. Pour Le Monde, l’objectif du Premier ministre israélien dépasse largement la question du nucléaire : « Il ne fait plus aucun doute que son but n’est plus uniquement d’arrêter le programme nucléaire iranien, mais aussi de provoquer la chute du régime iranien lui-même, qu’il considère comme inséparable de ce programme. » La lecture de cette démonstration met en avant une forme d’escalade stratégique, où la guerre préventive se transforme petit à petit en une entreprise de changement de régime, deux pratiques que la publication considère comme clairement contraires au droit international.

L’éditorial du journal ne laisse pas de côté la responsabilité de Donald Trump dans cette évolution. Le Monde dépeint le président américain comme étant devenu « le jouet du bellicisme de Benjamin Netanyahu, tout comme il l’est du jeu de Vladimir Poutine dans le conflit en Ukraine ». Cette description, à la fois acerbe et sans détour, laisse entendre que Donald Trump aurait perdu toute initiative stratégique. La presse française rappelle avec ironie les promesses que le président américain avait tenues lors de son investiture, le 20 janvier, notamment celle de mesurer son succès politique « par la capacité à empêcher des guerres, et peut-être plus encore, par l’évitement de nouvelles guerres ».

La contradiction apparente entre discours et actes de Donald Trump alerte Le Monde, qui y voit un signe alarmant d’un possible « nouvel enlisement mortel des États-Unis au Moyen-Orient ». Le journal souligne que, malgré « son aversion longtemps vantée pour les aventures militaires, qui lui avait permis de se distinguer dans le paysage politique républicain », Donald Trump semble aujourd’hui avoir abandonné cette position, ce qui inquiète.

Les erreurs du passé ignorées et leurs répercussions

Le Monde établit une comparaison historique significative pour illustrer la dégradation du respect des principes internationaux. Il rappelle que « les États-Unis eux-mêmes ont été parmi les premiers à fouler aux pieds ces normes, en 2003, en envahissant l’Irak sur la base de faux arguments concernant l’existence d’armes de destruction massive, une opération mensongère d’État ». Cette référence à l’invasion de l’Irak sert de point de départ à une réflexion plus vaste sur la chute du cadre normatif international.

L’éditorialiste souligne que « c’est dans cette brèche que Vladimir Poutine a par la suite lancé ses propres offensives, d’abord en Géorgie, puis en Ukraine », établissant ainsi un lien direct entre les violations orchestrées par Washington et les agressions russes ultérieures. La réflexion insiste sur le fait que l’histoire récente enseigne avec clarté que « tout changement de régime réalisé de l’extérieur tend à engendrer le chaos, car les puissances étrangères en sont rarement conscientes des attentes et des aspirations des populations autochtones ».

Même si le journal ne justifie pas le régime iranien, qu’il critique pour sa tendance à la répression du peuple, il insiste sur la nécessité fondamentale de respecter le droit international. En rappelant que ce droit stipule que « la guerre préventive n’a pas plus de légitimité que le changement de régime unilatéral imposé par une puissance étrangère », Le Monde veut souligner que désobéir à ces règles met en péril toute stabilité mondiale. La violation répétée de ces principes risquerait de provoquer un retour à une époque où le monde serait divisé en sphères d’influence, au sein desquelles les peuples seraient liés à la volonté hégémonique d’une seule puissance, tout en laissant ouverte la porte à des affrontements entre grandes nations dans les périphéries.

Le journal étaye son raisonnement avec des exemples concrets, soulignant que « l’échec des interventions militaires extérieures comme en Irak ou en Libye contraste fortement avec le succès relatif des transitions internes dans certains pays ». À l’inverse, la Syrie est citée comme un exemple où le changement de régime a été réalisé par les Syriens eux-mêmes, et où la transition en cours aurait jusqu’à présent empêché les pires scénarios, contrairement à ce que prédisaient de nombreux analystes.

Cette analyse établit que « la destruction des appareils de sécurité régaliens lors des processus imposés de l’extérieur alimente souvent insurrections et guerres civiles », renforçant la thèse selon laquelle l’intervention étrangère pour changer un régime engendre inévitablement plus de chaos et de violence.