Le Sénégal a officiellement désigné le nouvel entraîneur de l’équipe nationale U23 : Serigne Saliou Dia. Jusque-là, rien d’anormal, dirait-on. Dans le football mondial, chaque sélection nomme puis démet ses techniciens, et ce cycle se répète sans cesse. Sauf que le poste était vacant chez nous depuis trois ans. En clair, après l’échec à la qualification à la CAN U23 2023 face au Mali le 28 mars 2023, Demba Mbaye, l’entraîneur de l’époque, avait quitté ses fonctions et personne n’avait été intronisé. Pire encore, depuis cette date, l’équipe a été reléguée à l’oubli: aucun match disputé pendant plus de trois années, même pas un simple match amical afin de maintenir la dynamique de l’équipe, comme si le traumatisme de l’élimination face au Mali (défaite 0-3 après une victoire 3-1 à l’aller) avait plongé les U23 dans un coma organisationnel.
Cette situation relève d’un absurdité manifeste. D’un côté, l’équipe A du Sénégal fait trembler tout le continent en arraisonnant un titre à la CAN 2025, avec à l’horizon une Coupe du Monde 2026 à défendre avec une génération dorée. De l’autre, l’équipe U23, elle, semble avoir disparu de la circulation.
La chute aurait pu être évitée. À l’issue de la défaite, la Fédération et la Direction technique nationale avaient été pointées du doigt pour leur gestion: des joueurs comme Cheikh Tidiane Sidibé et Dion Lopy, titulaires et cadres des U23, avaient été convoqués en sélection A par Aliou Cissé, alors qu’ils auraient pu rester au sein des Olympiques. Ce n’est pas une question de talent, mais une faute de gouvernance. Une erreur de calendrier. Un signe d’un système qui sacrifie l’avenir sur l’autel du présent.
Cependant, de nombreux jeunes prometteurs pourraient rejoindre l’équipe et l’emmener vers les sommets. Ousmane Diao (21 ans), Mamour Ndiaye (20 ans), Abdou Fané Dramé (PSG, 19 ans), Sankhoum Bocoum Diawara (19 ans), Ibrahima Ba (20 ans), Modou Keba Cissé (20 ans), Daouda Traoré (19 ans), Mouhamadou Kante (20 ans), Yaya Diémé (18 ans), Seydina Diop (20 ans), Assane Sow (19 ans), Serigne Abdou Deme (Juventus NG/21 ans), Paul Mendy (19 ans). Il est donc urgent de rétablir l’ordre et de se préparer pour les qualifications à la CAN U23 2027 et les Jeux Olympiques 2028. Le paradoxe est cruel: jamais le Sénégal n’a compté autant de jeunes talents de qualité, dispersés dans les meilleures ligues du monde. En Ligue 1, en Liga, en Premier League, en Bundesliga ou ailleurs en Europe, des joueurs âgés de 18 à 23 ans évoluent à haut niveau chaque semaine et, pour certains d’entre eux, n’ont jamais porté le maillot U23. Des pépites brutes, des gagneurs en puissance qui auraient pu constituer la meilleure sélection olympique africaine de tous les temps. Au lieu de cela, trois années de néant. L’exemple pourrait faire mal au vu des contentieux actuels, mais le modèle marocain pourrait nous inspirer. Le Maroc a bâti une sélection olympique cohérente, avec un staff stable, une identité de jeu, un débouché clair entre les U17, les U20 et les U23. C’est ça, une vision. C’est ça, une politique sportive. On confie les équipes de jeunes à des techniciens sérieux, on leur accorde du temps, on construit une continuité. Au Sénégal, on ne nomme un sélectionneur U23 qu’au moment où l’on y pense. On le change quand les choses ne vont pas (Demba Mbaye n’avait dirigé que quatre rencontres). On oublie de convoquer les joueurs. Et lorsque la CAN U23 approche, on court alors pour rattraper le temps perdu.
Nommer un nouveau sélectionneur sera une avancée, certes, mais ce n’est qu’un premier pas. Il faudra un calendrier de matchs amicaux, une détection structurée. Et les joueurs existent, bien à portée de main sur les listes.
Ce que peut devenir cette sélection U23, si l’on décide de la prendre au sérieux, dépasse l’imagination. Les Jeux Olympiques de Los Angeles 2028 ne sont pas si lointains, tout comme la prochaine CAN U23. Avec les talents disponibles et une organisation adaptée, le Sénégal pourrait non seulement qualifier ses Lionceaux, mais viser la médaille olympique — un graal qui échappe à tout le continent africain depuis trop longtemps. Et surtout garantir un avenir radieux pour la sélection A. Pour cela, il faut aujourd’hui décréter que les U23 ne sont pas une sélection de seconde zone. Préparer l’avenir est aussi crucial que gagner ce soir-là. Mané, Koulibaly et Pape Matar Sarr ne sont pas apparus par magie: ils ont été formés, accompagnés et soutenus. Et peut-être que les champions de demain se trouvent déjà quelque part, attendant simplement qu’on les appelle.
Le futur sélectionneur s’apprête à prendre en charge un chantier ambitieux. Les matières premières sont bien présentes. La question est simple: la FSF leur offrira-t-elle les moyens, le temps et une vision claire pour en faire quelque chose de durable ? Ou bien les Lionceaux laisseront-ils dormir encore trois années de suite ?
Les Lions rugissent. Il est temps que les Lionceaux apprennent eux aussi à rugir.