Rumi Solomon : L’interprète pop mélancolique de la scène musicale d’Addis-Abeba

4 août 2025

En Ethiopie, la diversité musicale entre tradition et modernité

Dans le pays où la musique imprègne chaque aspect de la vie quotidienne, la majorité des artistes locaux ont tendance à mixer les sonorités traditionnelles avec des styles plus contemporains. Cependant, Rumi Solomon fait le choix délibéré de s’éloigner de ces mélodies ancestrales pour proposer à ses auditeurs des morceaux qui s’inscrivent dans des genres tels que la soul, le R’n’B ou encore l’indie folk. Elle s’inspire ainsi de figures mondialement reconnues comme Tracy Chapman ou Billie Eilish, dont elle admire la capacité à transmettre des émotions fortes à travers leurs chansons.

Une scène vibrante au cœur d’Addis-Abeba

L’ambiance est fortement électrisante au Social, ce lieu emblématique de la culture éthiopienne situé en plein centre de la capitale, Addis-Abeba. Sur scène, Rumi Solomon apparaît avec une silhouette élancée vêtue d’un tailleur bleu nuit, ses longs cheveux lissés encadrant son visage. Elle salue timidement la foule réunie pour découvrir son nouveau morceau, Ohio State. Ce titre, une ballade empreinte de mélancolie, raconte une histoire d’amour à distance et illustre bien l’univers musical de la jeune chanteuse, oscillant entre une pop sensible et une émotion authentique. Lorsqu’on lui demande de définir son style, elle répond : « Je dirais que ma musique est à la fois triste et pop. Je compose surtout lorsque je suis vulnérable. Nous ressentons tous des émotions similaires, nous vivons des expériences communes, et je souhaite partager cela avec mon public. Nous avons tous connu des cœurs brisés, la peur de l’avenir, des doutes. Ce sont des sentiments profondément humains. C’est à partir de là que ma musique naît. »

Une identité musicale nourrie par ses origines et une quête introspective

Dans son premier EP, sorti cette année, Rumi Solomon dévoile des textes très personnels, enveloppés de mélodies délicates. Elle explique : « Ces chansons ont été écrites à différentes périodes de ma vie. Je pense que nous sommes tous en constante évolution, et la majorité de mes paroles reflètent une démarche d’introspection. J’essaie d’exprimer ce que je ressens. Parfois, je me sens en retrait, mais je me dis que tout ira bien. » La musique occupe une place essentielle dans sa vie depuis son enfance. Elle raconte : « J’ai été entourée de musique lorsque j’étais petite. Ma mère chante, elle a une voix magnifique. Plus tard, mon frère m’a fait découvrir beaucoup d’artistes, comme Bob Dylan, Tracy Chapman, Led Zeppelin ou The Pixies. Toutes mes connaissances techniques en musique proviennent de lui, et il m’apporte toujours un soutien précieux. »

Ce n’est qu’après la pandémie, en 2021, que Rumi Solomon décide de se lancer pleinement dans la musique. Elle compose alors en anglais et en amharique. Elle indique : « Je pense qu’il est plus stratégique de créer des morceaux en amharique pour le marché local, car beaucoup de gens ne parlent pas anglais. Cependant, il est aussi plus facile pour moi d’écrire en anglais. Je tente donc de faire un mélange des deux. Mon objectif est de trouver un équilibre qui me permette de toucher un public d’ici et d’ailleurs. Je ne souhaite pas me limiter à être simplement la “chanteuse éthiopienne”, je veux transmettre mes sentiments et ceux des gens qui ont du mal à s’exprimer. »

Après la sortie de cet EP qui a suscité beaucoup d’intérêt, Rumi Solomon envisage désormais de créer un album complet. Son souci principal reste de garder cette sincérité et cette envie de partager des émotions, que ce soit pour ses auditeurs locaux ou internationaux.

Rfi Musique