Lors d’un entretien accordé au Soleil, Sokhna Gaye Fall, administratrice du Mémorial dédié au bateau « Le Joola », est revenue sur la présence des deux hélices du navire, désormais exposées sur le site, tandis que les familles des victimes continuent de réclamer le renflouement du bâtiment.
Pour la responsable, cette question complexe exige plusieurs préalables. Sur le volet humain, elle précise que le renflouement touche à des « enjeux psychologiques et socioanthropologiques majeurs », sur lesquels les recherches effectuées ont apporté des lumières cruciales.
Sur le plan technique, poursuit-elle, une telle opération soulève de nombreuses interrogations : identification préalable de l’épave, déploiement de moyens matériels adaptés, ainsi que la conservation de la structure (préventive, curative et de veille), afin d’éviter la corrosion rapide du métal une fois extrait de l’eau. À cela s’ajoute la nécessité de déterminer le lieu d’accueil définitif de l’épave et l’organisme chargé de sa gestion. Mme Fall précise, à ce propos, que les autorités prendront la décision la plus adéquate, en étroite concertation avec les familles. « C’est un sujet qu’il convient d’aborder avec prudence, en s’appuyant sur des réflexions et des études approfondies », souligne-t-elle.
Si certains estiment que le renflouement pourrait apaiser la souffrance des proches, cette idée ne fait pas l’unanimité. «On n’oublie jamais la perte d’un être cher. Avec le temps, on réapprend seulement à vivre avec. À force d’épreuves, chacun finit par trouver la juste attitude envers l’autre. L’oubli n’existe pas, et le chemin de la guérison reste difficile», rappelle l’Administratrice.
« En tant que croyants, nous ne prions pas pour oublier, mais pour que Dieu nous donne la force d’endurer et de trouver l’apaisement », ajoute-t-elle. Selon Sokhna Gaye Fall, si une partie des familles estime que faire remonter l’épave peut « soulager » leur douleur, d’autres restent sceptiques, convaincues qu’exhumer un navire immergé depuis plus de deux décennies ne saurait réparer la blessure du deuil. « C’est une question complexe qui exige une profonde réflexion », conclut-elle.