En tant que quatrième pilier de l’Islam, le jeûne ne se limite pas à une simple privation de nourriture. C’est un cheminement profond vers la purification, la repentance et l’élévation spirituelle. Deux imams en clarifient les fondements.
Le Ramadan, mois sacré du calendrier musulman, voit la spiritualité s’exprimer à travers l’observation du jeûne. En tant que quatrième pilier, cette pratique s’inscrit dans la volonté divine, comme le rappelle l’imam Moussé Fall, imam de la Grande mosquée de Sacré-Cœur 3, lorsqu’il cite le verset 183 de la sourate La Vache: « Ô vous, les croyants ! Nous vous avons prescrit le jeûne comme nous l’avons prescrit à ceux d’avant vous, ainsi atteindrez-vous la piété ».
Pour Moustapha Wellé, imam à Tivaouane, le jeûne dépasse la simple privation: c’est un engagement de foi profond qui nourrit la crainte révérencielle d’Allah (Swt). Cette vertu doit se manifester dans tous les domaines – cœur, paroles et actes – affirmant la soumission de l’homme à Dieu plutôt qu’à ses propres impulsions. En retour, les fidèles sont tenus de recevoir une distinction céleste. L’imam Wellé rappelle, à travers une parole prophétique, qu’une porte du Paradis, nommée « Al Rayyân », est exclusivement réservée à ceux qui jeûnent.
Le Ramadan constitue aussi une période de calme, de tolérance et d’amour. Selon cet expert religieux, le jeûne agit comme une « école pour l’âme et un hôpital pour le corps », enseignant la patience et l’abstinence. Al Ghazali, dans son ouvrage « La Revivification des sciences religieuses », confirme cette vision: au-delà de la discipline physique, le jeûne est une quête d’élévation morale fondée sur la pratique du bien et la vigilance face au péché, soutient le religieux.
L’imam Moussé Fall met en lumière que le jeûne constitue une forme d’adoration privilégiée à travers les âges, théorisée par les prophètes et les saints. Selon lui, cette pratique ne se réduit pas à une abstinence alimentaire; elle suppose surtout un renoncement aux plaisirs charnels au profit d’un engagement total du fidèle envers Allah.
Au-delà de l’épreuve physique, il insiste sur le fait que le croyant doit préserver l’intégrité de son jeûne afin qu’il soit agréé. Il décrit le jeûne comme une relation verticale – un lien sacré entre le serviteur et Son Créateur – qui doit nécessairement s’accompagner d’une relation horizontale irréprochable, c’est-à-dire un comportement sans faute envers autrui. À ce titre, le fidèle s’abstient de calomnie, de trahison, de mensonge et de médisance. L’imam rappelle ce hadith: « Celui qui ne délaisse pas le mensonge durant son jeûne, Allah n’a que faire qu’il abandonne sa nourriture et sa boisson ». Sans cette dimension éthique, l’effort du jeûneur demeure vain.
Pour parfaire son action, il est conseillé au croyant de cultiver la bienveillance, la courtoisie et la générosité. Le jeûne devient ainsi un levier puissant de réconciliation spirituelle. Citant le Prophète — « Jeûnez et vous acquerrez la santé » — l’imam Fall explique que cette guérison dépasse le cadre purement physiologique: elle purifie l’âme des bassesses en éteignant les penchants vers le mal.
En définitive, pour ce religieux, jeûner consiste à tendre vers la perfection divine afin de devenir un citoyen modèle.