Fadi Emad nourrissait l’espoir de partir étudier à l’étranger lorsque l’annonce de la fermeture du passage de Rafah, reliant l’Égypte à Gaza, est tombée au tout début de l’offensive menée par Israël et les États-Unis contre l’Iran. En un instant, son rêve s’est éteint : la construction de son avenir devra encore attendre.
Le passage de Rafah représente pour les Gazaouis la seule porte d’accès au monde extérieur qui échappe à Israël. Sa réouverture, très limitée, au début février, avait suscité un souffle d’espoir auprès des résidents, près de deux ans après que les forces israéliennes avaient pris le contrôle pendant le conflit contre le Hamas.
Mais le 28 février, Israël a annoncé la fermeture de tous les points de passage vers la bande de Gaza, y compris Rafah, en invoquant des impératifs de sécurité après le déclenchement des frappes contre l’Iran.
En quelques heures, les projets de départ, les espoirs de soins ou les retrouvailles familiales se sont volatilisés.
« J’étais ravi lorsque Rafah a rouvert, car je voulais partir étudier à l’étranger. Je pensais que mon rêve et le début de la construction de mon avenir étaient enfin à portée de main », confie à l’AFP Fadi Emad, 19 ans, originaire de Gaza.
Sa fermeture « m’a dévasté psychologiquement ». « Nous vivons toujours dans la peur et l’angoisse d’un éventuel retour de la guerre », ajoute-t-il.
La bande de Gaza était déjà soumise à un blocus israélien bien avant l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre. Depuis des années, Israël contrôle étroitement l’entrée des marchandises dans le territoire.
Malgré le cessez-le-feu d’octobre 2025, les conditions humanitaires restent extrêmement difficiles.
Retour à la « case départ » –
Dans le sud, près de Khan Younès, Ali Al-Chanti partage ce sentiment de fatigue collective. Déplacé à Al-Mawasi avec sa famille, cet homme de 40 ans raconte l’attente interminable qui a précédé la brève réouverture du passage.
« Nous pensions que les choses pourraient s’améliorer progressivement. Mais ensuite, la guerre avec l’Iran a éclaté et tout a été détruit, ramenant la situation à la case départ », déplore-t-il.
Selon lui, la fermeture des points de passage a immédiatement eu des répercussions sur la vie quotidienne. Les prix ont recommencé à grimper et certaines marchandises se sont raréfiées.
Mardi, Israël a ouvert le passage de Kerem Shalom afin de permettre « l’entrée progressive de l’aide humanitaire ». D’après le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha), 500.000 litres de carburant ainsi que de l’aide humanitaire ont pu entrer à Gaza via Israël et l’Egypte.
Mais pour de nombreux habitants, cette aide reste insuffisante. Pour les malades et les blessés, la réouverture de Rafah représente surtout la possibilité d’aller se faire soigner à l’étranger.
« Je vivais dans l’angoisse, attendant l’ouverture de Rafah pour pouvoir me rendre en Egypte afin d’y être soigné », explique Mohammed Chamiya, un Palestinien de 33 ans souffrant d’une maladie rénale nécessitant une dialyse.
« Chaque jour qui passe m’enlève un peu de ma vie, et ma maladie s’aggrave, d’autant plus que les services médicaux disponibles pour les patients dialysés ici à Gaza sont limités », ajoute-t-il. « L’ouverture du passage est devenue une question de vie ou de mort pour nous. »
La brève réouverture du passage avait aussi ravivé l’espoir de retrouvailles pour des familles séparées par la guerre.
« Mes enfants et moi étions très heureux (…) car nous pouvions rejoindre mon mari à l’extérieur de Gaza », témoigne Tahani Abou Charbi, une Palestinienne déplacée de 34 ans dont l’époux reçoit des soins médicaux à l’étranger.
Mais cet espoir s’est vite évanoui : « Nous avons eu l’impression que notre rêve s’était éloigné », souffle-t-elle. « Mon seul espoir est que le passage rouvre bientôt afin que nous puissions nous réunir en famille. »
AFP