En parcourant l’exposition « Empreinte du regard » de Moussa Sène Absa, un élément surprenant retient l’attention. Sur les 38 pièces présentées, 20 ont été réalisées en 2026. Le commissaire Idrissa Diallo n’interprète pas cela comme une simple anomalie ni comme le signe d’une surproduction organisée de manière stricte.
« Chez Moussa Sène Absa, la peinture se pratique comme un geste du quotidien. Il se met souvent en mouvement par cycles extrêmement intenses, durant lesquels plusieurs toiles émergent en peu de temps, comme une prolongation naturelle de son rythme créatif », explique le commissaire, qui précise avoir sélectionné les 38 œuvres parmi des centaines issues de l’atelier de l’artiste.
Selon lui, le réalisateur de « Madame Brouette » et « Blues pour une diva » est un artiste fondamentalement habité par l’image. Son travail de cinéaste nourrit en permanence sa pratique picturale. Certaines idées visuelles, certains personnages ou certaines atmosphères passent du cinéma à la peinture et reviennent parfois dans l’autre sens.
Ce dialogue constant entre les médiums peut éclairer cette densité de production récente, remarque Idrissa Diallo, qui voit dans les arts visuels un univers de repos et d’inspiration pour le cinéaste Sène Absa.
Par ailleurs, une dimension très actuelle se déploie dans son travail, portée par l’élan même de sa démarche. Les pièces datées de 2026 témoignent d’un moment d’intense énergie artistique, d’un état de recherche et d’expérimentation encore très proche de l’atelier.
« Il faut aussi rappeler que, dans la manière de procéder de Moussa Sène Absa, la rapidité d’exécution ne signifie pas précipitation. Bon nombre de ses peintures se construisent à partir d’un imaginaire accumulé au fil des années : notes, souvenirs visuels, fragments de récits. Lorsque la toile se révèle, elle vient souvent cristalliser un processus intérieur déjà mûri », conclut le curateur.