Le mardi 30 juin 2026, l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif) a ouvert une page inédite. Pour la première fois en 56 ans d’existence, les ministres des Affaires étrangères des États et gouvernements membres ont officiellement auditionné les quatre candidat(e)s à la direction de l’institution. Cette étape marquante a même été diffusée en différé sur la chaîne YouTube de l’Oif.
Mme Coumba Bâ, M. Dacian Cioloș, Mme Juliana Amato Lumumba et Mme Louise Mushikiwabo se sont présentés, tour à tour, à Paris, lors d’une Conférence ministérielle extraordinaire (Cmf). Cette procédure, précise l’Oif, « est le fruit d’une réforme institutionnelle adoptée en 2022 ».
Elle annonce, poursuit l’organisation, « l’élection formelle du/la prochain(e) Secrétaire général(e) pour la période 2027-2030 lors du 20e Sommet de la Francophonie, à Phnom Penh, le 16 novembre 2026 ». Une occasion pour chaque candidat de décliner sa vision et de présenter les axes de sa mission une fois élu.
À lire également : Cheikh Niang participe à une session ministérielle historique à Paris
Ainsi, le Roumain Dacian Cioloș, ancien Premier ministre, s’est réjoui de la richesse apportée par la diversité au sein de l’OIF et a rappelé que le français a marqué son parcours professionnel. Sa vision, a-t-il indiqué, s’appuie sur le partage, car comme l’avait soutenu le président Senghor, « la Francophonie est un humanisme intégral ».
Il a ajouté que l’Afrique occupera une place centrale dans sa gestion, car elle est au cœur même de la genèse de la Francophonie: elle compte le plus grand nombre de locuteurs, sa population est la plus jeune et elle bénéficie d’un fort potentiel de croissance économique. Il envisage de réviser les priorités de l’Oif afin de les adapter aux mutations économiques et technologiques mondiales, notamment en ce qui concerne l’intelligence artificielle.
Par ailleurs, l’éducation, l’économie, la jeunesse, la place des femmes, le financement, la gouvernance, l’emploi et le multiculturalisme figureront au cœur de sa vision.
De son côté, la Congolaise Juliana Amato Lumumba, fille du premier Premier ministre assassiné de l’actuelle RDC, Patrice Lumumba, compte sur l’expérience, la responsabilité et la conviction. Selon elle, son histoire nourrit sa conviction que « le dialogue, la paix et la dignité constituent les seuls fondements durables de l’avenir ».
Sa vision est simple et forte : une Francophonie tournée vers les peuples, c’est-à-dire dont l’impact se voit dans la vie quotidienne. D’après elle, l’éducation, la formation professionnelle, l’innovation numérique, la mobilité académique, doivent devenir des « priorités transversales, structurantes et visibles ».
Elle a promis de créer une Biennale interculturelle francophone qui s’articulera autour d’un sommet des cultures francophones, d’un marché mondial des industries culturelles et créatives, d’une exposition universelle des arts francophones, d’un grand salon des innovations numériques et technologiques, d’un festival des arts culinaires et d’un carnaval des musiques et traditions populaires.
La Rwandaise, Mme Louise Mushikiwabo – candidate après deux mandats et dont le bilan, elle le rappelle, est désormais connu de tous – espère poursuivre son action et faire de la Francophonie un « espace plus influent, plus solidaire, mieux gouverné et mieux aligné sur les défis de son époque au bénéfice du bien-être des populations ».
Rappelant sa gestion « rigoureuse » des ressources budgétaires, elle a noté que les chocs mondiaux suscitent de multiples défis. Ainsi, l’Oif doit être bien équipée afin de répondre aux attentes de ses populations. En somme, une adaptation s’impose pour rester fidèle au socle fondamental de l’organisation : l’universalisme.