Transformer la mode en un espace de rencontre, d’échange et de possibilités économiques : c’est l’objectif affiché par Pont des Styles, un salon de mode intergénérationnel programmé les 4, 5 et 6 décembre 2026 au cinéma Pathé de Dakar. Grâce à cette initiative, les organisatrices souhaitent tisser un véritable lien entre les savoir-faire traditionnels, les créateurs d’aujourd’hui et les jeunes générations.
La mode est un univers mouvant qui se réinvente sans cesse. Une tenue des années 80 peut parfaitement trouver sa place avec une pièce contemporaine de 2020, preuve que la mode franchit les époques. C’est cette dimension intemporelle que les instigatrices de Pont des Styles ont saisie : créer une passerelle entre les générations, jusque dans le choix du nom.
Pour les organisatrices, le « pont » symbolise la circulation des savoirs, des expériences et des idées. « Un pont rapproche et permet de faire circuler les idées, les savoir-faire et les expériences », rappelle Mariama Soumaré. L’objectif est ainsi de rapprocher « les savoir-faire traditionnels, les créations contemporaines, l’expérience et la jeunesse, le patrimoine et l’innovation ». Plus qu’un simple rendez-vous autour de la mode, Pont des Styles entend devenir un lieu de rencontres et de partenariats, avec, à terme, des retombées économiques pour les participants.
Cette volonté de transmission est également portée par une autre organisatrice, Awa Soumaré, économiste et fondatrice d’un cabinet d’appui au développement. Selon elle, il s’agit aussi d’offrir aux créateurs sénégalais la possibilité de puiser dans leur patrimoine pour se distinguer dans un marché mondialisé.
« Nous vivons dans un monde globalisé, il faut apporter quelque chose de pertinent », estime-t-elle. D’où l’importance, selon elle, de « fouiller dans notre tradition » afin d’identifier des éléments susceptibles de devenir de véritables marqueurs de l’identité sénégalaise.
L’expérience des aînés, l’innovation des jeunes
Pour Mame Marie Seynabou Diop, créatrice de la marque artisanale Atelier B, l’intérêt de Pont des Styles réside précisément dans cette capacité à faire coopérer deux générations qui ont chacune quelque chose à apporter.
« Vouloir parler de mode intergénérationnelle, c’est avant tout relier les aînés et leur savoir-faire, leur expérience, à la jeune génération », explique-t-elle. Mais la transmission ne doit pas être unilatérale. « Cette génération montante regorge de talents et d’innovation, mais elle apporte aussi un regard neuf sur ce qui se passe aujourd’hui. Et cette génération a autant à apporter aux aînés », insiste-t-elle.
Cette philosophie devrait se traduire concrètement lors du salon. Une exposition reviendra notamment sur les modes vestimentaires, les coiffures et certaines figures emblématiques du Sénégal. Des panels seront aussi consacrés à la transmission et à la nécessité de dépasser les clichés qui opposent trop souvent les générations.
Le programme prévoit également du mentorat et des rencontres préalables entre les participants, afin que les jeunes puissent identifier les profils expérimentés auprès desquels ils pourraient recevoir des conseils. L’objectif est de transformer la transmission en démarche concrète et non en simple slogan.
Le « made in Sénégal » au cœur de la sélection
Pour intégrer le salon, les créateurs seront évalués selon plusieurs critères. Les organisatrices mettent en avant le savoir-faire local. « C’est du made in Sénégal. On n’expose pas de marchandises importées », précise Mariama Soumaré.
La qualité, l’originalité, le potentiel du créateur, mais aussi l’histoire racontée à travers les collections seront pris en compte. L’âge n’est pas le seul critère, même si l’événement vise à réunir des participant·e·s âgés de 25 ans à plus de 50 ans. À ce stade, les inscriptions affichent une parité entre jeunes et seniors. « Il y a autant de jeunes que de seniors inscrits pour le moment », indique-t-elle.
Les organisatrices souhaitent également réserver une place aux jeunes créateurs encore peu connus. « On veut mettre en lumière ceux qui portent des idées fortes, qui ne bénéficient pas encore de la visibilité qu’ils méritent », explique Mariama Soumaré. L’objectif est qu’ils repartent avec bien plus que des souvenirs : des contacts, des relations et des opportunités professionnelles.
Transformer l’exposition en opportunité économique
Pour cette première édition, les initiatrices refusent de réduire le salon à une simple vitrine. Elles envisagent Pont des Styles comme un levier commercial pour les créateurs et les exposants.
Le choix du cinéma Pathé s’inscrit dans cette logique. Le lieu, fréquenté notamment les week-ends, doit permettre aux exposants d’atteindre un nouveau public. La proximité avec plusieurs enseignes commerciales constitue aussi, selon les organisatrices, un potentiel supplémentaire de clientèle.
La période retenue n’est pas anodine non plus. Le salon se tiendra pendant la Biennale de Dakar, durant laquelle la capitale sénégalaise accueille de nombreux visiteurs étrangers. La communication sera donc probablement orientée vers ce public international.
Les organisatrices précisent par ailleurs avoir pris contact avec la CEPEX afin de faciliter la venue d’acheteurs et de partenaires potentiels. « Notre logique est que ce soit gagnant pour chacun des participants à cet événement », affirme Mariama Soumaré.
Une industrie au-delà du vêtement
Pour les initiatrices, la mode et les industries créatives ne sauraient être vues comme des secteurs marginaux. Derrière une pièce vestimentaire ou un objet artisanal se cachent en réalité toute une chaîne de métiers et de compétences.
L’enjeu est désormais de mieux structurer cette richesse et de valoriser davantage ce patrimoine. « Il s’agit d’une véritable industrie capable de générer des revenus, de créer des emplois et de mettre en valeur notre patrimoine également », soutient Mariama Soumaré.
Avec Pont des Styles, les organisatrices veulent donc aller au-delà de la célébration de la mode. Elles visent à remettre le patrimoine au goût du jour, à encourager la transmission et à créer des passerelles économiques entre ceux qui détiennent l’expérience et une jeunesse porteuse de nouvelles idées. En somme, faire en sorte que le passé ne soit pas un musée, mais une matière première pour inventer la mode de demain.