Après sa nomination au poste de Premier ministre le 25 mai 2026, Ahmadou Al Aminou Lô est appelé, ce mardi 8 septembre, à l’hémicycle pour présenter la Déclaration de politique générale (DPG) devant l’Assemblée nationale. Derrière cette échéance politique et institutionnelle se déploie un dispositif conséquent de préparation et de coordination administrative, impliquant plusieurs niveaux de l’appareil d’État. Le Soleil Digital s’est penché sur les mécanismes qui président à l’élaboration de ce document, destiné à tracer la trajectoire du gouvernement.
La Déclaration de politique générale n’est pas pensée comme une simple évaluation des résultats passés. Elle se présente surtout comme un document d’orientation et de programmation, destiné à présenter les grandes priorités du gouvernement et les mesures envisagées pour le court et le moyen terme. D’après les éléments obtenus par notre équipe, le discours devrait s’ancrer dans les quatre volets du cadre Sénégal 2050, en privilégiant les objectifs à atteindre d’ici 2029.
Établie par la Constitution après la nomination du Premier ministre, la Déclaration de politique générale organise un échange devant l’Assemblée nationale. À l’initiative du chef du gouvernement, cet échange peut être suivi d’un vote de confiance, conformément aux articles 55 et 86 de la Constitution.
Cet exercice porte ainsi une dimension à la fois politique et institutionnelle. Le Premier ministre est chargé de décliner, secteur par secteur, les grandes directives fixées par le président de la République et d’en préciser les modalités opérationnelles. En tant que coordonnateur de l’action gouvernementale, conformément à l’article 57 de la Constitution, il peut solliciter l’ensemble de l’administration pour élaborer ce processus.
Une préparation orchestrée au sein même de l’administration
La maturation de la DPG s’appuie sur une chaîne de coordination qui démarre au niveau des ministères et se dirige vers le Secrétariat général du gouvernement. Au cœur de ce mécanisme se situe le Secrétaire général du gouvernement, en liaison avec le Directeur de cabinet du Premier ministre et les conseillers techniques responsables des secteurs concernés.
Pour chaque ministère, le secrétaire général est le pivot du travail réalisé. Il s’agit d’un cadre de rang A1 possédant au moins dix années d’ancienneté dans l’administration publique, chargé notamment de coordonner les directions et de garantir la continuité de l’action administrative. Son expérience des dossiers lui permet aussi d’assister le ministre dans la prise en main des politiques et des programmes du département.
Concrètement, dès que les orientations pour l’élaboration de la DPG arrivent, le ministre saisit son secrétaire général. Celui-ci répartit les tâches entre les directions et les services concernés. Les contributions sont ensuite réunies et harmonisées au sein du département, puis transmises au Secrétariat général du gouvernement.
Cette approche permet, secteur par secteur, de constituer une base de données et de propositions qui nourrissent la rédaction de la DPG. Le travail de synthèse et d’harmonisation aboutit alors à un document cohérent, qui articule les priorités du pays, les engagements gouvernementaux et les mesures qui sont envisagées.
Ce processus s’inscrit dans la continuité d’initiatives précédentes, notamment en décembre lorsque Ousmane Sonko, alors Premier ministre, avait demandé, lors du Conseil des ministres du 3 décembre 2024, au ministre et secrétaire général du gouvernement de l’époque, Ahmadou Al Aminou Lô, de coordonner l’achèvement de la Déclaration de politique générale destinée à être présentée devant la nouvelle Assemblée nationale. Quelques mois plus tard, celui qui avait dirigé ces préparatifs sera lui-même celui qui ira défendre le texte devant les députés.
Le discours et l’ensemble du dispositif de réponses
La phase de préparation ne s’arrête pas au seul contenu du discours. L’administration élabore aussi les éventuelles questions que les parlementaires pourraient poser. Les données techniques sont rassemblées dans des tableaux de bord par secteur afin de disposer rapidement d’informations précises.

Des séances de coordination réunissent ainsi les équipes techniques afin de rapprocher les données, harmoniser les éléments de réponse et prévenir d’éventuelles contradictions entre les ministères. L’objectif est de permettre au Premier ministre d’aborder le débat avec une connaissance suffisamment précise des dossiers relevant de l’action gouvernementale.
De l’exposé technique au discours politique
Une étape supplémentaire consiste à convertir ce corpus administratif en un discours accessible et politique. Le Premier ministre ne peut pas présenter aux députés une suite interminable de rapports techniques. Les informations recueillies dans les différents ministères doivent être triées, hiérarchisées et agencées autour d’un fil conducteur.
L’exercice rédactionnel vise alors à dégager les messages clés, les annonces prioritaires, les réformes structurantes et les résultats à mettre en valeur. Le discours doit rester précis tout en étant assez clair pour être compris par les parlementaires et, au-delà, par l’opinion publique.
Le choix des mots prend une importance particulière: une DPG engage politiquement le Gouvernement. Chaque engagement doit être formulé avec suffisamment de clarté pour exprimer une volonté politique, sans générer d’incohérences avec les attributions de l’État, les procédures administratives ou les contraintes budgétaires.
Pour ce rendez-vous du 8 septembre, Ahmadou Al Aminou Lô dispose de son document-cadre depuis plusieurs jours. Il s’adressera à l’Assemblée nationale en présence des membres du gouvernement, afin d’énoncer les priorités de son équipe et de préciser les réformes et mesures majeures qu’il prévoit de mener durant le restant du quinquennat.