Le Sénégal vise une réorientation profonde de son cap économique. Le Masterplan 2025-2034 se donne, dans cet ordre, pour objectif de placer l’agriculture, les ressources naturelles et l’industrie au cœur d’une économie plus productive, moins dépendante des importations et davantage orientée vers la création de valeur.
Le pays se prépare pour la décennie à venir avec une ambition économique qui représente une étape clé dans sa trajectoire de développement. À travers le Masterplan 2025-2034, défini comme la première déclinaison opérationnelle de la Vision Sénégal 2050, le pays cherche à changer les moteurs qui soutiennent cette croissance.
L’objectif est d’évoluer progressivement d’une économie fréquemment tributaire des importations vers une économie capable de produire, de transformer et de financer davantage par ses propres moyens son développement.
Le premier enjeu : sortir de la dépendance extérieure
Le pays continue de faire face à un déficit agroalimentaire estimé par l’État à environ 500 milliards de FCFA. Le Masterplan fixe comme objectif ambitieux de ramener ce déficit à moins de 100 milliards de FCFA, en particulier en augmentant le taux de transformation locale des productions agricoles, halieutiques et animales de 20 % à 60 %.
Cette approche s’applique aussi aux ressources minières et énergétiques. Le développement du fer, de l’or, du marbre, du sel, des engrais, du gaz et des hydrocarbures doit, petit à petit, dépasser la simple extraction afin de favoriser l’émergence d’écosystèmes industriels autour de ces ressources.
De l’agriculture à l’agro-industrie : franchir une nouvelle étape
L’agriculture est considérée comme l’un des domaines où cette mutation pourrait générer les retombées les plus significatives. La mise en place d’associations d’agropoles permettra de rapprocher les étapes de production, de transformation, de stockage, de logistique et de commercialisation. Une telle démarche pourrait réduire les pertes après récolte, sécuriser les débouchés des producteurs et favoriser l’émergence d’entreprises agro-industrielles.
Renforcer la production locale d’engrais
La production locale d’engrais est à la fois stratégique et centrale. Dans une économie axée sur l’agriculture, la maîtrise des intrants représente autant une question de souveraineté que d’efficacité compétitive. Réduire les importations d’intrants cruciaux permettrait à terme d’atténuer l’exposition des producteurs aux fluctuations des prix mondiaux et aux secousses des chaînes d’approvisionnement. Toutefois, l’industrie sénégalaise doit résoudre une équation complexe : obtenir des coûts suffisamment compétitifs pour substituer les importations sans édifier une industrie protégée et structurellement inefficace. La réussite dépendra d’une articulation resserrée entre la politique industrielle et les volets énergétiques, fiscaux, douaniers, financiers et commerciaux.
Le pétrole et le gaz comme moteurs d’accélération économique
Le développement des hydrocarbures représente une autre dimension essentielle des perspectives économiques. Le réseau de gaz, la modernisation de la raffinerie et une valorisation accrue des ressources énergétiques devraient contribuer à diminuer les coûts de production et à renforcer la compétitivité du tissu industriel.
La véritable souveraineté énergétique ne se limiterait donc pas à la simple production de pétrole et de gaz, mais consisterait à mobiliser ces ressources pour alimenter une base industrielle compétitive : électricité, engrais, pétrochimie, matériaux, transports, transformation agroalimentaire et autres activités à forte intensité énergétique.