Le Premier ministre Ousmane Sonko a clos hier sa mission officielle au Maroc par une immersion au sein du Groupe OCP, fer de lance mondial dans l’extraction et la transformation des phosphates. Cette étape a été marquée par une annonce forte : le Sénégal compte mettre fin à l’exportation brute de ses phosphates pour se tourner résolument vers leur valorisation locale.
Selon le chef du gouvernement, le diagnostic est clair. « Depuis 1977, les Industries chimiques du Sénégal (ICS) s’inscrivent dans le même chemin que le Maroc autrefois : exporter des phosphates sous forme brute », a-t-il rappelé. À l’occasion, il s’adressait à une trentaine d’étudiants sénégalais de l’Université polytechnique Mohammed VI, répartis dans diverses filières scientifiques et techniques. Pour lui, le constat est sans appel. « Le Maroc a, à un tournant clé de son développement, choisi de transformer localement ses ressources. Sa Majesté a dit stop, afin que le royaume exploite ses phosphates sur place. C’est cette transformation qui a hissé le Groupe OCP au rang de leader mondial de l’extraction et de la production d’engrais », a souligné M. Sonko.
Le chef du gouvernement a également pointé une contradiction majeure : malgré d’importantes réserves de phosphates, le Sénégal peine encore à fournir suffisamment d’engrais à ses producteurs agricoles. « Nous avons du mal à obtenir de l’engrais pour nos producteurs, alors que nous disposons de ressources importantes. Nous avons décidé d’y mettre un terme », a-t-il affirmé. Dans cette optique, le Sénégal entend s’appuyer sur l’expertise marocaine et sur l’excellence du modèle OCP, d’autant plus que les relations entre Dakar et Rabat sont jugées solides et stratégiques. « Il y a de bonnes perspectives pour le Sénégal, compte tenu des bonnes relations entre nos deux pays », a estimé Ousmane Sonko.
Le gouvernement prévoit ainsi la mise en place d’une nouvelle structure dédiée à une meilleure exploitation des réserves nationales de phosphates, avec un double objectif : satisfaire les besoins nationaux en engrais et exporter des produits à plus forte valeur ajoutée.
Vers une transformation locale et la recherche
Au-delà de l’industrie, le Premier ministre a insisté sur la nécessité d’un accompagnement scientifique et académique. « Nous allons mettre en place des filières de recherche universitaire pour mieux accompagner cette ambition », a-t-il annoncé, soulignant le rôle clé du capital humain dans la réussite de cette transformation structurelle. Près de 68 % des réserves mondiales de phosphates sont détenues par le Maroc, un atout géostratégique majeur qui confère au Groupe OCP une place centrale dans la sécurité alimentaire mondiale. Une expérience dont le Sénégal entend désormais s’inspirer pour bâtir une industrie phosphatière plus souveraine, intégrée et créatrice de valeur.