Périple présidentiel à travers les terres de Tera

21 novembre 2025

Après le téra meeting du 8 novembre 2025, l’épilogue se résume à une bouderie qu’il faut absolument mettre un terme afin d’éviter qu’elle ne se transforme en une capitulation humiliante, prête à basculer dans un déshabillage public. Déjà, les directeurs et ministres, d’habitude si prompts à prendre la défense du gourou de Pastef, se montrent cette fois étrangement silencieux. Bien sûr, il existera toujours un parleur qui fera semblant de vivre dangereusement pour se faire remarquer.

Au bout du compte, c’est une délégation du Bureau politique de Pastef qui se voit contrainte d’aller sauver les apparences pour son président, dont la bouderie finit par apparaître aussi agaçante que pitoyable.

Sur l’essentiel, on assiste à l’enterrement de la Coalition Diomaye Président, symbolisé par les limogeages de Mimi Touré et d’Abdourahmane Diouf : le chef de l’État ne lâche rien. Bien au contraire, il intensifie le recrutement, et de préférence dans les rangs des élus locaux… Et lorsque la question qui fâche revient sur sa candidature de 2029, le président réplique avec une pirouette aussi niaise qu’irrésolue : il n’est même pas sûr d’être vivant à cette échéance…

Ben voyons, touchons du bois : s’il existe un Sénégalais dont l’espérance de vie va jusqu’en 2029, c’est bien le président de la République, pour la sécurité duquel l’État est prêt à toutes les folies. Dès qu’il se déplace, même pour une cérémonie insignifiante, toute une garde d’élite se déploie pour jalonner son trajet, tandis que les motards ouvrent le cortège au milieu d’une armée de vigiles et qu’une ambulance passe en tête avec un médecin à bord.

Revenons à nos moutons, près du Stade Léopold Sédar Senghor, après le 8 novembre 2025.

La réponse du président Bassirou Diomaye Faye au téra meeting de Pastef, sur le parking d’un stade et manifestation finale de force orchestrée par son Premier ministre turbulant, n’aura pas tardé : huit jours plus tard, le chef suprême, militaire, président de la République, profite des journées de l’Armée pour effectuer une téra randonnée à la tête de quatre mille cinq cents bidasses et officiers, marchant au pas sur les grandes artères de la capitale, en tenue sportive identique.

Évidemment, la Grande Muette ne se mêlera pas des différends entre politiciens qui s’éloignent les uns des autres. Elle a d’autres tâches à accomplir que d’arbitrer les appétits de pouvoir lorsque la compétition se cantonne à assurer un remplissage honnête des urnes, n’est-ce pas ? Cependant, dès lors que l’on menace les fondements de la République en s’attaquant à l’honneur du chef suprême, elle n’a d’autre choix que de rappeler qu’elle se tient solidement derrière le président de la République et se range derrière lui dès son investiture.

Le message est-il suffisamment clair ? Mystère et boue dans le brouillard…

Toujours est-il que la conquête du pouvoir par les deux camarades de Pastef, en instance de divorce politique, n’en finit pas de nous faire vivre des montagnes russes émotionnelles. On rembobine ?

Après l’épisode surréaliste des deux détenus relâchés pour remporter la présidentielle du 24 mars 2024 en dix jours sous la bannière de la Coalition Diomaye Président et les cris de « Diomaye môy Sonko », on pourrait croire qu’une nouvelle page s’ouvre pour cette démocratie sénégalaise si particulière et ancienne.

Cela rappelle vaguement la tragédie entre Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia, tous deux investis en 1960 d’une légitimité partagée par le même Parlement, à la suite de la dissolution de la Fédération du Mali. En 2000, les duettistes Abdoulaye Wade et Idrissa Seck incarnaient l’image attendrissante du père et du fils qui font tomber le régime PS avec leurs sourires bienveillants et leurs bretelles, perchés sur une décapotable au-dessus des badauds, doigts en V levés.

Leurs dissensions avaient certes ému les bidonvilles; la rupture fut pourtant définitive malgré les retours nocturnes d’Idrissa Seck au Palais. Macky Sall et Mimi Touré ? Le récit finit par se faire au goût d’eau tiède au point que l’ancienne égérie de l’APR devienne l’un des rouages de la victoire de Bassirou Diomaye Faye au sein de la Coalition Diomaye Président.

Le slogan « Diomaye môy Sonko », qui les mena à la victoire en mars 2024, laisse croire qu’ils sont différents de leurs prédécesseurs.

On se trompe lourdement.

Le pouvoir ne se partage pas et les fissures avant les élections entre le duo ne font que s’élargir. Récemment, dans l’entourage du président Bassirou Diomaye Faye, on aime se rappeler les épisodes passés : Ousmane Sonko, au sommet de sa popularité, préfère appuyer Habib Sy ou même Cheikh Tidiane Dièye.

Le candidat Bassirou Diomaye Faye devra se débrouiller seul, affirme-t-on : il est faible et dépendant des parrainages d’une coalition qui paraît presque magique pour obtenir sa candidature. Pire encore, lorsque Macky Sall décide de repousser la présidentielle à décembre 2024, il obtient l’onction du leader de Pastef, qui s’oppose à tout report…

Le Conseil constitutionnel viendra détruire tout espoir de voir Ousmane Sonko, Karim Wade et peut-être Macky Sall reprendre la course en 2024.

Sonko, sorti de prison en même temps que son compagnon d’incarcération, a-t-il vraiment d’autre choix que de soutenir la candidature de Bassirou Diomaye Faye, seul candidat de Pastef en lice ? Lorsque les résultats tombent et que l’issue est scellée, c’est peut-être là que tout se joue. Dans ses remerciements lors de son investiture, Bassirou Diomaye Faye remercie le peuple sénégalais et sa famille.

Pas un mot de reconnaissance pour Ousmane Sonko.

Certainement, il le nomme Premier ministre, lui accorde quelques marges de manœuvre concernant les nominations aux postes de direction, mais garde la main sur la Sécurité et la Justice.

Après l’entourloupe consistant à dissoudre le Parlement devant lequel le Premier ministre refuse de présenter sa Déclaration de politique générale, arrivent les législatives du 17 novembre 2024 : logiquement, ce devrait être une coalition du camp présidentiel qui affronterait l’opposition. Dans les couloirs du Palais, on évoque un mouvement « Dolêl Diomaye ».

Ousmane Sonko s’affirme : ce sera Pastef ou rien.

Sa razzia au Parlement, avec cent trente sièges, renforce la conviction que même le fauteuil présidentiel pourrait devenir le sien. Il n’a pas de doute et ne cache pas son triomphe : il veut gouverner avec tous les pouvoirs et n’a qu’une hâte, proclamer au monde entier que ce pays souffre d’un « problème d’autorité ». Suivez son regard.

Le remaniement attendu tarde et ne se produit qu’après de longs mois : Yassine Fall à la Justice et Bamba Cissé à l’Intérieur sont les seuls postes qu’il parvient à arracher après de durs combats…

Pendant ce temps, le président Diomaye Faye, ce taciturne, commence à scruter d’autres horizons : il apparaît clairement que Pastef ne sera jamais un appareil sur lequel il pourra compter pour les échéances à venir. Ousmane Sonko affirme déjà que rien ni personne ne l’empêchera de concourir à la présidentielle de 2029.

Il est donc temps pour le candidat potentiel Diomaye Faye d’élargir sa base. Mimi Touré s’y attelle, et les locales de 2027 serviront de test grandeur nature. Pour l’heure, le dilemme reste cornélien pour les députés, ministres et directeurs de sociétés nationales dont le bien-être dépend surtout de la signature présidentielle.

Et si vous l’ignoriez ? En cas d’obstruction des institutions, scénario plausible avec un Parlement Pastef hostile au président, celui-ci dispose du droit de s’octroyer des pouvoirs exceptionnels en attendant le délai qui lui permettrait de dissoudre l’Assemblée.

El Malick Ndiaye, qui occupe encore le Perchoir pour quatre années trop courtes, doit sans doute passer des nuits agitées : se prosterner devant le président de la République ou s’agenouiller devant le président de Pastef ?

Quoi qu’il en soit, cela fait mal aux genoux…