Le bulletin évasif du bureau politique national du Pastef, publié hier pour faire écho à l’audience qu’elle a eue avant-hier avec le chef de l’État sur la situation politique actuelle, a déclenché des tiraillements douloureux et prolongés parmi les camarades du parti.
Évasif. Vide. Fade. Ces qualificatifs résument à eux seuls l’attaque verbale qui a frappé les responsables du bureau politique national du Pastef, après qu’ils ont relayé sur leurs pages les réseaux sociaux un communiqué relatif à l’audience que le président de la République leur avait accordée la veille. En effet, ce document diffusé notamment par le secrétaire général du Pastef, le maire de Dakar Abass Fall, et le ministre Amadou Ba, indiquait que les échanges entre le chef de l’État et ses hôtes, axés notamment sur la situation politique actuelle et, entre autres objectifs, le renforcement de l’unité du parti et du tandem Diomaye-Sonko, se seraient déroulés dans un climat fraternel et constructif. Mieux encore, le bureau politique du Pastef déclarait sa détermination à poursuivre la mise en œuvre de son plan d’actions, défini lors de la réunion du samedi 15 novembre 2025, afin d’accompagner et de consolider cette dynamique positive.
À l’issue de la rencontre, dès les premières heures, des membres du bureau politique national du Pastef se sont emparés de leurs pages sur les réseaux sociaux pour afficher une image d’apaisement entre les deux figures du tandem. Toutefois, le député Bara Ndiaye, qui n’appartient pas à la délégation reçue par le chef de l’État, a laissé entendre que Bassirou Diomaye Faye avait conservé sa ligne sans concession vis-à-vis du Premier ministre. Cette prise de parole a retenu l’attention d’une partie du milieu politique du Pastef. Derrière cette volée de messages, se dessine toutefois une scission patente du pouvoir, désormais divisé entre les partisans d’Ousmane Sonko et ceux de Bassirou Diomaye Faye. Cette lutte de pouvoir latente au sein de la majorité appelle à une clarification, selon une frange du Pastef qui voit dans le mutisme des ministres un signe de désertion.
Le coup de sang de Khadija Mahecor Diouf à l’endroit du BPN
Parmi eux, Khadija Mahecor Diouf, maire de Golf Sud et qui se veut l’une des lieutenantes d’Ousmane Sonko, voit dans ces agissements une désertion des membres du bureau politique national (BPN) du Pastef. « Votre communiqué est un affront. Vide, fade, sans courage, sans responsabilité. Vous appelez cela une position ? C’est une désertion », a-t-elle fustigé, ajoutant qu’en ces moments où le pays réclame de la clarté et où les Patriotes tiennent la ligne, vous vous réfugiez derrière du vent. Poussant l’avertissement plus loin, Khadija Mahecor Diouf, membre du Cabinet Politique des Patriotes Pastef les Patriotes, affirme : « Assumez ou retirez-vous. Le parti n’a pas besoin de figurants. La loyauté envers Ousmane Sonko, la dignité et la responsabilité face à l’Histoire ne sont pas des options. Elles obligent. Elles engagent. Elles exposent. Vous, vous avez choisi de vous cacher. Le combat continue ».
La réplique très salée de Marie Rose Faye aux artisans de la division du Pastef
La réplique ne s’est pas faite attendre. Elle est venue de ceux qui sont accusés de désertion, notamment des ministres sommés par certains militants du Pastef de prendre ouvertement position dans la brouille au sommet de l’État. La porte-parole du Gouvernement, qui assure aussi le rôle de porte-parole adjointe du Pastef, met en garde contre « les artisans de la division » qui évoluent au sein même du parti. « J’ai assisté à la réunion du bureau politique national, et l’ambiance était plus que cordiale. Des frères et sœurs de parti se sont retrouvés et se sont accordés sur les fondements mêmes du dernier: la fraternité, le don de soi pour la patrie et l’engagement sans faille pour la réussite du Projet. Toute autre lecture de cette réunion est biaisée. Les manœuvres destinées à semer le doute dans l’opinion et à cultiver la division ne passeront pas. C’est malhonnête et indigne ! J’ai moi-même vu deux grands hommes conscients des enjeux et résolus à avancer ensemble pour la réussite du Projet », a-t-elle soutenu.
Amadou Ba : «ces rentiers de la tension ne veulent pas de l’apaisement»
Après l’attaque verbale sur sa page Facebook, où il a publié le communiqué relatif à la rencontre entre le Bureau politique national du Pastef et le président de la République, Amadou Ba a pris la parole lors d’un direct pour faire passer ses messages aux « patriotes ». Selon lui, dans certaines situations, les responsables politiques ne peuvent pas se cantonner à des communiqués. Il répond à ceux qui, face au silence sur le différend entre le président et le Premier ministre, les accusent de trahison. « Des gens nous traitent de traîtres parce que nous n’avons pas réagi à la brouille actuelle. Quelle serait la conduite d’un observateur extérieur face à une dispute entre des membres d’une même famille ? Si chaque ministre choisit son camp et que le Gouvernement chute, quelle serait la solution ? Le Premier ministre démissionne-t-il ou le président dissout-il l’Assemblée nationale ? Pendant ce temps, une crise politique se profile et le Sénégal risque un défaut de paiement qui affectera à coup sûr notre accès aux financements », a-t-il précisé, réaffirmant que Ousmane Sonko demeure son seul leader.
Dans la foulée, il ajoute : « Dans ces moments difficiles, certains responsables de notre parti demandent sur Facebook aux ministres de prendre position. Je ne doute pas qu’ils sont patriotes, mais je les invite à changer de paradigme. Ces rentiers de la tension ne veulent pas d’apaisement. Vous n’êtes pas plus patriotes que les membres du bureau politique pour prétendre détenir des certificats de patriotisme. Le rôle du bureau politique national, c’est de rechercher l’apaisement ». Revenant sur l’origine de la crise au sommet entre le président et son Premier ministre, il estime qu’il faut dédramatiser. Il ne s’agit pas, précise-t-il, d’une crise institutionnelle. « Nous ne sommes pas dans une situation de blocage qui empêcherait le Conseil des ministres de se réunir. Le président et son Premier ministre partagent la même vision sur l’économie, la souveraineté et le patriotisme. Par ailleurs, ils convergent sur la dette cachée. Le problème pourrait être un désaccord sur la marche de la justice ou sur d’autres points », a-t-il révélé dans son live.