Face à une demande croissante d’électricité, le Sénégal possède d’importantes ressources solaires et éoliennes. L’Allemagne soutient cette mutation avec son savoir-faire et ses moyens matériels et financiers afin de maximiser la valorisation des ressources énergétiques locales.
Les énergies renouvelables tiennent une place centrale dans la stratégie de transition énergétique allemande. Au premier semestre de 2026, elles représentaient 57 % de la consommation brute d’électricité allemande, avec l’objectif d’atteindre au moins 80 % d’ici 2030. Au Sénégal, l’ensoleillement est beaucoup plus favorable que celui de l’Allemagne et les ressources éoliennes sont aussi exploitables, ce qui permet au pays d’Afrique de l’Ouest d’accroître sa capacité de production pour répondre aux besoins des ménages et de l’industrie. Développer davantage d’électricité renouvelable peut aussi contribuer à réduire la dépendance vis‑à‑vis des combustibles importés, à des coûts abordables. Le soleil et le vent constituent des ressources locales et inépuisables, constituant un levier de souveraineté énergétique.
Mais convertir ce potentiel en électricité disponible à grande échelle ne se limite pas à ériger des centrales : celles-ci, surtout dans le domaine des renouvelables, sont souvent nombreuses et décentralisées. Il faut aussi intégrer la production au réseau, assurer le transport et la distribution, et gérer les variations liées à l’ensoleillement et au vent. Toute la chaîne est nécessaire, de la production au stockage, du réseau aux usages. C’est dans cet esprit que s’inscrit le Partenariat pour une transition énergétique juste (JETP), signé en juin 2023 entre le Sénégal, l’Allemagne, la France, le Royaume‑Uni, le Canada et l’Union européenne. Ses partenaires ont annoncé une mobilisation de 2,5 milliards d’euros, soit environ 1 640 milliards de FCFA, pour accompagner la transformation du secteur énergétique et œuvrer à porter la part des énergies renouvelables dans le mix électrique à 40 % à l’horizon 2030. Le qualificatif « juste » renvoie aussi à l’enjeu social : faciliter l’accès à l’électricité, réduire les coûts et favoriser la valeur locale et l’emploi. Au titre de partenaire technique et financier majeur, l’Allemagne agit sur plusieurs maillons. Le GIZ apporte une assistance technique aux institutions, tandis que la KfW, banque de développement allemande, intervient notamment dans le financement des infrastructures.
Produire et stocker
La centrale photovoltaïque de Diass illustre concrètement cette approche. Mise en service en 2022, elle affiche une puissance de 23 MW sur 40 hectares. Développée dans le cadre de la coopération germano-sénégalaise, elle est la première centrale solaire réalisée sous maîtrise d’ouvrage de la SENELEC. Son financement a été soutenu par la coopération allemande via la KfW. Selon SENELEC, elle doit électrifier environ 33 000 foyers et générer des économies annuelles estimées à 1,7 milliard de FCFA pour l’État, par comparaison avec l’achat de fuel. Toutefois, Diass montre surtout que produire de l’électricité renouvelable ne suffit pas en soi. Cette centrale doit être associée à un système de stockage par batteries (BESS) destiné à stocker l’électricité et à la restituer au réseau quand la demande l’exige. Présenté comme le premier projet réalisé dans le cadre du JETP, le BESS de Diass représente aussi la première installation de batteries d’une telle envergure sous maîtrise d’ouvrage de la SENELEC. D’un montant global de 36 millions d’euros (soit 23,6 milliards de FCFA), il bénéficie d’un financement allemand de 28 millions d’euros (18,4 milliards de FCFA) sous forme de don, via la KfW. La France participe à hauteur de 8 millions d’euros (5,2 milliards de FCFA) sous forme de prêt souverain via l’AFD.
Le projet s’inscrit dans le cadre du programme Smartgrid, destiné à moderniser le réseau de transport et de distribution de la SENELEC et à faciliter l’intégration des énergies renouvelables. L’installation disposera d’une capacité de 56 MW et pourra stocker et restituer annuellement jusqu’à 464 000 MWh. Le stockage répond à une contrainte des énergies solaire et éolienne, dont la production varie selon les périodes et les conditions météorologiques. Les batteries auront pour mission de stabiliser le réseau et de rétablir l’approvisionnement lorsque nécessaire.
De l’électricité pour les territoires
La transition énergétique ne se limite pas aux grandes infrastructures. Dans les zones rurales, les énergies renouvelables peuvent dynamiser les activités économiques et réduire certains coûts. Ainsi, GAUFF Engineering, en partenariat avec l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER), a mené l’électrification de plus de 300 villages. Par ailleurs, le programme de la KfW, « Énergie verte pour tous », financera l’électrification des îles du Saloum par l’installation de centrales solaires équipées de systèmes de stockage par batteries. Ces villages, souvent éloignés du réseau national, génèrent leur électricité localement grâce à des panneaux solaires, puis la distribuent aux ménages via des mini-réseaux. À l’instar des cinq mini-centrales décentralisées soutenues par la GIZ, totalisant 185 kWc et ayant permis le raccordement de plus de 1 300 foyers, dont 10 % exploitent des activités génératrices de revenus.
Ces initiatives répondent à une même nécessité: faire évoluer le système énergétique dans sa globalité. Production, réseau, stockage et solutions sur le terrain doivent progresser de concert. Pour le Sénégal, l’enjeu est de transformer son avantage naturel en avantage énergétique durable et à coût maîtrisé. Le potentiel solaire et éolien peut accélérer la montée en puissance de la production. L’expérience allemande démontre que cette évolution exige aussi d’importants investissements dans les réseaux, le stockage et les compétences humaines.
L’électricité solaire et éolienne peut être produite dans toutes les régions, et non seulement au niveau de quelques grandes centrales. Chaque territoire peut en bénéficier. La coopération allemande soutient en priorité la production décentralisée, le déploiement de systèmes de stockage et le renforcement/extension des réseaux électriques. L’objectif est de permettre au Sénégal d’exploiter plus efficacement ses ressources, de répondre à une demande croissante et d’accroître sa souveraineté énergétique. Cependant, il ne s’agit pas d’abandonner immédiatement les énergies fossiles – le Sénégal aura encore besoin à court et moyen terme de son gaz et de son pétrole – mais l’avenir s’inscrit plus que jamais dans les énergies renouvelables.