Étudiant à l’Université Assane Seck de Ziguinchor, au sein du département des Lettres modernes, Oumar Al Foutiyou Gaye, plus connu sous le nom de Gaye El Prési, est en voie de s’imposer dans le paysage artistique. À son actif, deux recueils de poésie: l’un nommé Un séjour à la bibliothèque, et l’autre Étoile éternelle. Engagé pour des causes nobles, ce écrivain-poète et slameur se présente comme un porte-voix de la langue pulaar et comme l’écho des siens.
Bercé par la lecture des classiques de la littérature africaine dès son plus jeune âge, Oumar Al Foutiyou Gaye, qui se fait appeler Gayel El Prési, est un littéraire dans l’âme. « J’ai toujours éprouvé le besoin de lire et d’écrire. Quand mes grands frères rentraient de l’université, tout ce que je réclamais, ce sont des livres. C’est une véritable obsession chez moi », confie-t-il. Originaire de Woudourou, village niché au cœur du Dandé Mayo, dans la commune de Nabadji Civol (département de Matam), où il a effectué ses années primaires et secondaires, il reconnaît : « J’étais un élève ordinaire qui se donnait sans compter pour passer en classe supérieure ».
Après l’obtention du Brevet d’études moyennes, il intègre le lycée de Nguidjilogne pour poursuivre ses études secondaires. Malgré des performances solides en matières littéraires, le jeune Gaye avait d’abord opté pour la série scientifique.
« Dès le collège, on me disait que j’étais plutôt littéraire. D’ailleurs, j’obtenais d’excellentes notes en français, en histoire, entre autres. Mais j’avais une passion pour les disciplines scientifiques », rappelle-t-il, insistant sur l’idée que « les bons scientifiques peuvent aussi devenir d’excellents littéraires ».
Cependant, le lycéen était convaincu que les lettres demeuraient son domaine de prédilection. « J’ai tout de même tenté la seconde et la première S avant de migrer vers une terminale L2 », affirme-t-il. Progressivement, il décroche son baccalauréat en 2019. Avec son diplôme en poche, le jeune bachelier s’installe à l’Université Assane Seck de Ziguinchor, plus précisément au département de Lettres modernes. Une aventure qui s’annonce ardue, puisqu’il doit quitter ses proches pour entrer dans un univers qui lui est totalement inconnu.
« À l’époque, j’étais le seul Woudourois à Ziguinchor. Je me sentais isolé », se souvient-il. Toutefois, il se lie rapidement d’amitié avec des compagnons partageant cette même passion pour la littérature, ce qui a facilité son intégration.
Lire pour écrire
Pour Gaye El Prési, la flamme de l’écriture prend racine dans la lecture. Au contact des livres, il a éprouvé le besoin d’expérimenter l’écriture. « En lisant, on ressent le désir d’écrire. Les livres que je lisais de-ci de-là m’ont donné l’envie de prendre la plume », raconte-t-il. Il a aussi suivi fidèlement les conseils prodigués par son professeur de français à l’époque, M. Younouss Sall : « Je sais que tu lis déjà, mais il faut multiplier les efforts. Il faut aussi fréquenter les figures majeures, participer à des conférences littéraires et surtout ne pas sortir des bibliothèques ». Sur ce chemin, Oumar Al Foutiyou Gaye se met à se tester lui-même.
« C’est en première que j’ai commencé à écrire mon premier livre, sans même savoir de quoi il parlerait », se souvient-il. Au fil des ans, il a pris le temps de le perfectionner. Pendant cinq années, il s’est consacré à manier et à affiner les mots qui allaient devenir l’essentiel de son premier ouvrage.
En mars 2022, Oumar Al Foutiyou Gaye publie son recueil de poésie intitulé « Un séjour à la bibliothèque », marquant son entrée dans le cercle restreint des écrivains. À travers ce livre, il met en lumière ses racines et sa culture. « Dès les premières pages, j’évoque mon identité, mon appartenance, le Fouta, la culture peule », précise le poète. Il dédie également des vers aux « perles rares religieuses du Sénégal », consacrant des poèmes à des figures emblématiques telles que Cheikh Oumar Foutiyou Tall, Mame Maodo Malick, Baye Niass ou Serigne Touba.
Par ailleurs, Gaye El Prési affirme avoir exprimé son lyrisme personnel : « J’évoque aussi ma vie intime, celle d’un poète qui aime rêver, voyager et découvrir de nouveaux horizons ». Très prolifique, le jeune écrivain ne tarde pas à produire un second recueil. En l’espace de deux années, « Étoile éternelle » voit le jour. Dans cet opus, il rend hommage à la femme africaine, qu’il décrit comme « une étoile éternelle qui ne meurt jamais ».
Pour lui, la femme est au commencement comme à la fin de tout, car c’est elle qui donne la vie, élève, protège et inspire. Elle mérite d’être chantée, célébrée et honorée au regard des efforts qu’elle déploie chaque jour. Son frère aîné, Ousmane Gaye, témoigne : « C’est avant tout un amoureux inconditionnel des mots. Depuis toujours, la littérature et la poésie sont pour lui bien plus qu’une passion : elles constituent un refuge, une force, un chemin de vie ». Selon le journaliste de l’Agence de presse sénégalaise (APS), Oumar vit pour lire, écrire et transmettre.
Gayel El Prési, le slameur Malgré les sacrifices consentis, la vie d’écrivain ne nourrit pas toujours son homme. L’auteur d’« Étoile éternelle » en sait quelque chose. « Malheureusement, l’écrivain ne vit pas de sa plume », déplore-t-il. Selon lui, la lecture est de plus en plus négligée au profit des nouvelles technologies de l’information et de la communication. « Les jeunes lisent autrement. Ils préfèrent se rabattre sur Internet ou sur des fichiers Pdf plutôt que sur le papier », remarque-t-il, ajoutant que cela nuit au livre. En plus de son rôle d’écrivain-poète, Oumar est aussi slameur.
« Au début, je me concentrais uniquement sur l’écriture. D’ailleurs, je participais rarement aux concours de poésie au lycée », avoue-t-il. Après avoir constaté que beaucoup pratiquaient le slam en français, il décide d’apporter sa touche personnelle en slamant en langue pulaar. Certes, les contraintes sont nombreuses, mais il entend relever le défi afin de faire rayonner sa langue maternelle. Son rêve le plus cher est de collaborer avec le lead vocal du groupe Dandé Leniol. À ce jour, Gaye El Prési compte deux titres: « Guidelam Jontadam » et « Yonta hande ».
Adulé par le public, il est invité un peu partout dans la région de Matam pour des prestations. En somme, il s’affirme peu à peu dans le paysage culturel local. Une plume au service de son peuple. Abordant la situation des acteurs culturels de la région, Oumar estime que « l’accompagnement, tant financier que logistique, manque cruellement ».
Selon lui, le centre culturel régional demeure la seule infrastructure culturelle existante dans toute la région de Matam. « Il existe un déficit criant d’infrastructures culturelles, ce qui freine le développement de la culture locale », déplore-t-il. C’est pourquoi il plaide en faveur de la construction de maisons des jeunes dans les zones les plus reculées.
Très sensible aux préoccupations du Dandé Mayo, El Prési se présente aussi comme le porte-voix de son peuple, souvent laissé à lui-même. C’est dans ce cadre qu’il a adressé une lettre ouverte au Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, pour exiger le bitumage de la route du Dandé Mayo.
« Pendant la crue du fleuve, les populations de la vallée restent isolées du reste du pays, faute de routes praticables pour rejoindre l’axe national », s’emporte ce native du Dandé Mayo.