L’annonce, ce samedi 17 octobre 2026, par Macky Sall de son retrait de la candidature au poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU) clôt une période diplomatique qui avait mobilisé des soutiens, mis en lumière des divisions et révélé plusieurs obstacles.
L’ancien président du Sénégal visait légitimement à succéder à António Guterres, dont le mandat doit prendre fin le 31 décembre 2026. Douze années à la tête du pays, une expérience notable dans les négociations internationales et un rôle actif à la tête de l’Union africaine constituaient des atouts non négligeables pour sa candidature.
Macky Sall s’inscrivait ainsi dans un parcours marqué par une longévité et une variété d’engagements publics. Ancien ministre à plusieurs reprises, ancien Premier ministre, ancien président de l’Assemblée nationale, puis président de la République de 2012 à 2024, il a occupé, pendant plus d’une décennie, les plus hautes fonctions étatiques sénégalaises.
À la tête de l’Union africaine, il a été impliqué dans les discussions relatives à la représentation du continent au sein des institutions internationales. Son action s’est particulièrement portée sur les enjeux liés à la dette des pays en développement, au financement des politiques climatiques et aux répercussions économiques de la guerre en Ukraine.
Dans le document de candidature intitulé « Refonder le multilatéralisme pour un monde meilleur », Macky Sall plaide en faveur d’une organisation plus efficace, plus moderne et mieux adaptée aux crises contemporaines. Il souligne les conflits persistants, l’endettement des pays en développement et l’érosion de la confiance envers les institutions internationales.
Cependant, postuler au secrétariat général de l’ONU nécessite de réunir un soutien diplomatique large et soutenu. L’enjeu majeur est sans doute de rassurer les grandes puissances — États‑Unis, France, Chine, Russie et Royaume‑Uni — afin d’obtenir un consensus international.
Un candidat africain, sans consensus africain
Parmi les premiers obstacles, se posait la difficulté de présenter la candidature de Macky Sall comme l’expression d’une volonté africaine réellement unifiée. Le Burundi, qui assurait alors la présidence tournante de l’Union africaine, avait parrainé le dossier de l’ancien chef d’État sénégalais. Ce soutien constituait sans doute un socle solide, mais il n’a pas suffi à insuffler un consensus au sein de tous les gouvernements du continent.
La succession de Guterres s’inscrit aussi dans un contexte où l’Amérique latine et les Caraïbes sont appelées à occuper une place privilégiée dans le cadre de la rotation géographique. Cette pratique, non codifiée juridiquement, pèse néanmoins sur les équilibres diplomatiques. L’élection d’une femme au poste de secrétaire général pour la première fois constitue un élément symbolique fort. Ainsi, la candidature de Macky Sall devait dépasser des considérations régionales et symboliques qui allaient bien au-delà de son propre parcours.
Le Conseil de sécurité, ultime juge
Le vendredi 16 octobre 2026, lors du vote indicatif prévu dans le processus de sélection du successeur d’António Guterres, Macky Sall a récolté cinq avis favorables contre dix défavorables. Trois des votes négatifs émanaient de membres permanents du Conseil, selon les informations relayées par les médias. Ces consultations informelles ne constituent pas un scrutin décisif, mais elles permettent d’évaluer les rapports de forces avant la phase formelle. Le mécanisme de désignation du secrétaire général accorde un poids déterminant aux cinq membres permanents.
Le retrait, une décision lucide
Le samedi 17 octobre, Macky Sall a annoncé son retrait après des consultations avec le président burundais Évariste Ndayishimiye, président en exercice de l’Union africaine, et Bassirou Diomaye Faye, président en exercice de la CEDEAO. Dans sa déclaration, l’ancien chef de l’État explique que les votes tests révélaient une préférence pour une candidature issue de l’Amérique latine et des Caraïbes, potentiellement féminine. Il affirme vouloir favoriser l’émergence d’un candidat consensuel. Pour Macky Sall, l’ambition d’accéder au Secrétariat général de l’ONU touche désormais à sa fin. Cette séquence illustre les limites d’une ambition internationale lorsque elle ne parvient pas à mobiliser des soutiens suffisamment solides.