À l’instar de l’appareil de l’administration centrale qui amorce une procédure de modernisation et de dématérialisation, nos communes se préparent à basculer dans l’ère du numérique.
Cette transformation a commencé timidement avec l’Agence nationale de l’état civil (Anec), qui conduit lentement cette révolution au sein des lieux mêmes dédiés aux actes d’état civil. Progressivement, un premier groupe pilote de collectivités territoriales a ouvert la voie. Bientôt, chaque Sénégalais, où qu’il se trouve, pourra obtenir ses actes en un seul clic. Le changement est imminent. Toutefois, les communes et les départements peuvent tirer des bénéfices considérables des technologies émergentes uniquement s’ils oseront s’engager pleinement.
En s’appuyant sur divers outils, dont l’intelligence artificielle, il devient possible d’imaginer des solutions durables adaptées aux réalités locales pour favoriser un développement cohérent de nos territoires. Il y a quelques années, USAID Gold avait lancé Yelen Taxe (Yt), une plateforme destinée à faciliter la collecte de la taxe communale par les collectivités de façon simple et efficace.
L’application propose deux interfaces distinctes : une interface mobile munie de terminaux de collecte mis à disposition des collecteurs et des contrôleurs, et une interface web destinée aux maires et aux Trésoriers payeurs régionaux (Tpr) avec des habilitations leur permettant de suivre, en temps réel, l’état de la collecte sur le terrain et d’effectuer le suivi-évaluation du recouvrement. L’outil avait été testé dans quatre communes pilotes, à savoir Koumpentoum (Tambacounda), Kédougou, Bagadadji (Kolda) et Tanaff (Sédhiou).
Au terme d’une année de mise en œuvre, les taux de recouvrement se sont multipliés par trois, puis parfois par quatre, attestant d’un bond notable: 497% à Tanaff, 86% à Kédougou, 255% à Koumpentoum et 100% à Bagadadji. Si Yelen Taxe a démontré son efficacité, cela prouve que les technologies modernes constituent une opportunité précieuse que les élus locaux doivent saisir sans tarder.
Pour l’avoir compris, le maire de Yoff, Seydina Issa Laye Samb, porte un projet ambitieux: ériger un centre d’incubation afin d’offrir aux jeunes de son territoire, créateurs de startups, un accompagnement technique et financier. Chaque année, un concours est organisé pour sélectionner les projets les plus prometteurs après des présentations publiques devant un jury composé de chefs d’entreprise.
C’est une occasion pour les jeunes de faire preuve d’ingéniosité et de créativité en proposant des solutions relatives à la délivrance des certificats de domicile, à la collecte et à l’augmentation de la taxe communale, ainsi que d’autres initiatives susceptibles d’améliorer le quotidien des habitants. Cela démontre que la jeunesse constitue aussi un vivier important de transformation de nos territoires, car nombre d’entre eux maîtrisent déjà l’outil informatique.
L’Internet n’est plus un secret pour eux et l’intelligence artificielle est devenue leur terrain de jeu privilégié. Il suffit de les impliquer pour qu’ils jouent un rôle déterminant dans ce processus de modernisation. Alors que la participation citoyenne demeure un principe fondamental de notre décentralisation, la place des jeunes est devenue incontournable.
Aujourd’hui, chaque commune doit intégrer ce volet jeunesse et numérique dans ses perspectives. Les élus qui négligeront cette dimension seront inévitablement en retard.
maguette.ndong@lesoleil.sn