Pendant longtemps, l’anacarde a été perçue comme une culture marginale. Aujourd’hui, elle figure parmi les secteurs agricoles les plus dynamiques du Sénégal, soutenue principalement par les zones de la Casamance et en pleine croissance, ce qui attire l’attention des autorités qui y voient un levier significatif de valeur ajoutée et d’emploi.
Les données disponibles attestent d’une envolée sensible de la production nationale d’anacarde sur quinze ans, passant de l’ordre de 25 000 tonnes en 2009 à près de 160 000 tonnes en 2023. À ce jour, plus de 130 000 producteurs alimentent la filière et plus de 300 000 hectares sont plantés en cajou, avec une concentration principale dans les régions de Ziguinchor, Sédhiou et Kolda qui assurent l’essentiel de la production.
Parallèlement, les exportations ont connu une croissance marquante. En 2023, environ 148 000 tonnes de noix de cajou ont quitté le pays, avec une destination majoritairement l’Inde et le Vietnam, deux pôles majeurs de transformation à l’échelle mondiale. En 2024, les recettes tirées des ventes à l’étranger ont dépassé les 50 milliards de FCFA, illustrant le poids grandissant de la filière dans le revenu agricole national.
Malgré ces résultats, une part substantielle de la production est encore exportée sous forme brute, et la transformation locale demeure limitée, privée d’une part importante de la valeur ajoutée que procure cette ressource pour l’économie nationale. Ayant pleinement conscience de cette problématique stratégique, les autorités souhaitent insuffler une dynamique nouvelle à la filière. Le ministre de l’Industrie et du Commerce, Serigne Guèye Diop, défend une perspective ambitieuse qui vise à faire de l’anacarde un véritable levier d’industrialisation et de développement territorial.
Une priorité majeure consiste à accroître nettement le taux de transformation locale. Les autorités visent à convertir au moins la moitié de la production nationale en produits finis dans les cinq prochaines années, une orientation qui s’inscrit dans une stratégie plus large de valorisation des matières premières issues de l’agriculture.
Selon le ministre, l’objectif consiste à faire profiter davantage le Sénégal de ses ressources, en privilégiant la transformation locale pour accroître la valeur ajoutée, créer des emplois et consolider l’économie du pays, a-t-il déclaré lors de rencontres avec les opérateurs de la filière.
Cette approche se construit autour de plusieurs axes: structuration de la filière, régulation du marché et déploiement d’unités industrielles capables d’assurer la transformation. Le gouvernement prévoit aussi d’établir des mécanismes d’incitation visant à stimuler les investissements dans la transformation et à mieux orchestrer l’ensemble de la chaîne de valeur.
Les perspectives de développement de ce secteur s’avèrent prometteuses. Les autorités tablent sur une production nationale comprise entre 180 000 et 200 000 tonnes à moyen terme, soutenue par l’extension des plantations et l’amélioration des rendements.
Au-delà de son potentiel économique, la filière occupe aussi une place sociale majeure: elle procure des revenus à des milliers de ménages vivant en milieu rural et crée des opportunités d’emploi, particulièrement pour les jeunes et les femmes, dans les domaines de la production, de la collecte et de la transformation.
Cependant, des défis subsistent pour exploiter pleinement ce potentiel: l’amélioration des infrastructures dédiées à la transformation, l’accès au financement pour les opérateurs de la filière et une meilleure structuration du marché figurent parmi les priorités.
Grâce aux réformes entreprises et à la vision des autorités, la filière de l’anacarde pourrait devenir, dans les prochaines années, l’un des axes majeurs de la diversification et de la transformation de l’économie agricole du Sénégal.