À Lagos, métropole à l’énergie débordante où les rythmes de la vie urbaine semblent ne jamais s’éteindre, un rendez-vous spirituel a, au fil des décennies, instauré sa propre temporalité. Le Gamou consacré à Baye Cheikh Ibrahim Niass (RTA), fête du Mawlid du Prophète Muhammad (SAW), s’est affirmé comme l’un des pôles essentiels de la Fayda Tijaniyya en Afrique et au-delà.
L’histoire débute en 1978, dans le quartier populaire de Mushin, à Lagos. Le cheikh Ahmad, surnommé Baba Ahmad, organise des rassemblements modestes guidés par une intention nette : célébrer le Prophète et transmettre l’héritage spirituel de Baye Cheikh Ibrahim Niass, figure centrale du soufisme africain contemporain. Ces premières rencontres, simples et ferventes, posent les bases d’un mouvement destiné à s’élargir.
En 1985, une seconde dynamique émerge à la Bibliothèque centrale de la rue Agulana, portée par Sidi Hamal Kaolack et l’ustaz Ibrahim Mustafa Imam. Plus structurée, cette initiative introduit un cadre d’apprentissage et de transmission plus formel, tout en restant fidèle à l’esprit de ferveur originel. La convergence de ces deux élans mène aux premiers Gamou consolidés de 1988 et 1989, organisés sur Lagos Island, marquant une étape clé dans l’institutionnalisation de l’événement.
Le véritable tournant survient en 1990, lorsque le Gamou s’internationalise. Des délégations venues d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie, conduites par les khalifes de Baye, prennent part à la célébration. Le Nigeria s’impose alors comme un carrefour stratégique de la Fayda Tijaniyya, capable d’accueillir et de fédérer une communauté spirituelle transnationale.
Cette dynamique s’est poursuivie au fil des années, épousant la géographie nigériane et reflétant l’ampleur croissante de la Fayda. En 2026, le Gamou a franchi une nouvelle étape symbolique en se tenant à Katsina, au nord du pays, confirmant l’ancrage national et la profondeur du rayonnement tijane. La délégation internationale a été conduite par Cheikh Khouraichi Niass, fils de Baye Cheikh Ibrahim Niass, dont la présence a renforcé la portée spirituelle et la légitimité historique de l’événement.