Artiste désigné pour le volet « Artiste hommage » de la 16e édition de la Biennale de l’art africain contemporain de Dakar, le regretté créateur Abdoulaye Niokhor Bob, connu sous le nom Ngoor, devra être honoré et sa mémoire ravivée à travers une exposition à la Galerie nationale d’art.
Pour la période de la Biennale de Dakar 2026, la Galerie nationale d’art accueillera l’espace dédié à l’hommage, mettant en lumière Abdoulaye Niokhor Bob dit Ngoor. Sous la conduite de Ndeye Rokhaya Gueye comme commissaire, l’exposition monographique intitulée « La Sagesse de l’épreuve » réunira, du 19 novembre au 19 décembre, une sélection de peintures et de sculptures issues de Ngoor. L’objectif est de se rappeler d’un artiste qui dialoguait spirituellement avec son œuvre, au-delà des matériaux. C’est la célébration d’un créateur qui réécrivait les perturbations sociales et intérieures qui traversent le vivant. Peu d’indices subsistent sur Abdoulaye Niokhor Bob dit Ngoor, artiste disparu en 2017 à l’âge de 44 ans. Un mémoire d’études rédigé par Caroline Janin et intitulé « La représentativité de l’art contemporain africain en France : exemple de la Fondation Jean-Paul Blachère » (2008) livre quelques éléments biographiques. Le document universitaire indique que « Ngoor, jeune peintre sénégalais », a reçu le prix de la Fondation Blachère, d’un montant de 3.000 euros. À 34 ans, il avait déjà suscité l’attention des critiques par des œuvres « obsessionnelles et tourmentées ».
L’œuvre de Ngoor s’inscrit en parfaite cohérence avec le thème central de la 16e édition de la Biennale de l’art africain contemporain, « (anti)fragilité : arts de la réparation et stratégies du contrecoup ». Cette idée, formulée par Morad Montazami, directeur artistique de la Biennale de Dakar 2026, repose sur la capacité à transformer sa fragilité en puissance créatrice. Il s’agit d’une posture de résistance qui permet à l’artiste, et à l’humain en général, d’absorber les chocs avec sérénité et de transformer les traumatismes en moteurs de renaissance et de créativité. L’(anti)fragilité ouvre ainsi une voie de guérison pour l’humain, la nature et tout vivant de notre monde.
Ndeye Rokhaya Gueye, commissaire chargée de l’exposition-hommage, avait déjà affirmé cet engagement dès 2008 dans ces termes : « Le travail plastique d’Abdoulaye Niokhor Bob est axé sur une quête de la vérité de l’être. Il peint avec sensibilité la part humaine et animale qui réside en chacun de nous et qui oriente nos conduites quotidiennes ». La sélection de Ngoor pour l’artiste-hommage représente donc un symbole juste. Le défunt apparaît comme le totem spectral de cette Biennale de Dakar 2026.
Les traces d’un artiste météoroïde
« Ngoor incarne une immense sagesse. À la veille de la quarantaine, il en paraît bien plus âgé. Et dès qu’il est question de son travail hermétique, il se braque », expliquait Ndeye Rokhaya Gueye pour décrire Abdoulaye Niokhor Bob, dont la perception aiguë de sa démarche artistique émanait d’une certaine timidité.
L’œuvre d’Abdoulaye Niokhor Bob agit comme un miroir cherchant à faire émerger, derrière la matière, diverses dimensions existentielles. Il s’agit autant de l’intellect, de l’esthétique que de la morale et de la spiritualité. Son travail vise à offrir à l’humain une vue élargie du monde, soutenue par son bouillonnement intérieur. Le rationnel et l’intuitif se conjuguent chez le défunt artiste : ils se complètent et se défient à la fois. Le bois, les objets récupérés, les textures et d’autres matériaux sont investis d’une portée qui dépasse la simple réalité physique. Dans un article publié le 26 juillet 2005 par Le Soleil, le journaliste Mathieu Bacaly évoquait l’exposition de Ngoor au Musée d’art africain de l’Ifan, qui se tenait du 21 au 31 juillet 2005 et présentait une trentaine de toiles et de sculptures. Les toiles présentées chercheraient, selon Bacaly, à révéler « de manière harmonieuse et équilibrée » l’éventail des sentiments intérieurement éprouvés. Le reportage décrivait la démarche de Ngoor comme une interrogation partant de l’humanité et de l’animalité. « Ce n’est pas un savoir qui existe et que je m’efforce de transmettre. Mais il y a une expérience vécue en relation avec la nature, les hommes et les autres, que je puis extraire pour en faire une étude », expliquait l’artiste Abdoulaye Niokhor Bob dit Ngoor. Ce manifeste de son art avançait que chacun, par son vécu, ses expériences et ses rapports avec la nature et les êtres humains, doit prendre position et définir les choses selon sa propre compréhension et son degré de maturité. L’œuvre cherchait à traduire, avec émotion, l’ensemble des secousses et des tendresses de l’âme.