Né le 16 septembre 1897 à Saint-Louis, dans le quartier des pêcheurs de Guet Ndar, Amadou Louis Mbarrick Fall grandit au sein d’une grande fratrie avant d’embrasser l’Europe pendant son adolescence, dans des circonstances qui demeurent ambiguës selon les sources. Enchaînant les petits boulots (plongeur, ouvreur de portières, docker), c’est dans ce contexte de lutte pour la survie qu’il découvre la boxe et choisit un nom de ring qui allait devenir légendaire : Battling Siki.
Repéré vers quatorze ou quinze ans par un ancien boxeur, il dispute ses premiers combats professionnels sur le littoral méditerranéen, des environs de Narbonne à Nice. Entre 1912 et 1914, il enchaîne une dizaine de combats pour quelques francs, avant que la Première Guerre mondiale n’interrompe brutalement sa carrière naissante. Incorporé dans les troupes coloniales, il traverse les champs de bataille du nord de la France jusqu’au golfe de Thessalonique en Grèce, et en sort décoré de la croix de guerre et de la médaille militaire.
Une remontée fulgurante après-guerre
Démobilisé, Battling Siki reprend les gants en 1919 et enchaîne les victoires avec une régularité impressionnante (jusqu’à 46 combats en quatre ans pour une seule défaite, selon certaines sources). Cette série exceptionnelle le hisse au rang de prétendant crédible au titre mondial des mi-lourds, alors détenu par l’idole française Georges Carpentier.
Le choc a lieu le 24 septembre 1922 au stade Buffalo de Montrouge, à Paris, devant environ 40 000 spectateurs. Longtemps attentiste face aux assauts de Carpentier, Siki se transforme radicalement dans les derniers rounds et parvient à faire abandonner son adversaire au sixième round. L’arbitre, invoquant d’abord une faute technique imaginaire, tente de donner la victoire à Carpentier, avant de se raviser sous la pression de la foule et de désigner Battling Siki champion du monde. Un appel du camp Carpentier sera rejeté quelques jours plus tard.
La chute après la gloire
Le règne de Battling Siki au sommet sera malheureusement de courte durée. Il perd son titre face à l’Irlandais Mike McTigue, le jour de la Saint-Patrick, au terme d’un combat disputé en Irlande et jugé par certains comme entaché d’un arbitrage local peu favorable. Il perdra par la suite ses titres de champion de France et d’Europe par disqualification, face à Émile Morelle.
Sa personnalité flamboyante et son mode de vie (il affectionnait, selon les témoignages de l’époque, les femmes blanches, les voitures blanches et le jazz) lui valent une notoriété sulfureuse mais aussi une hostilité croissante dans une France coloniale peu préparée à célébrer durablement un champion noir. Il tente sa chance aux États-Unis avec l’ambition d’affronter Jack Dempsey, mais s’incline dès son premier combat officiel à New York, le 20 novembre 1923, face à Kid Norfolk. Il continuera d’y mener une carrière agitée, alternant victoires et défaites, jusqu’à totaliser 71 combats professionnels. Battling Siki est assassiné de deux balles dans le dos le 15 décembre 1925, à New York, à l’âge de 28 ans.
Un colloque pour transformer la mémoire en objet de recherche
Plus d’un siècle après son sacre, cette trajectoire hors norme fait désormais l’objet d’une démarche scientifique. Un colloque international se tiendra à Saint-Louis les 14 et 15 décembre 2026, avec l’ambition de faire de Battling Siki non seulement une grande figure de l’histoire de la boxe, mais aussi un véritable objet de recherche historique, mémorielle et panafricaine. L’événement, porté par Marième Fall dite Soda Dia, petite-fille du boxeur et présidente de l’Association pour la Mémoire d’Amadou Louis Mbarrick Fall (AMALF), s’inscrit dans une démarche plus large de réappropriation de l’histoire et de la mémoire coloniales.
Initialement prévue en décembre 2025 pour coïncider avec le centenaire de son assassinat, la rencontre a été reportée à décembre 2026 après le décès d’Idrissa Seydou Dia, journaliste à Voice of America et époux de Marième Soda Fall. Les contributions attendues exploreront six axes : les origines familiales et saint-louisiennes du boxeur, sa carrière et les réseaux de la boxe, son expérience militaire, les sources médiatiques et orales disponibles, les circonstances de son assassinat, ainsi que les dimensions politiques et mémorielles de sa commémoration, avec l’ambition affichée d’en faire une ressource pour la culture, le sport, le tourisme et l’éducation, et une référence pour la jeunesse.
Le comité d’organisation est présidé par le philosophe et écrivain Alpha Amadou Sy, le comité scientifique par Boubacar Diop, dit Buuba, professeur d’histoire à l’université Cheikh Anta Diop (UCAD). Les propositions de communication, limitées à cinq pages, doivent être envoyées au plus tard le 10 octobre 2026, les auteurs retenus étant informés avant le 25 octobre.
O.B.N