Au-delà des subventions aux intrants, des acteurs prônent une réorientation des axes et exhortent l’État à miser davantage sur la gestion de l’eau, sur la mécanisation et sur le renforcement des infrastructures pour forger une agriculture à la fois plus productive, plus résiliente et moins vulnérable face aux caprices climatiques.
Malgré des injections financières considérables dans le secteur, la question de la maîtrise hydrique demeure intacte. Pour Habib Thiam, président de la Confédération des opérateurs de la filière arachidière (Copega), il est impensable d’atteindre la souveraineté alimentaire sans une politique d’investissement massif dans les ressources en eau. « Une agriculture performante, maîtrisée et dynamique exige la maîtrise de l’eau. On ne peut pas bâtir une souveraineté alimentaire sur une agriculture instable et dépendante des pluies. Il faut produire tout au long de l’année, pas seulement pendant une campagne agricole », plaide-t-il. Face aux aléas climatiques, il préconise aussi l’emploi de variétés à cycle plus court. « Cette année encore, les prévisions annoncent de longues périodes sèches. Si nous n’adoptons pas des variétés à cycle court, nous serons en difficulté. »
Selon lui, le Sénégal doit renoncer à fonctionner au rythme des campagnes agricoles et adopter une vraie politique agricole, et non une succession de programmes. Les politiques, rappelle-t-il, sont structurelles et s’inscrivent dans la durée, tandis que les programmes répondent à la conjoncture. Il souligne en outre que le secteur agricole ne bénéficie que d’environ 2,5 % du budget national, loin de l’objectif de 10 % fixé par les engagements africains. « La mécanisation doit devenir un véritable service ». Dans sa perspective de modernisation de l’agriculture, l’État consacre une part importante de ses subventions à l’achat de tracteurs, mais Alla Sène Guèye estime que cette approche mérite d’être réorientée.
Selon lui, une simple panne d’une pièce suffit à immobiliser un tracteur et à précipiter l’arrêt du remboursement du crédit par le producteur. « Le Sénégal devrait développer des entreprises spécialisées capables de proposer des prestations de labour, de semis, de récolte ou de battage aux opérateurs. Cette organisation permettrait d’assurer la maintenance des équipements tout en réduisant les coûts pour les producteurs. L’agriculture ne pourra devenir compétitive qu’en s’appuyant sur une base industrielle solide », soutient-il. Il ajoute que cette base devrait aussi faciliter la production locale d’engrais, de systèmes d’irrigation, de drones agricoles, d’équipements, d’emballages et d’infrastructures de stockage.